Marie-Agnès Artaud

 

Vit à Marseille, Thérapeute sociale.

 

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Interdire les châtiments corporels sur les enfants ??
Ou toucher là où ça fait mal…

 

Il y a un an, dans la nuit du 1er au 2 juillet 2016, l’Assemblée Nationale votait contre  un projet de loi, qui, s’il avait été médiatisé, discuté plus sur la place publique, eut certainement déchaîné autant de passions que le mariage pour tous ; il s’agit de l’interdiction des châtiments corporels envers les enfants, tels que gifles, fessées. Le Conseil Constitutionnel a également censuré, en janvier 2017, cette disposition, qui avait été incluse dans le projet de loi « Egalité et Citoyenneté ». Seul a été adopté un amendement au Code Civil, qui stipule désormais que l’autorité parentale ne justifie pas tout et que parmi les devoirs qui la composent, figure « l’exclusion de tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris le recours aux violences corporelles. ». Mais les parents qui continueront à donner des fessées à leurs enfants ne s’exposeront à aucune peine

 

La France est en retard sur ce sujet, puisque la fessée est déjà interdite dans 27 pays d’Europe et 44 dans le Monde. Pour certains, c’est une loi ancienne : 1979 pour la Suède, 1983 pour la Finlande et 1987 pour la Norvège.

 

Ce retard qui n’est pas passé inaperçu puisque depuis 2006, les Nations Unies demandent à la France d’interdire les châtiments corporels au sein de la famille, dans le cadre de la Convention Internationale des Droits des Enfants.

 

On considère que 90 % des parents ne sont pas maltraitants, ne veulent pas de mal à leurs enfants, seulement les éduquer « comme ils l’ont été, et ils n’en sont pas morts ».

Cependant, si les conséquences de la maltraitance avérée sont aujourd’hui bien connues, il n’en va pas de même pour ce que certains auteurs, comme Olivier Maurel (1), qualifient de VEO (Violence Educative Ordinaire). Pourtant, nombreux sont les constats scientifiques établis à ce sujet. Une étude parue dans « Pediatrics »en 2013 impute à cette violence éducative des comportements agressifs chez les enfants de 0 à 9 ans. Et il est maintenant reconnu, mesuré, grâce aux neurosciences, que l’organisme répond à la violence par des réactions de stress (production de cortisol et d’adrénaline) qui peuvent à terme, altérer des zones du cerveau, conduire à des troubles graves, tels que perte de mémoire, affaiblissement du système immunitaire, troubles médicaux en tous genres ..

 

Pourquoi ce sujet reste-t-il aussi sensible en France ? On peut aller chercher du côté des Ecritures, des proverbes sûrement mal compris et encore plus mal interprétés, du style « qui aime bien châtie bien »... Mais comment ne pas trouver curieux les tollés suscités par les maltraitances envers les animaux alors que les violences corporelles envers les enfants sont souvent considérées comme « pas si graves que ça », voire constitutives d’une éducation « normale, solide, non laxiste ».

J’ai parfois entendu comme argument que l’animal est sans défenses, alors que « l’enfant est pervers par nature » et va toujours essayer « d’avoir » l’adulte.

C’est méconnaître profondément le développement de l’enfant et ses différents stades. On sait aujourd’hui qu’un petit enfant n’est pas capricieux par nature ou par caractère, uniquement avant 5 ans ou 6 ans (voire plus), il est incapable de maîtriser ses émotions et va réagir d’une manière qui semblera inappropriée, dérangeante et qui va entraîner une réaction violente de l’adulte.

 

Il y cependant autre chose qui m'apparaît dans ces propos et ces comportements, à la lumière de la Thérapie Sociale : ce qui parle là dans l’adulte, c’est l’enfant blessé, par tout ce qu’il a lui-même reçu comme coups, insultes, propos dévalorisants, mépris, qu’il a soigneusement enfouis, qu’il ne peut pas disqualifier sans disqualifier ses parents ou s’exposer, en mettant à nu ces blessures, des souffrances supplémentaires ; parce que « nous sommes tous des personnes traumatisées, des rescapés, des survivants de la violence qui nous a été infligée »(2), faire comme si cela était normal est une question de survie .

Que faire alors ?? A mon sens, légiférer et mettre en place des sanctions ou multiplier les injonctions à l’éducation bienveillante, sans mettre en place des actions sur le long terme pour aider les adultes (parents, enseignants, éducateurs..) qui sont quotidiennement en contact avec les enfants serait contre-productif. Dans le sens où rien ne sert de punir et/ou culpabiliser les adultes qui sont violents envers les enfants ; c’est les exposer à des souffrances supplémentaires, qui ne les aideront nullement à être des adultes plus solide, capable d’une éducation constructive. Une loi de ce type-là est à accompagner de mesures d’accompagnement, de soutien, de mise en place de processus de réparation pour les adultes. C’est à ce prix-là, seulement qu’ils seront capables, non seulement d’éduquer avec bienveillance, mais également de représenter des repères fiables, stables, des modèles inspirants. L’autre risque étant que les adultes, désemparés ne baissent les bras, soient laxistes et abandonnent, abdiquent de leur rôle d’éducateur et n’infligent aux enfants une violence aussi terrible et destructrice : celle de l’abandon (3).

 

(1) Olivier Maurel : La violence Educative, un trou noir dans les sciences humaines. Editions l’Instant Présent  Juillet 2012

(2) Charles Rojzman - Nicole Rothenbühler : Savoir aimer en des temps difficiles. Editions Guy Trédaniel 2015

(3) Charles Rojzman- Igor et Nicole Rothenbühler : La Thérapie Sociale. Editions Chronique Sociale 2015

Marie-Agnès ARTAUD Intervenante en Thérapie Sociale TST

https://www.institut-charlesrojzman.com/fr

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