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Précarité et la pauvreté :
La microrégion de Balagne est la plus touchée de Corse

 

Jean-Paul-Lottier le Lundi 13 Février 2017

 

Une réunion de travail sur le thème de la précarité et de la pauvreté en Balagne a eu lieu ce lundi au siège du Pays de Balagne et à l'Hôtel San Dumé à Cateri. Jean-Christophe Angelini, membre de l'Exécutif de Corse et président de l'ADEC ainsi qu'élus de Balagne ont échangé avec les acteurs locaux pour dresser un bilan et quantifier les priorités dans cette microrégion où le taux de précarité est le plus élevé de Corse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De gauche à droite Marie-France Dabrin, Elisabeth Santelli, Antoinette Salducci, Jean Christophe Angelini, Paul Lions et Florence Bonifaci

A l'initiative de l'association  Corse Mobilité Solidaire présidée par Marie-Florence Dabrin et la coordination associative interrégionale, une réunion de travail répartie en trois ateliers a eu lieu ce lundi  au siège du "Pays de Balagne et à l'Hôtel U San Dumé à Cateri.
L'atelier du Pays de Balagne était animé par Sibylle Allemand et ceux de l'Hôtel par le Dr François Pernin coordinateur inter associatif de lutte contre l'exclusion et l'un de ses collaborateurs Alain Sorbes.
Cette journée était tout particulièrement dédiée à l'étude des caractéristiques, causes de la précarité  en Balagne et ses des solutions existantes qui permettraient d'engager une stratégie rapide d'enrayement.
En amont de cette réunion de travail à laquelle plus d'une vingtaine d'acteurs locaux du monde associatif et d'élus comme Paul Lions, président du PETR Balagne, Antoinette Salducci et Elisabeth Santelli, vice-présidentes du conseil Départemental de Haute-Corse ont participé, tous en amont ont réfléchi sur les solutions à apporter alors qu'en parallèle une contribution des Balanins était demandée sur les réseaux sociaux pour tenter d'identifier les raisons de cette précarité qui frappe de plein fouet cette microrégion de Balagne qui est de loin la plus touchée de Corse.
A titre d'exemple, on retiendra ce chiffre de 22 400 chômeurs en Corse, dont 1915 pour la seule région de Balagne.
En revanche, malgré les efforts de tous, plus difficile est d'avoir le chiffre réel du nombre de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.
De cette région sinistrée, c'est toujours selon les experts , le  bassin de vie de Calvi qui est le plus touché.
Les ateliers mis en place aujourd'hui auront permis grâce aux acteurs locaux de faire remonter tous les dysfonctionnement du quotidien, notamment en matière de logement, de transport, d'isolement des personnes âgées et bien d'autres causes génératrices de précarité.

"La pauvreté est un problème politique majeur"
Au terme des ateliers, le Dr François Pernin a fait le point sur cette journée enrichissante à plus d'un point:
" Cette précarité, elle existe, elle augmente et s'est durablement installée, ce qui prouve que ce que nous faisons actuellement n'est plus suffisant et qu'il va falloir faire autrement. Des débats que nous avons pu avoir, il ressort que cette pauvreté est structurelle, elle n'est pas due au hasard, elle ne disparaîtra pas demain et il y a des causes à cette situation. Actuellement nous sommes encore dans une phase de prise en charge, purement sociale, c'est à dire que l'on s'occupe en priorité des victimes mais pas encore des causes. Il est important donc de déceler les causes pour pouvoir les inverser et agir réellement sur la source qui alimente cette pauvreté.
Enfin, je dirais que nos méthodes de travail ne sont plus suffisantes pour pouvoir accoucher d'une solution innovante. Ce que nous apportons, c'est une approche  adaptée à la complexité du problème, c'est à dire une approche  systémique , c'est ce qui vient de se passer aujourd'hui.
Pour nous, association contre l'exclusion, ce que nous promouvons depuis 2004, c'est que la pauvreté est un problème politique majeur, parce que cette pauvreté touche les jeunes et ça, c'est grave d'autant que cette pauvreté est la source d'une économie parallèle, en commençant par le travail au noir et ça  peut aller beaucoup plus loin, jusqu'à une mafiosisation de toute une société comme ça s'est passé ailleurs et que la pauvreté ça tue. Quelqu'un de pauvre vit moins longtemps que  quelqu'un qui vit de façon plus aisée".

