Sécheresse,
comment la Sardaigne a réglé ses problèmes d'eau

Publié le 13/08/2022 à 09h53 • Écrit par A. Stromboni

 

La Sardaigne a changé son modèle de gestion des ressources hydriques à la suite d'une loi régionale datant de 2006.

À 12 kilomètres au sud de la Corse, la région autonome de Sardaigne s’appuie sur de nombreux barrages pour alimenter l’île en eau. Depuis 2006, la planification des ressources hydriques est gérée par une seule entité régionale.

Malgré des conditions climatiques peu favorables, la Sardaigne a trouvé un mode de gestion de l’eau qui lui permet de faire face à la sécheresse.

"Chez nous, le tournant s’est opéré en 2006, explique Paolo Botti, ingénieur hydraulique et directeur du service de gestion des ressources hydriques de la région autonome de SardaigneAprès la grande sécheresse de 2002-2003, il y a eu une loi régionale (la legge 19) qui a complètement redéfini la gouvernance de notre système hydrique. Ça a tout changé."

Grâce à ses 37 barrages, l’île voisine de la Corse dispose d’1,8 milliard de mètres cubes d’eau. "Les barrages fournissent environ 80% de l’eau aux divers utilisateurs, précise Paolo BottiSeuls 20% provient des puits ou des sources. C’est une grande différence entre nous et le reste de l’Italie où la situation est à l’opposé de la nôtre."

En Corse aussi, la situation n’est pas la même que sur l'île voisine, en témoignent les mesures de restrictions d’usage de l’eau en vigueur. Ce que n’a plus connu la Sardaigne depuis qu’elle a changé de modèle de gestion il y a une quinzaine d’années, comme nous l’explique Paolo Botti.

France 3 Corse ViaStella : En Sardaigne, depuis l’instauration d’une loi régionale datant de 2006, la gestion de l’eau semble permettre à l’île de ne plus en manquer. Comment l’expliquer, alors qu’elle doit elle aussi faire face à la sécheresse ?

Paolo Botti : La Sardaigne n’a pas de grandes ressources souterraines. Par conséquent, on y a construit des grands barrages depuis la moitié du siècle dernier. Nous en avons désormais près de 40. Il faut savoir que leur volume de régulation d’eau représente 20% du volume entier de tous les barrages italiens.

Comment sont-ils gérés ?

Avant la "legge 19", ils étaient gérés par plusieurs entités diverses. Il était donc difficile d’assurer une vraie gouvernance du système. Grâce à la "legge 19", deux opérations fondamentales ont été réalisées : les barrages et les canaux de liaison ont été placés sous la gestion technique d’une entité : l’Ente Acque della Sardegna.

Quant à la planification des ressources hydriques, elle est gérée par l’Autorità di bacino. Nous avons été les premiers en Italie à le faire, dans le cadre de la directive cadre-européenne sur l'eau. Cela a tout changé.

Pour quelles raisons ?

Cela nous a permis d’assurer l’équilibre du bilan hydrique. On dispose de différents indicateurs statistiques qui nous permettent d’anticiper les périodes de sécheresse. Exemple : on transvase de l’eau de certains barrages qui en ont en abondance sur des zones qui en ont moins.

Notre système hydrique a une autre caractéristique. À la différence du reste de l’Italie, nos barrages ne doivent pas seulement emmagasiner la ressource de l’hiver pour la fournir l’été. Ils doivent l’emmagasiner dans les années les plus pluvieuses afin de la fournir lors des années où la ressource est moindre. C’est donc une régulation pluriannuelle. Notre système organise sa régulation sur 4 voire 5 ans. Par conséquent, on fournit de l’eau qui est arrivée dans nos barrages il y a 4 ou 5 ans. C'est cela qui nous permet de tenir.

L’île ne connaît donc aucune restriction d’eau cet été ?

Depuis que le système a été réformé en 2006, à part quelques toutes petites restrictions en 2017, nous n’avons plus connu de problèmes d’eau potable, ni de problèmes d’irrigation. Aujourd’hui, malgré la sécheresse, il n’y a aucune restriction. La programmation qui a été faite par le comité institutionnel de l’Autorità di bacino n’en prévoit aucune jusqu’à la fin de l’année.

Séparée par un détroit de 12 petits kilomètres, la Sardaigne et la Corse ne présentent pas les mêmes ressources en termes de stockage de l'eau. Voyez-vous cependant des similitudes entre les deux îles ?  

Même si je suis allé quelques fois en Corse, je ne connais pas toute l'île, notamment l'intérieur. Néanmoins, je sais que la pluviométrie est supérieure à celle de la Sardaigne.

Sur ce que j’ai pu voir, la répartition de la population, majoritairement installée sur les côtes, est similaire à celle que nous avons. Comme chez nous, l’intérieur est beaucoup moins peuplé. La concentration sur les côtes est une aide concernant les ressources hydriques. Elle permet en effet de construire des barrages dans les zones de montagne, puis de fournir l’eau via des canaux sur les zones côtières.

Selon vous, le modèle sarde pourrait-il fonctionner en Corse ?

Je ne connais pas les chiffres et les besoins de la Corse. Cependant, un système fait de plusieurs barrages a l’avantage de permettre d’emmagasiner de l’eau dans les années abondantes et de la distribuer dans les années moins pluvieuses comme celle que nous connaissons actuellement. C’est un gros avantage. Après, il faut créer une interconnexion avec des canaux. En Sardaigne, on a eu une année de sécheresse. La région de Sassari, au nord-ouest, a connu une diminution de précipitations beaucoup plus marquée que celle de Cagliari, dans le sud de l'île. On a donc pu transférer de l’eau entre ces deux régions.

L’important se situe surtout au niveau de la gouvernance. Pour nous, le fait d’avoir un organisme unique, l’Autorità di bacino, qui gère la planification et la programmation est très bénéfique. Il nous permet de programmer la ressource hydrique avec une efficience majeure.  Auparavant, quand les barrages étaient gérés par une quinzaine d’entités diverses, il était très difficile de faire cette programmation. Depuis quinze ans, cette structure régionale, qui constitue également une interface avec le gouvernement national, nous permet de gérer nos propres ressources de la meilleure des façons.

 

diga-del-liscia-2.jpg

Il vecchio portale che introduceva all’area della Diga.

La Diga è stata portata a termine nel 1962 per soddisfare in special modo l’approvvigionamento idrico dell’area di Arzachena e Olbia, è ampia quasi 300 metri, alta 70 metri e sorregge un invaso della portata massima di 105 milioni di metri cubi d’acqua.

L'ancien portail qui a introduit la zone du barrage. Le barrage a été achevé en 1962 pour satisfaire notamment l'alimentation en eau de la région d'Arzachena et d'Olbia, il mesure près de 300 mètres de large, 70 mètres de haut et supporte un réservoir d'une capacité maximale de 105 millions de mètres cubes d'eau.