Le réchauffement climatique pourrait doper le développement de l'agrivoltaïsme

Une nouvelle installation vient d'être inaugurée dans les Pyrénées-Orientales. Un même espace pour produire à la fois de l'énergie et des produits agricoles. Avec l'agriculture pour priorité, du moins selon le contrat de départ.

23 septembre 2022  |  Baptiste Clarke

Le département des Pyrénées-Orientales est de plus en plus impacté par les effets du changement climatique se traduisant par un ensoleillement excessif, des canicules à répétition, de longs épisodes de sécheresse. Ce qui endommage les productions agricoles et fait bondir leurs besoins en eau. Entre 1959 et 2019, la température moyenne a augmenté de 1,78 degré sur ce territoire. Par voie de conséquence, les orages sont aussi plus violents et peuvent engendrer des dégâts très importants sur un terrain agricole.

C'est dans ce contexte qu'est née la volonté de créer des structures de six mètres de haut au-dessus des terres agricoles pour protéger les productions, tout en laissant suffisamment d'espace à la circulation d'un engin agricole. Des structures amovibles qui doivent laisser passer la lumière en fonction des besoins de la plante ou, au contraire, la protéger d'un épisode de grêle ou encore des rayons brûlants du soleil. Une entreprise en France est à la pointe du sujet : Sun'Agri, du groupe Sun'R. Elle œuvre depuis treize ans sur le sujet, avec des agronomes et des partenaires, comme l'Inrae, notamment avec le chercheur Christian Dupraz qui est aussi une référence nationale sur l'agroforesterie. Et pourquoi ne pas installer des panneaux solaires comme protection ? Et faire d'une pierre deux coups. Protection des cultures et production d'énergie. Mais des panneaux qui resteraient toujours inclinés de façon à optimiser la production des végétaux.

Les promesses de l'agrivoltaïsme

Dans la commune de Llupia, dans le département des Pyrénées-Orientales, Pierre Battle, exploitant agricole qui gère le groupe Ille Roussillon, s'est donc lancé avec Sun'Agri pour transformer une parcelle de plus de 2 hectares, plantée de jeunes poiriers, qui vont donc pousser et produire sous ces persiennes solaires dynamiques, voir le reportage. L'agriculteur entend valoriser entre 20 et 30 % de sa production de poires en plus. En effet, les fruits un peu brûlés par la chaleur sont déclassés et perdent de la valeur. Sun'Agri lui a promis aussi que sa consommation d'eau pour l'irrigation baisserait de près de 30 %. L'été, l'installation pourrait réduire la température de près de 4 degrés, l'hiver, elle protègerait un peu les plantes contre le gel.

L'équipement est doté d'un tas de capteurs : de rayonnement, des thermomètres infrarouges, stations météos, de mesures de l'humectation foliaire, de tensiomètres… Tout ce qu'il faut pour savoir ce dont la plante a besoin, comme l'explique dans la vidéo Benoît Valle, spécialiste de la data science du groupe Sun'R. Ces capteurs enregistrent des données toutes les dix minutes. Grâce à elles, un programme, une intelligence artificielle, va interpréter la situation et donner l'ordre d'adapter l'inclinaison des panneaux des persiennes selon les besoins de la plante. Ces panneaux solaires bifaciaux produisent de l'électricité sur leurs deux faces. Comme ils ne sont pas toujours inclinés de façon optimale par rapport au soleil pour produire de l'électricité, être dotés de deux faces leur permet de bénéficier de la réflexion des rayons du soleil sur le sol.

Une parcelle témoin doit prouver l'efficacité de la structure et démontrer les bénéfices pour l'exploitation agricole. Financièrement, l'électricité produite permet d'amortir l'investissement en dix-huit ans. Toute l'énergie est revendue à EDF.

Un modèle à encadrer

Aujourd'hui, les développeurs de centrales solaires recherchent toujours plus de foncier et les terres agricoles sont clairement des pistes de développement. Mais comment contrôler le fait que la parcelle soit effectivement exploitée et non laissée à l'abandon, profitant seulement de la rentabilité de la production électrique ? Plusieurs exemples ont montré que ça pouvait effectivement dévier de l'activité initiale, la rentabilité à l'hectare étant souvent plus intéressante en produisant de l'électricité qu'une culture.

Conscient de la situation, Antoine Nogier, président du groupe Sun'R, propose d'encadrer les projets agrivoltaïques de façon plus stricte, notamment via un label décerné par l'Afnor, voir le reportage vidéo. Ce label impose des contrôles, voire des amendes si le contrat de base n'est pas respecté. Reste à voir si sa proposition sera retenue et, dans ce cas, si elle sera vraiment suivie d'effets.

Baptiste Clarke, journaliste Reporter d'images

 

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