La consommation mondiale de pétrole a dépassé, début 2020,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

...95 millions de barils par jour. Le baril, unité de volume utilisée dans les milieux industriels et financiers, équivaut à 159 litres, ce qui signifie que l’Humanité "boit" chaque jour plus de 15 milliards de litres de cette énergie fossile. Au cours de ces 50 dernières années, la consommation mondiale de pétrole a plus que quadruplé, passant d’un milliard de tonnes par an, à plus de 4,5 milliards de tonnes par an.

Plus de la moitié de ce pétrole sert à alimenter les moteurs des véhicules : voitures, camions, bateaux, trains et avions. Un dixième environ se consume dans des usines thermiques qui produisent de l’électricité. Un vingtième alimente les chauffages des bâtiments et logements. Le pétrole est également indispensable pour assurer la production industrielle d’une multitude de matériaux et de produits chimiques, emballages, pièces pour l’automobile, matériaux de construction, meubles, matériel électronique, fibres textiles, peintures, solvants, produits phytosanitaires, cosmétiques…

Pourtant, contrairement à une opinion largement répandue, la part du pétrole dans le mix énergétique mondial (14,2 gigatonnes d’équivalent-pétrole), ne cesse de décliner. Aujourd’hui, le pétrole ne représente plus que 31 % de la consommation mondiale d’énergie, contre 45 % en 1974. Une baisse qui s’explique par l’amélioration globale de l’efficacité énergétique de nos économies, tant au niveau des transports, que de l’industrie et du chauffage.

Bien qu’il soit probable que la consommation mondiale de pétrole continue de progresser en valeur absolue jusqu’en 2040, tirée notamment par le secteur des transports terrestres, aériens et maritimes,  les derniers scénarios de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), prévoient une demande de pétrole qui devrait progresser beaucoup moins vite que par le passé. L’AIE table en effet sur une consommation journalière de 103,5 millions de barils par jour, contre environ 92,5 en 2015, selon le scénario central de l'agence énergétique, qui tient compte des engagements pris par les pays dans le cadre de l'Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique sous les 2 degrés.

Les réserves mondiales prouvées de pétrole sont estimées à 1700 milliards de barils depuis quelques années, soit 2,5 fois plus qu’au début des années 80. Ces réserves prouvées désignent les quantités de pétrole qui ont 90 % de chance d’être récupérées et rentabilisées. Ces réserves prouvées pourraient, en théorie, couvrir une cinquantaine d’années de consommation, ce qui repousse un peu plus l’échéance du pic pétrolier. Mais en 2015, Ron Patterson, l'un des meilleurs observateurs de la production pétrolière mondiale et animateur du site peakoilbarrel.com, a publié dans la très sérieuse revue Wiley Interdisciplinary Review, une analyse remarquée, intitulée « une analyse globale de l'énergie » (Voir Wiley).

Dans cette publication, M. Jefferson explique notamment les raisons de la hausse du niveau des réserves de pétrole dit "conventionnel". « Les cinq principaux exportateurs de pétrole du Moyen-Orient ont modifié la base de leur définition des "réserves prouvées" de pétrole conventionnel, en faisant passer la probabilité d'exploitation de 90 % à 50 % en 1984. Le résultat a été une augmentation apparente (mais pas réelle) de leurs « réserves prouvées » de 435 milliards de barils.(...) de plus, les publications des chiffres des réserves comprennent désormais le pétrole lourd vénézuélien et les sables bitumineux canadiens, qui, bien que plus difficiles et coûteux à extraire (et de moins bonne qualité en général que le pétrole conventionnel) gonflent les chiffres "officiels" de 440 milliards de barils supplémentaires (le Venezuela représentant 270 milliards de barils et le Canada 170 milliards de barils). »

Selon cette étude, le chiffre des réserves prouvées - 1700 milliards de barils - serait donc surévalué à hauteur de 875 milliards. L’étude souligne que les réserves économiquement exploitables de pétrole « non conventionnel », issu principalement des schistes bitumeux ou des sables asphaltiques, ne représente, au mieux qu’une quinzaine d’années de consommation mondiale au rythme actuel. En outre, selon la société Rystad Energy, le coût d’extraction du pétrole non conventionnel s’élèverait, du fait de la baisse tendancielle de sa productivité, à 46 dollars le baril, un seuil devenu trop élevé pour que ce type de pétrole puisse rester rentable à long terme.

Une autre étude publiée il y a un an par le Centre de recherche géologique de Finlande (GTK) a fait grand bruit en montrant de manière très argumentée que ce fameux « Pic » de production mondiale de pétrole, annoncé depuis des lustres, allait probablement survenir d’ici seulement quelques années (Voir GTK).

