Pour vaincre le fléau des méga-feux, l’entretien des forêts et le repeuplement s’imposent

En Corse, les prières ne suffisent pas et investir dans l'industrie du feu, cela ne marche pas. Des maires se réveillent aujourd'hui en voyant leurs communes sinistrées, brûlées pour certaines à 80%. Des habitants regardent avec désarroi leur biens partis en fumés car leurs voisins n'ont pas entretenus leurs terrains et leurs forêts.

Tout cela n'est pas la faute à pas de chance ! Derrière chaque feu il y a la main de l'homme, incendiaires volontaires ou accidentels, le résultat est le même.

Oui il faut de l'entretien et de la surveillance.

Le colonel Battesti avait une carte précise des départs de feux. il mettait en poste des vigies celles-ci étaient déployées par grand vent !

Nos sapeurs forestiers doivent être déployés, leurs moyens augmentés, c'est eux qui doivent protéger nos forêts et les incendiaires doivent être punis au maximum des peines encourues, et vous verrez que tout rentrera dans l'ordre.

Quant à nos agriculteurs et éleveurs ils doivent être aidés et participer à cet effort en leur donnant des compléments de revenus. Une prime à la réussite et non aux constats.

Au sud de l’Europe, l’exode rural, la négligence et la crise climatique sont à l’origine d’incendies de forêts de plus en plus fréquents et violents. Un regard lucide sur les incendies de l’été 2021 en Espagne et à Chypre nous aide à repenser notre relation au feu. Deuxième partie d’une enquête collaborative menée en Italie, en Grèce, en Espagne et à Chypre.

Publié le 23 juin 2022 à 11:24 Davide ManciniMarcello Rossi Traduit par Pascal Roy

Le contexte

En observant les images satellite des zones touchées par les feux de forêts, on s’aperçoit qu’elles coïncident largement avec les régions intérieures les plus dépeuplées du bassin méditerranéen. Rien de nouveau pour les chercheurs spécialisés dans les incendies et le changement climatique. Le lien entre ces deux facteurs est en effet bien connu mais il serait erroné d’établir un rapport de cause à effet définitif sans tenir compte de nombreux autres éléments. Pour mieux comprendre la relation entre les incendies et l’abandon des zones rurales, nous nous sommes rendus aux endroits les plus durement touchés en Espagne, en Italie, en Grèce et à Chypre au cours de l’été 2021. 

Deuxième partie. Paysages disparus à Chypre et en Espagne

Il est capital, d’un point de vue environnemental et social, de freiner le dépeuplement des zones rurales et de veiller à l’entretien des forêts. Or, une grande partie des fonds mis à disposition par l’Union européenne n’est pas utilisée, tandis que son impact réel reste une inconnue. Les incendies qui se sont déclarés à Chypre et en Espagne au cours de l’été 2021 suivent une tendance préoccupante en Europe méditerranéenne.

En trente ans, le village chypriote d’Arakapas a vu sa population passer de 500 à 160 habitants, à la retraite pour la plupart. C’est là que s’est déclenché, l’été dernier, l’incendie le plus important du pays au cours de ces dix dernières années et 4 500 hectares sont partis en fumée. Tout comme dans la région de Montiferru, en Sardaigne, l’île grecque d’Eubée et tant d’autres contrées de la Méditerranée, les régions intérieures de Chypre se sont vidées de leur population depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le même temps, les superficies boisées s’étendaient lentement mais sûrement.

“Autrefois, les terres agricoles faisaient obstacle au feu et empêchaient sa propagation. Dans les vignes, par exemple, seuls le premier ou les deux premiers rangs étaient brûlés : le feu ne s’étendait pas au-delà, faute de combustible. Mais la végétation s’immisce désormais dans la forêt à cause de l'abandon du monde rural”, constate Charalampos Alexandrou, directeur du service national des forêts.

L’incendie d’Arakapas suit une dynamique similaire à celle vue dans d’autres régions méditerranéennes confrontées non seulement au dépeuplement, mais aussi à des vagues de chaleur anormales, à des phénomènes de sécheresse et à une hausse des températures causée par le changement climatique. Il devient donc de plus en plus urgent de s’adapter à la nouvelle réalité en s’orientant vers une politique de prévention des méga-feux. Or, le fait qu’une grande partie des fonds européens alloués dans ce domaine ne soient pas utilisés, comme le montrent les données disponibles, prouve que nous en sommes encore loin.

Les fonds pour les forêts européennes sont très inférieurs à ceux destinés à l’agriculture : 1 % de la politique agricole commune (PAC), en dépit du fait que le territoire de l’Union européenne soit couvert de forêts et de terres boisées et que celles-ci se trouvent dans un état généralement “médiocre” (54 %), ou en mauvais état (31 %). 14 % d’entre elles seulement sont considérées “en bon état”. Le Fonds européen agricole pour le développement rural fournit la plupart des investissements forestiers. Ces derniers peuvent être utilisés pour la préservation et la restauration des zones boisées, également dans le but de prévenir les incendies et d’atténuer le changement climatique.

Selon une étude de la Cour des comptes européenne, les États membres n’ont utilisé que 49 % des fonds alloués pour les forêts entre 2014 et 2020, soit un montant de 4,166 milliards d’euros. L’Espagne et l’Italie sont les deux pays qui en ont bénéficié le plus, tandis que Chypre est en queue de peloton.

L’enquête souligne que le faible recours à ces subventions est dû à plusieurs facteurs, notamment le fait qu’environ 60 % des forêts de l’Union européenne sont des propriétés privées. Nombre de propriétaires fonciers que nous avons interrogés ont expliqué ne pas avoir fait les démarches nécessaires parce que le processus est “trop complexe ou bureaucratique”. 

Pour y remédier et encourager l’entretien des forêts de manière à prévenir les méga-feux – de plus en plus fréquents à la suite de l'augmentation des températures moyennes et des vagues de chaleur – certains d’entre eux ont suggéré l’idée de transformer la valeur environnementale des terres boisées privées en subventions directes aux propriétaires. Une façon d’inciter ces derniers à prendre en main l’entretien des zones boisées en recevant un montant compensatoire, par exemple, pour chaque hectare de forêt ou de terre en voie de reboisement dont ils assureraient la protection et qu’ils débarrasseraient d’une accumulation dangereuse de matière inflammable.