Interdit aux moins de 10 ans.

Durée : 55 mn.

 

Année de réalisation : 2014 (France)

 

A travers le parcours dramatique de Baptiste Deschamps, un poilu, gros plan sur les séquelles psychologiques incomprises des soldats de la Première Guerre mondiale.

 

Résumé : Durant la Première Guerre mondiale, nombreux sont les soldats qui ne se sont jamais remis du spectacle quotidien de l'horreur auquel ils ont assisté sur le front. C'est le cas notamment de Baptiste Deschamps qui, dès septembre 1914, s'est retrouvé prostré après un bombardement. Or, les médecins, réfractaires à la psychanalyse, importée d'outre-Rhin, se montrent impuissants face à ce type de souffrance. Promené d'hôpital en hôpital, Baptiste Deschamps se voit appliquer des méthodes douces, avant de subir la technique de Clovis Vincent, étoile montante de la neurologie française, qui consiste à infliger au patient des décharges d'électricité, pour que la douleur physique prenne le pas sur la souffrance psychique.

Ils étaient des héros qu'il fallait cacher. Pas ces soldats en fauteuil roulant, ces manchots, ces aveugles, ces gueules cassées, qui ouvraient le défilé de la victoire, le 14 juillet 1919, au lendemain de la Grande Guerre. Ces poilus-là étaient revenus du front sans blessures apparentes mais ils souffraient de lésions honteuses car, pour la médecine, inexplicables.

Le symptôme le plus stupéfiant, hormis leur regard à la fois hagard et halluciné, était que leurs jambes, totalement raides ou envahies de tremblements, ne pouvaient plus les porter. Les transformant ainsi en sorte de pantins. Le corps médical se doutait bien que ces hommes souffraient du syndrome dit du "vent de l'obus" après avoir subi le déluge de feu de l'armée allemande qui fit, en quatre ans, 1 697 800 morts et près de trois fois plus de blessés. Mais les traitements administrés aux rescapés de cette boucherie ne fonctionnaient pas sur eux. On les soupçonnait même de feindre d'être malades pour ne pas retourner au combat.

L'histoire du zouave Baptiste Deschamps, retrouvé prostré après un bombardement et devenu le symbole des errements du début de la neurologie en France, sert de fil conducteur à ce documentaire enrichi d'exceptionnelles images d'archives et de belles illustrations. Elle raconte une époque où, pour traiter le trouble de stress post-traumatique (TSPT) de guerre, on eut l'idée d'utiliser de violentes décharges d'électricité. Croyant que faire mal vaincrait le mal…

Documentaire français de Jean-Yves Le Naour (2014). 52 min

Sylvie Veran

Vies tranchées : les soldats fous de la grande guerre, ouvrage collectif, Delcourt, 2010. 100 pages.

Ils s’appelaient Jean-Marie, Maxime, Gabriel, Louis, Augustin, Edmond ou Paul. Envoyés au cœur

du maelström entre 1914 et 1918, ils en sont quasiment tous sortis vivants. Mais à quel prix ?

Si les tranchées ne les ont pas tués, elles les ont rendus fous. Élaborés à partir des travaux

d’Hubert Bieser sur les « pratiques soignantes, sociales et éducatives en santé mentale »,

les quinze cas présentés dans l’album par quinze dessinateurs différents montrent à quel point

les troubles pouvaient être polymorphes : schizophrénie, éthylisme, hyperémotivité, idées de

persécution, dépression mélancolique, confusion mentale, paralysie générale… Loin des ouvrages

contemporains qui se focalisent sur les souffrances physiques des soldats de la première guerre

mondiale, on s’attarde ici sur des troubles psychiques qui se sont révélés tout aussi dévastateurs.

 

Dans la préface de l’ouvrage, Hubert Bieser précise que si certains soldats ont été traumatisés par

le déluge de feu et d’acier des bombardements et que d’autres ont été rendus fous par la peur ou

épouvantés par l’absolue désintégration de leurs camarades, il y eu aussi des soldats fous qui

l’étaient avant la guerre. Et d’ailleurs, plus le conflit durait et les « ressources humaines »

s’amenuisaient, plus les commissions de réforme réexaminaient les cas d’inaptitude afin de

recruter des civils dont l’état mental aurait pourtant justifié le fait qu’ils soient réformés :

« Après l’effroyable massacre des débuts de la guerre en 1914 et 1915, on ne fait plus la fine

bouche pour recruter des combattants ». Reste des vies brisées à jamais, une prise en charge

indigne dans les asiles et, pour ceux qui auront la chance de voir leur diagnostique évoluer vers

une possible guérison, le spectre d’un retour dans les tranchées dès la sortie de l’hôpital.

 

Au niveau graphique, premier constat, la couverture est superbe. Pour le reste, l’ensemble est

évidemment très hétérogène. J’avoue d’ailleurs que sur les quinze dessinateurs présents, je n’en

connais aucun en dehors de Munuera. Dans une interview publiée dans la revue DBD de

décembre 2010, Huebert Biefer expliquait que beaucoup d’auteurs avaient au départ tendance à

penser le poilu en termes de super-héros. Autre cliché concernant cette fois l’hôpital psychiatrique

, la représentation des malades en pyjama restant au lit toute la journée alors qu’en fait, la plupart

effectuaient des petits travaux dans l’enceinte de l’établissement et que les pyjamas étaient

quasiment inexistants à l’époque. Il a donc fallu énormément d’échanges entre le spécialiste et les

dessinateurs pour que le projet aboutisse : trois ans en tout !

 

Chaque histoire tient en quatre pages et si chacune aborde un cas différent, il y a une sorte de fil rouge que l’on retrouve tout au long de l’album à travers la figure d’Emile P., un soldat atteint de délires et d’hallucination qui aura alterné pendant le conflit les périodes à l’asile et celle sur le terrain des opérations. Trente-six pages lui sont consacrées au total, insérées entre les autres histoires. Cette petite trouvaille scénaristique permet de donner plus de densité à l’ensemble du recueil.

 

Vies tranchées, c’est une plongée effarante dans l’univers psychiatrique du début du XXème siècle. Aujourd’hui, dixit Hubert Bieser, « les fous, devenus malades mentaux, vivent chez eux, seuls, recevant quelques rares visites de contrôle, anéantis par les psychotropes, victimes de l’opprobre sociale ». Finalement, rien n’a réellement changé.

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