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Bientôt un traité mondial contre la pollution plastique ?

193 pays se réuniront à Paris fin mai pour imaginer les contours d’un traité mondial contre la pollution plastique. Qu’en attendre ? On fait le point avec Laure Dallem, adjointe au chef du bureau de la prévention des déchets au ministère de la Transition écologique et Célia Rennesson, directrice générale et cofondatrice de Réseau Vrac.

LE PREMIER TRAITÉ MONDIAL CONTRE LA POLLUTION PLASTIQUE

« C’est historique. Cet accord environnemental, le plus important depuis l’accord de Paris (il fixe en 2015 l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1, 5°C au-dessus des niveaux pré-industriels, ndlr ), sera le premier à traiter de la pollution plastique dans sa globalité », assure Laure Dallem du ministère de la Transition écologique. Ce texte concernera le cycle de vie complet des plastiques : de la production à la consommation, en passant par la gestion des déchets. « Les mesures existantes par secteurs ont été clairement insuffisantes pour traiter de la pollution plastique dans son ensemble », regrette-t-elle.

« Cette vision globale permet d’embarquer tous les acteurs et de rappeler que ce sujet concerne tout le monde », ajoute Célia Rennesson de Réseau Vrac, une association fondée en 2016 qui rassemble les acteurs du vrac et du réemploi pour développer ces solutions. La production de plastique, qui augmente de 4% chaque année, menace la biodiversité et se retrouve même dans nos assiettes. « 1 million d'oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année à cause de la pollution plastique. Nous aussi nous en avalons tous les jours : lorsque nous mangeons du poisson, en buvant de l'eau (…) mais nous l’absorbons aussi par la peau », expliquait Diane Beaumenay-Joannet (association Surfrider Foundation Europe), interviewée par ELLE en avril.

D’où vient ce projet ? En mars 2022, l’assemblée de l’ONU pour l’environnement a décidé à l’unanimité de créer un texte contraignant contre la pollution plastique. Cinq sessions de négociations sont prévues jusqu’en 2024. « Cette étape à Paris est importante car les États vont discuter des options concrètes à mettre sur la table », précise Laure Dallem.

« COMBATTRE LE TOUT JETABLE »

Selon l’OCDE, si rien ne change, la production de plastique devrait tripler d’ici 2060. « Le plus important est de fixer des objectifs applicables à tous mais aussi des sanctions. Sinon, seuls les bons élèves agiront, pendant que les mauvais continueront de ne rien faire. », prévient Célia Rennesson. Alors qu’en France les emballages représentent 60% des déchets plastiques, « nous devons combattre le tout jetable et leurs lobbys qui s’opposent à tout changement pour rester dans l’ancien monde », insiste-t-elle.

Pour réduire la consommation et la production, la France et l’Europe défendront devant les autres pays « des objectifs chiffrés de réemploi, de collecte, de recyclage et d’incorporation de matières recyclées, mais aussi des données pour réduire les microplastiques », explique Laure Dallem. « Nous devons aussi développer l’économie circulaire pour diminuer la quantité de déchets, mais aussi améliorer leur gestion ».

LA FRANCE COMME MODÈLE À SUIVRE ?

« La France est le pays le plus ambitieux sur le sujet du plastique aujourd’hui. Il est le plus développé en matière de vrac au niveau mondial. », souligne la directrice générale de Réseau Vrac. « Nous aimerions que certaines initiatives françaises soient appliquées au niveau international : la réduction de 50% des bouteilles en plastiques sur le marché, la fin progressive des emballages à usages uniques, l’obligation d’installer des fontaines à eau dans les lieux publics… », précise Laure Dallem.

En plus d’accueillir cette session à Paris, la France s’est engagée aux côtés d’une cinquantaine de pays dans une coalition pour rappeler l’importance d’un traité ambitieux et ainsi mettre fin à la pollution plastique d’ici 2040.

« LES SOLUTIONS EXISTENT DÉJÀ »

« Les acteurs et les solutions contre le plastique existent déjà en France ! Elles ne demandent qu’à être développées et étendues à d’autres pays », explique Célia Renesson. « Nous demandons aux États de fixer des objectifs ambitieux et de regarder ce qui est déjà mis en place et de soutenir le réemploi et le vrac, le modèle le plus soutenable pour notre avenir économique et écologique. »

L’association Réseau Vrac, aux côtés d’ONG et de représentants d’acteurs de l’économie circulaire ont créé un collectif pour s’impliquer dans les négociations et soutenir ce traité. Ce collectif, qui a déjà appelé le ministère de la Transition écologique à réaffirmer ses ambitions dans une lettre ouverte le 3 mai, organisera des tables rondes, publiera des tribunes, etc. « Nous devons offrir à tous une véritable alternative au plastique à usage unique dans le quotidien. Si nous proposons aux consommateurs de se passer de plastique en se déplaçant à 50 kilomètres de chez eux, pour y trouver trois cacahuètes et deux céréales, rien ne changera ».

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