Media Corsica

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

Interview d’Ange Mathieu Mezzadri pour Media Corsica

 

Media Corsica : Vous republiez La France Décapitée écrite en 1993 avec Paul-Francis Paoli, pourquoi cette nouvelle édition ?

Ange Mathieu Mezzadri : La raison en est simple : ce livre est encore d’actualité et même d’une cruelle actualité. C’est ce qui a amené notre éditeur Pierre-Antoine Nicolaï, directeur des éditions Maïa, à le ressortir dans la collection Patrimoine.

 

Media Corsica : En quoi ce livre est-il d’actualité ?

Ange Mathieu Mezzadri : La présidentielle française l’a parfaitement démontré, parasitée qu’elle fut par des thèmes déjà analysés et mis en exergue dès 1993 par Paul-François Paoli et moi, mais jamais réellement traités depuis par la classe politique. Les politiciens professionnels d’un côté et la classe médiatique de l’autre ont préfèré glisser la poussière sous le tapis ; aujourd’hui elle ressort et se répand partout.

 

Media Corsica : Votre jugement est sévère, non ?

Ange Mathieu Mezzadri : Jugement ? Non. Comme je suis aussi médecin, je dirai plutôt « diagnostic ». Car, selon moi, le plus important, le préalable indispensable, est de poser l’exact diagnostic de l’état du pays ; je pense à la Corse et je pense à la France. Sans cela, il sera toujours impossible de trouver les solutions adéquates.

 

Media Corsica : Vous pensez vraiment que cela suffira ?  

Ange Mathieu Mezzadri : Hélas non, car il existe un bien plus grave problème qui, me semble-t-il, obère actuellement toute possibilité d’évolution propice. 

 

Media Corsica : Que voulez-vous dire par là ?

Ange Mathieu Mezzadri : Je parle du déni. Oui, du déni. Je reprends là encore, pour bien me faire comprendre, une métaphore médicale. Même si le diagnostic a été très précisément posé par le praticien, le malade ne peut être soigné que s’il accepte ce diagnostic aussi difficile soit-il à attendre. Quand un malade plonge dans le déni, son état ne peut qu’empirer. Il en va de même d’un pays ou d’un peuple !

 

Media Corsica : Les Français seraient donc dans le déni ?

Ange Mathieu Mezzadri : Tous, j’espère que non ; mais beaucoup trop, oui. D’autres observateurs l’ont dit avant moi. Il y a même un auteur américain, un universitaire, qui parle lui de « schizophrénie française » ; c’est dire !  Me permettez-vous de donner un exemple tiré de La France Décapitée ?

 

Media Corsica : Bien sûr !

Ange Mathieu Mezzadri : Voici un extrait ce qu’en 1993 Paul-François Paoli et moi avons écrit : « Ainsi, jettent-ils l'éponge sur l'essentiel : la sourde et intarissable guerre, sociale, raciale, ethnique, ou religieuse que se livrent les hommes depuis toujours. Une sarabande qui n’est pas près de finir ; on le vérifie tous les jours à nos frontières ! Ils jettent l'éponge sur le sang, la sueur, et les larmes, mettent Rousseau au pinacle et flattent le pédagogue en nous. Illuminés par leurs plates croyances, ils sous-estiment toujours la puissance de bestialité de l'animal humain. Des exemples de cette myopathie historique, où l'œil rivé sur le monstre, ils en pinaillent encore la vitalité ? Mais le siècle en abonde, pour notre malheur ». Ces lignes datent d’un quart de siècle. Nous aurions pu les dire hier ; nous aurions pu les prononcer encore et toujours à l’occasion de cette navrante présidentielle française aujourd’hui close. Je -ne vois rien à ajouter. Sempiternellement le même déni s’exprime. C’est pourquoi, plus qu’un témoignage, La France Décapitée reste d’actualité.

 

Media Corsica : Le nouveau président français peut-il changer cet état les choses ?

Ange Mathieu Mezzadri : Emmanuel Macron a déjà bien ringardisé la vielle clique politique pour laquelle je n’ai pas beaucoup d’estime ; ce qui est une excellente chose, en espérant qu’il lui donnera le coup de grâce ! En outre, j’ai rencontré, personnellement, plusieurs fois, son porte-parole, Benjamin Griveaux qui est un homme réellement remarquable, charmant, intelligent ; en un mot, brillant. J’aurais vraiment aimé publier son livre dans une de mes collections littéraires. Je suis démocrate, respectueux du choix du peuple, souhaite donc au nouveau président et à son équipe de réussir pour le pays. Pour autant, Emmanuel Macron incarne, selon moi, une idéologie avec laquelle j’ai de profonds désaccords et dont je parlerai dans un livre paraître sous peu.

 

Media Corsica : Ainsi vous préparez un nouveau livre.

Ange Mathieu Mezzadri : Oui, et il paraîtra aux éditions Maïa. Ces publications s’inscrivent dans une certaine continuité. La France Décapitée renvoie l’ensemble des Français a un certain déni présent. Lettres à la Femme de l’Autre peut se comprendre également comme la description de ce sur quoi débouche l’aliénation ; qu’il s’agisse certes de la Corse mais aussi de la France, ou de tout autre pays. Le livre à paraître apportera de supplémentaires clefs de compréhensions.

Régie Publicitaire

    Vous avez aimé nos articles ? Faites un don pour nous encourager à continuer !

© 2016 par "ISULAVIVA" (c)