Marc Antoine Campana

Sciences Po - IEP à Aix en Provence / M1 Sciences Politiques

Pudemu

L'Europe des peuples : mettre les populismes démagogues à l'épreuve d'un populisme démocrate !

Ce n’est pas la mobilisation d’une minorité d’eurosceptiques qui précipitera l’échec de l’Europe mais bien l’absence de mobilisation de la part d’une majorité silencieuse d’européens convaincus. Il faut donc opposer à ces populistes pessimistes des extrêmes un populisme optimiste situé au centre de l'échiquier politique, autrement dit un populisme démocrate plutôt que démagogue et qui ne prenne plus pour référent le peuple mais bien les peuples et leur aspiration à l’émancipation !

À tous égards, l'Europe est potentiellement la première puissance mondiale, mais seulement à condition d'être fédérale. Cela étant dit, il n'y a aucune contradiction à être à la fois résolument pro-européen et critique sur l'Union européenne. Au contraire. Disons clairement que cette Union européenne n’en est pas une : ce n’est qu’une confédération d’Etats-Nations fondée sur le principe de l’unanimité... Partout en Europe, l’euroscepticisme égale bien le sentiment de défiance à l’égard des gouvernements nationaux mais on refuse, par manque d’expérience en la matière ou par facilité intellectuelle, de sortir de cette configuration binaire entre le repli sur soi des États et une forme d’européisme béat. D’aucuns voudraient nous faire croire que la réponse aux problèmes contemporains est dans le retour aux frontières alors que la stabilité économique, les dérèglements climatiques ou encore la menace terroriste ne connaissent pas de frontières. Tandis que la mondialisation a définitivement détruit le mythe de l’État-Nation et que le capitalisme a considérablement réduit les capacités d’intervention de l’État-Providence, les États sont ni plus ni moins devenus des entreprises pendant que les chefs d’État ont manqué de devenir des chefs d’entreprises. On leur reproche à raison de manquer à la fois d’ambition et de pragmatisme, de manquer de vision. Ce mouvement de globalisation appelle un contre-mouvement qui est celui de la régionalisation des échelles de gouvernance. L'impuissance manifeste de nos institutions régionales conjuguée à l'incapacité grandissante des États à gérer au cas par cas les problèmes d'une réalité qui se complexifie impliquent en effet d’engager un large transfert de compétences au profit de l'autonomie des régions au double sens où celles-ci constituent non seulement l'échelon de l'exercice concret du pouvoir mais également l'échelle de la vie quotidienne des individus qui se lèvent chaque matin et qui font de leur travail, de leur santé et de l'éducation de leurs enfants une priorité. À court-terme, l'autonomie des régions, en application du principe de subsidiarité, apparaît donc comme la forme institutionnelle d'organisation territoriale non seulement la plus adaptée à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux de notre époque mais également la plus libérale qui soit dans la mesure où celle-ci renvoie à une vision minimale de l'État exclusivement recentré sur ses compétences régaliennes. Il y a un espace politique à occuper qui relève aujourd’hui du désert idéologique : celui d’un régionalibéralisme qui aurait vocation à précipiter le démantèlement programmé des États tiraillés entre des dynamiques contradictoires et complémentaires de régionalisation et de globalisation. L’exigence de fédérer les compétences judiciaires, policières, militaires et diplomatiques des Etats à l'échelle de l'Europe appelle donc à régionaliser le reste des compétences des États européens. Alors même que la construction historique de la France résulte typiquement de la tentative d'absorption culturelle de plusieurs nations sans État au sein d'une entité politique exclusivement administrative et non-homogène -un quasi État sans nation -, il nous reste à imaginer de nouvelles formes d'appartenance plus inclusives qui permettent aux individus de vivre de façon apaisée leurs identités multiples. Par démagogie, les populismes de tous bords ont contribué à l’effacement de la réalité des peuples qui existent en soi au profit d’un peuple qui n’existe que dans une construction sociologique par opposition à une toute aussi conceptuelle élite.

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