LAURENT GOUMARRE 


tiens voilà le soleil, je dis tout bas 

Vernissage samedi 30 novembre 2019
Exposition du 30 novembre 2019 au 11 janvier 2020 à la Galerie Alain Gutharc
 

La violence du Joli, je crois bien que c’est un chapitre de L’Idiotie de Jean-Yves Jouannais, à moins que ce ne soit pour Artistes sans oeuvres. Dans les deux cas, ça me va. Car il y a une violence du Joli : la violence de l’échec à ne pas pouvoir faire plus que ça : Joli. Comme si on n’en avait pas les moyens. 
Alors je fais avec : céramiques en forme de vases, de coupes à fruits, dessins à paillettes, photographies d’intérieurs moyens qui me rappellent d’où je viens, ce que j’ai toujours vu, les chansons de variété dont je connaissais les paroles par coeur, « Tiens voilà le soleil, je dis tout bas ». Tout bas ? oui, en bas, ça permet de lever la tête. Et c’est peut être ça l’enfance de l’art, encore une expression que je n’ai jamais comprise, tout en sachant qu’elle m’était destinée, jusqu’au moment où j’ai su qu’elle me définissait au travail. 

Très vite j’ai su que je ne serais pas le centre du monde, que c’était au-dessus de mes forces, que je n’en avais pas l’envergure, et qu’il me faudrait mettre quelque chose entre moi et le monde, un micro, un écran, les images que je trouve chez les autres. Forcément, chez les autres, c’est mieux. Dans les photos de Martin Parr, chez les Freud, bien sûr c’est mieux, il suffit de recadrer pour y trouver ma place : les plantes vertes, le papier peint, les tableaux de merde, c’est moi. 

Et ça dépasse la sociologie, le milieu d’origine, le déterminisme à la Bourdieu, il n’y pas de honte sociale. Je me souviens de Diana Wreeland, qui écrivait, grande bourgeoise américaine : « Ce qui attire mon oeil derrière une vitrine, ce sont les objets hideux - la camelote. Les canards en plastique ! C’est la raison pour laquelle Reed ne voulait jamais se promener avec moi en ville. « Si encore de temps en temps tu t’arrêtais devant une vitrine où il y a vraiment quelque chose à voir... disait-il.» Et si Reed avait raison, si Diana et moi, on s’arrêtait justement devant ces vitrines où il n’y a vraiment rien à voir. Qu’est-ce qu’on regarde, je me disais, quand il n’y a vraiment rien à voir ? un point aveugle ? une tache de soleil sur un tableau ? des panneaux de signalisation ? des pendules ? Des souvenirs-écrans. 

C’est tout le récit de L’Origine du monde de Courbet, la toile toujours différée, toujours derrière autre chose : un rideau vert, un autre tableau signé Courbet « Le Château sous la neige », derrière le panneau en bois coulissant de Masson « Terre érotique », aujourd’hui encore, derrière une vitre à Orsay. Ce qui se dit là, c’est qu’un tableau — plus largement une oeuvre — n’est jamais seul. Il est Deux. Ça s’appelle l’Amour. 

Laurent Goumarre

                                                      Galerie Alain Gutharc

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