LA CHINE LANCE SON PREMIER MARCHÉ CARBONE NATIONAL POUR LUTTER CONTRE LES ÉMISSIONS DE SES CENTRALES À CHARBON :

"Pékin a fait part de son engagement à viser la neutralité carbone pour 2060 à la fin de l’année 2020. Une nouvelle étape vers cet objectif vient d’être franchie : le plus grand émetteur de CO2 du monde vient de lancer son propre marché carbone pour les producteurs d'électricité. Un enjeu de taille, puisque la majorité de l’électricité en Chine est encore produite au charbon.


Le mix électrique de la Chine compte environ 75 % de charbon.

La Chine avait annoncé dès 2017 la mise en place son propre marché carbone à l’échelle nationale. Il est officiellement lancé aujourd’hui, 1er février 2021, avec l’entrée en vigueur des règles pour les droits à émettre. Ne sont concernées pour commencer que les entreprises de production électrique. Cela constitue déjà un vrai défi, puisque 57 % de l’électricité chinoise provient du charbon. Pour Jianyu, le vice-président pour la Chine de l'association écologiste américaine Environmental Defense Fund : "Il s'agit d'une des meilleures nouvelles pour le plus grand marché du carbone du monde".

Les 2 225 centrales thermiques, qui jouent un rôle majeur dans les 14 milliards de tonnes de CO2 émises en 2019 par le pays, vont se voir attribuer un quota d’émissions. Si elles en émettent moins, elles pourront revendre des droits à polluer aux centrales qui dépassent leur part allouée. Ces dernières seront contraintes d'acheter des titres pour compenser. L’objectif est d’encourager les entreprises à investir dans des équipements moins polluants. Celles qui ne joueront pas le jeu seront soumises à des amendes. 

Des incertitudes demeurent 

Si les règles viennent d’être fixées, les incertitudes quant au fonctionnement subsistent encore. Au début du mois de janvier, une réglementation autorisant les provinces à fixer un quota d’émission de gaz à effet de serre a été publiée par le ministère de l’Environnement chinois, en fonction des émissions passées. Le véritable enjeu se cache ici : des quotas confortables et des amendes peu dissuasives, qui pourraient être négociés par des groupes de pression, n’encourageraient pas les entreprises à s'engager. Le processus pourrait prendre encore quelques mois.

Pour Yvonne Liu, analyste au centre de recherche Bloomberg New Energy Finance qui s'est exprimée dans un article de Bloomberg, le marché tel qu’il est actuellement conçu n’accélérera pas immédiatement la décarbonisation de la Chine. En revanche, selon elle, il s’agit d’un puissant outil de politique climatique pour le gouvernement qu'il peut utiliser à l'avenir, et qui aidera également les entreprises à intégrer les objectifs d'émissions sur le long terme.

 

Un défi de taille :

Fin 2020, le pays s’est engagé à viser la neutralité carbone pour 2060, avec une réduction des émissions de CO2 à partir de 2030. Le président chinois Xi Jinping a détaillé son programme pour y parvenir, lors du Sommet pour l'ambition climatique mi-décembre : "D'ici 2030, nous allons réduire notre intensité carbone (émissions de CO2 rapportées au PIB, ndr) de plus de 65 %, augmenter la part des énergies non fossiles à 25 % de la consommation d'énergie primaire contre 15,3 % fins de 2019, augmenter le stock forestier de 6 milliards de mètres cubes et porter la capacité totale installée d'énergie renouvelable à plus de 1 200 GW, par rapport à 2005." 

L'enjeu est de taille : le pays dépend encore largement du charbon. La production à partir de cette source a encore augmenté de 0,9% en 2020 malgré la pandémie. la consommation d'électricité globale, elle, ne cesse de croître. Le défi se joue également à l’échelle internationale, puisque le pays, premier émetteur de dioxyde de carbone au monde, a émis 29 % du total mondial en 2019."

Pauline Fricot.