TOTAL, ENI, SHELL, BP, REPSOL : DÉCOUVREZ LE PÉTROLIER LE PLUS VERT

 

Les grandes majors pétrolières européennes ont toutes pris ces derniers mois des engagements pour devenir neutres en carbone d’ici 2050, conformément à ce que prévoit l’Accord de Paris. Mais pour concrétiser cette promesse, les trajectoires diffèrent nettement selon les entreprises. La Transition Pathway Initiative (TPI), un groupement d'investisseurs, et Oil Change International, les ont décortiquées. Si aucun des plans climat n’est compatible avec un réchauffement climatique sous 1,5 °C, certains sont plus ambitieux que d'autres.

 

Aucune major pétrolière ne va assez loin pour respecter l’Accord de Paris sur le climat. @CC0

Le britannique BP, l'espagnol Repsol, l'anglo-néerlandais Shell, l'italien Eni ou encore plus récemment le français Total : les annonces de neutralité carbone d’ici 2050 se sont succédé ces derniers mois. Mais derrière ces promesses, les trajectoires diffèrent grandement d’une entreprise à l’autre et ne sont quasiment jamais basées sur une réduction drastique des émissions pourtant essentielle, selon les analyses de La Transition Pathway Initiative (1), un groupe d’investisseurs pesant près de 19 000 milliards de dollars d'actifs, et de Oil Change International (2), dans deux rapports successifs publiés en mai et en septembre.

BP et Eni apparaissent comme les plus ambitieux. BP est ainsi le seul à s'engager à baisser sa production de 40 % d'ici 2030, tout en continuant à approuver des nouveaux projets d'exploration et d'extraction, tandis qu'Eni prévoit un plateau en 2025 pour sa production de pétrole. L'Italien a également pris un objectif de réduction - exprimée en valeur absolue - de ses émissions de 80 % d’ici 2050 sur l’ensemble des émissions (scopes 1, 2 et 3), dépassant de loin ses rivales. Tous les autres envisagent de continuer à accroître leur production d'énergies fossiles (+ 22 % d'ici 2030 pour Repsol et Shell par exemple).

Total quant à lui fait figure de mauvais élève (*). Il circonscrit son engagement de neutralité carbone sur le scope 3 à l'Europe, celui-ci correspondant aux émissions liées à l’utilisation des produits, les plus importantes du secteur pétrolier. "Une aberration alors que le développement de ses activités se fera à l'avenir principalement hors d'Europe", ont jugé Greenpeace et Reclaim Finance. Et si les majors européennes sont en avance par rapport à leurs concurrentes américaines, aucune ne va assez loin pour respecter l’Accord de Paris sur le climat. 

La baisse de l’intensité carbone permet une croissance absolue des émissions

"Les baisses d’intensité carbone visées [soit la quantité de gaz à effet de serre émis pour une unité d’énergie produite, NDR] se situent entre -20 % et -65 % par rapport à leur niveau historique. Total vise une baisse de 60 %. Or, pour respecter la trajectoire 2°C, c’est une baisse d’environ 75 % qui est nécessaire, voire 90 % si l’on veut respecter la trajectoire 1,5°C," précise Carbone 4 dans une note publiée en juin (3). De plus, les baisses d'intensité carbone permettent toujours une croissance absolue des émissions.

Le cabinet de conseil plaide donc pour que les entreprises participent davantage à la trajectoire mondiale de neutralité carbone, alors que cette notion perd tout son sens à l’échelle de l’entreprise. La neutralité suppose en effet que les émissions soient compensées par des absorptions de gaz à effet de serre via des puits de carbone comme les forêts ou les systèmes de capture et de séquestration du CO2 (CCS). Mais la compensation carbone n’est pas infinie puisque les puits de carbone sont limités. Quant à la technologie de CCS, elle n’est pour l'instant pas mature et très chère.

"La seule façon sûre pour une major de respecter l'Accord de Paris est d'arrêter l'exploration et de réduire de manière significative la quantité de pétrole et de gaz qu'elle extrait dès cette décennie. Or, c'est tout l'inverse qui est prévu dans ces plans", réagit Romain Ioualalen, chargé de campagne chez Oil Change International. D'autant, que, malgré leurs promesses de neutralité carbone, les géants pétroliers comme Shell et Total continuent à réaliser 90 % de leurs investissements dans les énergies fossiles, selon un rapport (4) de l’IEEFA (Institute for energy economics and financial analysis).

*MAJ le 02/10/20, depuis la publication de cet article, Total a pris de nouveaux engagements climatiques à retrouver ici

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Voir le rapport de la Transition Pathway Initiative 

(2) Voir le rapport Oil Change international

(3) Voir la note de Carbone 4

(4) Voir le rapport de l'IEEFA

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