Ce rapport intitulé, « Analyse critique du pétrole en tant que matière première » (Oil from a Critical Raw Material Perspective) souligne que s'il reste des réserves pétrolières importantes, le pétrole facile et peu coûteux d’accès a déjà été largement exploité. Selon ce rapport, 81 % des champs pétrolifères conventionnels sont actuellement en déclin, et le taux de découverte de nouveaux champs pétrolifères ne cesse de se réduire. Certes, depuis dix ans, cette diminution des réserves de pétrole conventionnel a pu être compensée par celles de pétrole non conventionnel. Mais son extraction nécessite notamment le recours à la fracturation hydraulique qui est très coûteuse, comme pour le pétrole de schiste américain, dont la production moyenne a augmenté de 28 % entre 2010 et 2018.

Selon le GTK, nous nous rapprocherions inexorablement du moment où les investisseurs perdront confiance dans l’industrie pétrolière, de moins en moins rentable. Le rapport conclut que la production américaine de pétrole de schiste "sera probablement en déclin terminal dans les 5 à 10 prochaines années". C'est aussi l'analyse du prospectiviste Jeremy Rifkin, qui prédit l'effondrement de la civilisation fossile d'ici 2028, notamment car les énergies renouvelables deviennent beaucoup moins chères que le pétrole.

L’étude du GTK souligne que la plupart des analystes du marché pétrolier sont trop concentrés sur le déclin géologique des champs pétrolifères, et n’ont pas assez pris en compte des facteurs économiques et financiers majeurs, comme la politique de taux d'intérêt proche de zéro qui a permis le « boum » américain du pétrole de schiste.

Comme le souligne avec beaucoup de bon sens l’expert Samule Furfari, « Les réserves pétrolières – c’est aussi vrai pour le gaz naturel ou pour tout autre produit de l’industrie minière – dépendent du prix que l'on est prêt à payer, d’abord pour les découvrir et ensuite pour les exploiter. Les réserves évoluent donc au fur et à mesure des améliorations de la technologie. Quand on a compris cela, alors on comprend que le pétrole ne sera jamais épuisé ! Le jour où il deviendra trop cher par rapport aux autres solutions, il ne sera plus extrait. »

Contrairement à une croyance très largement répandue, le pétrole risque donc d’atteindra son pic de production non pas parce qu'il n'y a plus assez de réserves dans le sous-sol pour répondre à la demande, mais parce que les consommateurs ne vont tout simplement plus pouvoir payer le prix du pétrole à un niveau qui permet aux producteurs de pétrole de continuer à amortir leurs investissements croissants et à dégager en plus des bénéfices…

La production pétrolière se retrouve à présent soumise à un effet de « ciseau entre deux tendances très puissantes : la première, prévisible, est un coût moyen d’extraction qui ne peut que croître, même hors taxe carbone, parce que le pétrole facile a déjà été largement exploité. La seconde, qui n’a pas été anticipée, est la baisse bien plus rapide que prévue du coût d’utilisation massive des énergies renouvelables et non carbonées, qu’il s’agisse du solaire, de l’éolien ou de l’hydrogène, appelée à devenir à la fois une source et un vecteur majeur d’énergie.

Or, en 2021, le coût moyen de production de l’électricité solaire et éolienne (dans sa version terrestre) va tomber, en moyenne, pour les grandes installations, en dessous des 5 centimes de dollar le kWh, un coût qui deviendra comparable à celui de l’électricité produite par les centrales au charbon ou au gaz et qui devrait encore diminuer de moitié d’ici 2040, grâce aux ruptures technologiques en cours, comme les films solaires organiques souples, les cellules solaires multi-jonctions à très haut rendement, ou encore les éoliennes flottantes de grande puissance.

Une étude indépendante très intéressante, publiée en mars dernier par BloombergNEF (BNEF), révèle que l’hydrogène produit à partir d’énergies renouvelables pourrait réduire d’un tiers les émissions mondiales de gaz à effet de serre provenant des combustibles fossiles et de l’industrie. (Voir Bloomberg NEF).

Selon cette étude très documentée, l’hydrogène renouvelable – obtenu donc à partir de l’énergie solaire et éolienne – pourrait être produit pour 0,8 à 1,6 $/kg (entre 0,7 et 1,5 euro par kilo) dans la plupart des régions du monde avant 2050. Si l’on inclut le coût des infrastructures de stockage et de transport, le coût de l’hydrogène renouvelable pourrait tomber – en Chine, en Inde et en Europe occidentale – à environ 2 $/kg (1,8 euro) en 2030 et 1 $/kg (0,9 euro) en 2050. Sachant que les véhicules à hydrogène consomment environ un kg pour 100 Km, cela signifie qu’il est possible d’envisager un « plein » d’hydrogène, permettant de parcourir plus de 1000 km, à 18 euros dans dix, ans et à 9 euros en 2050…Kobad Bhavnagri, auteur principal du rapport de BNEF, en est persuadé, « L’hydrogène a le potentiel pour devenir le carburant d’une économie propre. Dans les années à venir, il sera possible de le produire à faible coût en utilisant l’énergie éolienne et solaire, de le stocker sous terre pendant des mois, puis de le canaliser à la demande pour tout alimenter, des navires aux aciéries ».

