Corse, l’île de bonté

Publié le 03/09/2022 à 11h30 / Écrit par Nassim Boudraa

 

Redonner vie à son territoire, c’est le défi que s’est lancée Marie-Florence Dabrin depuis 2016. Avec sa recyclerie, celle qui assure avoir déjà contribué au retraitement de 550 tonnes d’objets compte bien continuer d’œuvrer pour la revalorisation de la Balagne, et de ses habitants.

À quelques centaines de mètres sur le bas-côté de la route qui mène à la recyclerie U sputinu, le casse-croûte en corse, se trouve un restaurant dans lequel Marie-Florence Dabrin nous donne rendez-vous.

« Il est midi, vous ne trouverez pas grand monde à cette heure-ci tout le monde est en pause, ici c’est un bon spot pour manger !» déclare-t-elle chaleureusement.

La directrice générale de la recyclerie fait preuve d’une hospitalité amicale à notre égard, et nous invite une fois l’assiette de fromage corse finie, à rejoindre la recyclerie.

« En Balagne, tous les chemins mènent à la recyclerie »

Située entre le littoral calvais et les villages de montagne de l’arrière-pays, la structure se veut accessible au plus grand nombre.

« On a ici le garage solidaire et la recyclerie sur le même site à Calvi, et à Curbara on a un site exclusivement dédié à la revalorisation.» Au même moment notre conversation est interrompue par le coup de fil d’un habitant du village d’à côté qui lui fait part d’un problème.

Celle qui a 20 ans de travail social derrière elle est une figure incontournable de la vie associative calvaise, est sollicitée de toute part. Elle avoue avec le sourire :

« Notre travail ne s’arrête jamais, si la recyclerie ferme à 17h, les soucis auxquels on essaie de palier eux ne s’arrêtent pas forcément, ajoutez à ça l’administratif et on est souvent partis pour une autre journée de travail à la fin de la première. ».

En effet, la Balagne est la microrégion la plus précaire de Corse, dans un territoire où 1/3 de la population vit sous le seuil de pauvreté (855 euros mensuels).

Cette situation peut sembler paradoxale, lorsque l’on connait l’attrait des touristes pour la région.« Ici, on a une économie saisonnière avec un pic d’activité au moment du festival (Calvi on the Rocks, ndlr) qui en plus de précariser l’emploi, fait bondir les prix. Ça finit par devenir invivable pour ceux qui vivent ici à l’année. »

La mère de famille répond à un SMS urgent et ajoute : « en plus de répondre à une problématique économique on essaie de répondre au problème du traitement des déchets, en Corse on n’est pas dotés des infrastructures nécessaires. »

Marie-Florence bénéficie d’appuis et de relais locaux influents à en croire l’affluence que connait la recyclerie. « On souhaite créer une vraie mentalité autour du réemploi des objets, d’ailleurs ça commence à prendre forme, il n’y a pas que les ménages les plus modestes qui viennent à la recyclerie, on touche des entreprises, des familles plus aisées etc... Ce qui permet en plus de répondre aux enjeux de développement durable. »

« Vous les parisiens je ne vous comprends pas. Vous venez ici en vacances, vous finissez au placard »

 Ici en plus de la revalorisation des objets, on répare les âmes brisées par la vie. Fred,48 ans, originaire de Fontenay-Sous-Bois dans le 94 est habituellement sur le site de Curbara. Aujourd’hui, il est venu en renfort sur le site de Calvi pour des rénovations de dernière minute.

Son accent de titi parisien me rassure, il est imprégné de la poésie du RER : « je suis venu retaper quelques meubles pour qu’ils soient opés à la vente.»

Entre deux coups de tournevis Fred me lance plein de malice « après le meuble je m’occupe de retaper ta coupe de cheveux... Nan sans blague ça me fait du bien de voir des mecs de banlieue » avant de nous asséner hilare « moi quand je suis arrivé ici on m’a direct dit : vous les parisiens je ne vous comprends pas, vous venez ici en vacances, vous finissez au placard. »

Le placard, la galère, Fred a bien connu tout ça. Arrivé à la recyclerie à l’issue d’une petite peine de prison, le parisien nous parle avec nostalgie de ses années en banlieue, de ses expériences de footballeur, de danseur hip-hop, mais aussi des problèmes d’emploi et d’alcool qu’il a pu rencontrer dans son parcours.

Le regard en direction du vide, il tire frénétiquement sur sa cigarette et enchaîne non sans mélancolie : « Ici on n’a pas regardé mon passé ou quoi, on m’a donné ma chance, on m’a fait confiance et j’ai envie de leur rendre en étant le plus réglo possible, j’ai mon garçon aujourd’hui j’ai envie de donner le meilleur pour lui. »

Fred finit sa cigarette et nous tend la main chaleureusement. « Je dois retourner à Curbara, mais en tout cas ça m’a fait kiffer de parler avec des mecs de Paname. » 

nofares.jpg

Dominique Nofares, encadrante à la recyclerie. • © Nassim Boudraa / La Belle Télé / France Télévisions