Le Dr Pernin cite à cet effet les cinq manières des pauvres de mourir :" le suicide, la maladie, les accidents ménagers, le meurtre du à la misère, l'alcoolisme... et les disparitions". Et de poursuivre: "La spécificité de la Corse par rapport à toutes les autres régions c'est que depuis la charte de lutte contre la précarité et le rapport du 30 septembre 2016 par l'actuelle mandature, la pauvreté a été déclarée problème politique majeur, c'est à dire que nous allons l'aborder d'une toute autre façon.
Avec les méthodes de travail mises en place à travers l'île, nous pouvons d'abord déceler les causes de la précarité en Corse et apprendre à mieux nous connaître, bien que le rural reste encore une zone d'ombre mais ça commence à s'éclairer avec le Pays de Balagne. Nous commençons à trouver des solutions innovantes, mieux adaptées au terrain, dans la mesure où elles sont imaginées par des gens qui vivent sur le terrain et que les solutions proposées  ont toutes leurs chances d'être appliquées. Manque de cohérence et de collecte des informations ont été soulevés par tout le monde lors de la réunion et nous devons en tenir compte.
Sont venus ensuite les problèmes du logement et de l'isolement
".
Florence Bonifaci, directrice développement à  l'ADEC précise: " La collectivité de Corse a missionné la coordination inter associative de lutte contre l'exclusion présidée par le Dr Pernin pour mettre un plan de lutte contre la précarité qui sera prochainement présenté"

A l'heure du débriefing, en présence de Jean-Christophe Angelini, président de l'ADEC, et des principaux élus cités plus haut, les deux représentantes du conseil départemental ont fait état de chiffres puisés dans le plan  pluriannuel contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale (INSEE 201) avec des disparités départementales en termes de pauvreté ou de niveau de vie assez importantes.
On retiendra notamment un taux de pauvreté de Haute-Corse nettement supérieur à celui de Corse du Sud. Le niveau de vie est ainsi plus faible en Haute-Corse.  C'est aussi le département qui enregistre l'écart le plus important entre les revenus plus faibles et les plus élevés. Les 10% des personnes les plus pauvres en Haute-Corse ont un niveau inférieur à 710€ par mois, ce qui est nettement plus faible qu'au niveau national.

Le taux le plus élevé de pauvreté dans le rural
La microrégion de Balagne est la plus pauvre de toutes les régions de Corse et on notera aussi que c'est dans le rural que le taux de pauvreté est le plus important. 
Elisabeth Santelli explique cette situation de la Balagne par "ce paradoxe d'activités saisonnières et la rupture avec la grande précarité de l'hiver" .
Jean-Christophe Angelini renchérit aussitôt : " Lors du dernier conseil Exécutif j'ai évoqué le pourquoi de ma visite ici aujourd'hui. Notre souhait est d'être au plus près des territoires, dans la volonté d'imaginer des solutions locales, dans le cadre du grand combat que nous avons poursuivi contre la précarité et la pauvreté. J'ai tenu à être présent notamment dans cette microrégion de Balagne qui est celle où l’on trouve un taux élevé de précarité, de pauvreté et de chômeurs préoccupant mais aussi parce qu'il s'y développe de belles choses grâce notamment à des gens qui s'implique tant au niveau associatif que du PETR ou encore du Département.
On a cité des chiffres tout à l'heure : 50 000 à 60 000 personnes en situation de précarité et de  grande pauvreté. Ces personnes la moitié sont en gros à 900-950€ de revenu mensuel et l'autre à 750€. Ce sont des chiffres très préoccupants et qui sont à la fois confondus avec ceux du chômage et distincts. On a des travailleurs pauvres, des chômeurs de longue durée qui s'installent dans une situation particulière. Ce qui me fait dire qu'il ne fait pas amalgamer totalement les chiffres du chômage et ceux de la précarité.

On s'aperçoit comme cela a été dit que les régions les plus exposées, à un développement touristique et économique très fort, ne sont pas nécessairement les plus étrangères à ce genre de phénomène. On a même une relation parfois, entre le caractère touristique de la zone, la carence en offre de formation, le caractère hyper saisonnier de l'activité économique et la pauvreté et la précarité qui en découlent, avec parfois même des chiffres qui du point de vue chômage sont préoccupants, y compris en plein mois d'août. En tant que président de l'ADEC ça m'interpelle. On a un modèle économique qui génère de la richesse et de l'activité mais qui en fait, quand on creuse un plus sérieusement les choses on s'aperçoit qu'elle génère aussi de la précarité.  Il faut que l'on s'y penche sérieusement et que l'on questionne aussi le modèle économique qui est à l'oeuvre... dans ce pays depuis 30 ans, dont on veut, à défaut d'en sortir, l'orienter vers la capacité à créer des richesses en en même temps que d'accélérer le bien-être de la cohésion sociale. On ne peut plus distinguer les deux. C'est terminé et le nouvel Exécutif ne veut plus distinguer les deux".

 

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