Il est vrai qu’actuellement, le coût de l'hydrogène décarboné, plus de 5 euros le kilo, n’est pas compétitif avec des carburants issus des énergies fossiles et c’est bien pour cette raison que la quasi-totalité des 80 millions de tonnes d’hydrogène produits chaque année dans le monde reste fabriquée par vaporeformage, une technologie peu onéreuse – un euro le kg d’hydrogène -mais beaucoup trop polluante, puisqu’elle émet dix kg de CO2 par kg d’hydrogène obtenu…

Sachant que les trois quarts du coût de production de l'hydrogène provient du coût de l'électricité, pour baisser de manière drastique le coût de production de l’hydrogène « vert », de manière à rendre cette énergie plus compétitive que les énergies fossiles, il est essentiel que l’électricité verte nécessaire à la production d’hydrogène par électrolyse soit moins chère que celle issue des centrales au charbon ou au gaz. Et cela est désormais le cas : en moins de dix ans, le prix de l’électricité produite par une centrale solaire de grande puissance est ainsi passé de 276 euros le mégawattheure (MWh) à 52,1 euros le mégawattheure (MWh). Quant à l’électricité éolienne, elle est également devenue, en moyenne mondiale, moins coûteuse à produire que celle issue du charbon et du gaz, avec un coût de l’ordre de 60 euros le MWh.

Mais la production massive d’hydrogène vert à faible coût va également être favorisée par des avancées techniques décisives concernant l’efficience des électrolyseurs. Récemment, des chercheurs américains de l’université de Duke ont par exemple mis au point un feutre de microfibre de nickel qui s’est avéré capable de produire de manière 50 fois plus efficace que les électrolyseurs alcalins classiques actuellement utilisés pour l’électrolyse de l’eau.

On voit donc se mettre en place, plus rapidement que prévu, les conditions technologiques, économiques et industrielles pour que l’hydrogène, comme le prévoit le Cabinet Mc Kinsey, représente au moins 20 % de l’énergie totale consommée dans le monde en 2050, ce qui permettrait également de réduire de 20 % nos émissions mondiales de CO2.

La France, on le sait peu, est à la pointe de ces recherches visant à accélérer le basculement vers une économie décarbonée et à sortir définitivement de l’ère des énergies fossiles et du pétrole. Haffner Energy, une start-up de Vitry-le-François (Marne), issue du bureau d’études SOTEN spécialisé dans les centrales à biomasse et les unités de valorisation des déchets, a par exemple développé un remarquable procédé de thermolyse et de gazéification de la biomasse, baptisé Hynoca (pour Hydrogen NO Carbon). L’objectif affiché de cette société est, dans un premier temps, de produire de l’hydrogène pur à un coût compétitif de 4 euros le kilo à la pompe. A plus long terme, d’ici 10 ans, Hafner est persuadé qu’il est possible, en améliorant l’efficacité énergétique de son procédé, de descendre à 1,50 euro le kilo d’hydrogène vert, issu de la biomasse.

Il faut enfin évoquer un dernier facteur, outre le facteur technologique et économique, qui va précipiter la fin du pétrole et la sortie des énergies fossiles. Il s’agit bien sûr du facteur climatique. Sous la pression de leurs opinions publiques, les gouvernements vont être contraints d’instaurer, sous différentes formes, des taxes-carbone de plus en plus lourdes sur l’utilisation des énergies fossiles qui sont largement responsables de l’insupportable augmentation de nos émissions de CO2 et du réchauffement climatique en cours, dont on constate chaque jour les effets de plus  en plus dévastateurs.

Si l’on prend en considération l’ensemble de ces éléments, on comprend mieux pourquoi le consensus qui prévalait encore il y a peu, selon lequel une sortie du pétrole était impossible avant la seconde moitié de ce siècle, est à présent sérieusement remis en cause…

Nous devons comprendre que la sortie accélérée du pétrole, et plus largement des énergies fossiles, est non seulement une nécessité vitale pour l’humanité, mais également une formidable opportunité qui peut favoriser à la fois l’innovation technologique, la création d’emplois nouveaux, et la reconstruction d’une économie mondiale prospère et dynamique, capable d’utiliser comme nouveau moteur la valorisation intelligente et le recyclage permanent des ressources et des énergies que nous offre la Nature.

René TRÉGOUËT / Sénateur honoraire / Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat / e-mail : tregouet@gmail.com

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