Gary Oldman, une vie d'acteur...

 

 

 Comment en parler ?

En attendant, les médias du monde entier se sont transformés en champ de bataille géant où les Oldmanards

(les partisans de l'acteur, NDLR) sont accusés par les Anti-Oldmanards (leurs plus farouches opposants,

NDLR) de favoriser une "oldmanisation" des esprits, non sans rappeler les heures les plus sombres de notre

histoire.

Gary Oldman s'est exprimé dans le magazine "Playboy" , sur sa carrière ou sur son amitié avec David Bowie

vieille de 30 ans. Cet entretien sorti lundi suscite de vifs débats. Le comédien britannique prochainement à

l'affiche du n ouveau volet de la Planète des Singes y prend notamment la défense de Mel Gibson, mis au ban d'Hollywood après ses propos antisémites. Il donne une première explication : "Mel Gibson habite une ville tenue par les juifs et il a dit ce qu'il ne fallait pas, car il a mordu la main qui le nourrissait".

Mel Gibson avait été arrêté pour conduite en état d'ivresse. Il avait insulté un policier et affirmé que les juifs étaient responsables de toutes les guerres de l'histoire. L'acteur de Braveheart avait présenté ses excuses, mais avait été condamné à trois ans de mise à l'épreuve et 1.300 dollars d'amende. " Il était saoul et a dit certaines choses, mais on en dit tous. On est tous des p*t*** d'hypocrites ! (…) le policier qui l'a arrêté n'a jamais dit 'nègre' ou 'p*t*** de Juif', peut-être ?", a dit Gary Oldman avant d'ajouter qu'il n'en pouvait plus du politiquement correct, "une p*t*** de blague pour moi".

Bon il s'est excusé et a priori tout est fini... Fini, 

 

Un rendez-vous avec Gary Oldman s'envisage avec autant d'excitation que d'appréhension. Parce que c'est l'un des meilleurs acteurs du monde et qu'il est difficile de savoir sur qui on va tomber. Avare d'interviews, l'homme est mystérieux et la diversité de ses rôles n'aide pas à le cerner.  

Aujourd'hui, Winston Churchill dans Les Heures sombres, hier Sirius Black dans la saga Harry Potter, avant-hier Dracula pour Francis Ford Coppola... Le gars change de tête comme de chemise. Ou de tee-shirt, comme ce matin. Jean, pompes cirées, bien coiffé, bouc taillé et à l'heure. Un peu en avance, même. Prêt à l'emploi. Il attend, assis sur le bord du canapé de sa suite dans un palace parisien. La poignée de main est assurée, le bonjour est courtois, le sourire mesuré. En un mot, professionnel. Mais encore? 

Réfléchi. Du genre à prendre son temps pour ne pas répondre n'importe quoi. La première question paraissait pourtant simple. Logique, surtout. A quel moment un réalisateur pense-t-il à lui, 59 ans et 75 kilos au jugé, pour interpréter Winston Churchill à l'orée de la Seconde Guerre mondiale, 65 ans et assurément au-delà du quintal? Vingt secondes passent. Courtes sur le papier, interminables en face-à-face. Un silence pesant pendant lequel Oldman regarde au loin, concentré.  

Et puis la parole se libère. Enfin. "Je ne peux pas parler à la place de Joe [Wright]. D'autant que l'idée vient d'Eric [Fellner, le producteur]. Jusqu'à présent, on a toujours fait jouer Churchill par des acteurs qui avaient de l'embonpoint. Mais si on regarde les actualités d'époque, quand il s'apprêtait à entrer en guerre contre Hitler, sa démarche est déterminée, presque athlétique. L'apparence n'est pour lui qu'une affaire de façade, et pour moi de maquillage. Ce qui compte, c'est ce qui se passe à l'intérieur." 

L'image d'un bosseur

Venons-y justement. Ça marche comment, un Gary Oldman? Et à quoi? Assurément, pas à l'ego. Deux signes pour s'en convaincre. 1. Il ne se rend quasiment jamais sur un plateau télé et fuit autant qu'il le peut la presse écrite. 2. Il enquille les films sans jamais se soucier de l'importance du rôle.  

En haut de l'affiche pour La Taupe, en bas pour True Romance, au milieu pour La Planète des singes. L'affrontement... "C'est un métier", dit-il. On prendrait la réponse pour de l'arrogance, s'il n'enchaînait aussitôt avec un ton très pédagogue: "C'est ce que je fais pour vivre. Comme tout le monde, je dois travailler pour gagner de l'argent et nourrir ma famille. Quand les rôles sont bons, comme dans Les Heures sombres, répondre aux interviews est plutôt facile. Mais quand le film est moins bon, voire mauvais, l'exercice est vain. Je sais que le journaliste sait que je sais qu'il sait que tout ça est sans intérêt. Mieux vaut s'abstenir que de se mentir, non?" 

Gary Oldman n'est pas un homme froid ou distant. Il est simple. A prendre ici dans le meilleur sens du terme. Le père est soudeur, la mère, femme au foyer. Enfance pas facile dans un milieu modeste qu'il dépeint sans concessions dans le très dur Ne pas avaler (1997), produit par son ami Luc Besson et réalisé par ses soins. Il n'a rien oublié de ce passé, des vaches maigres et de la valeur de l'argent, de ces salaires de misère gagnés en travaillant dans une usine d'assemblage ou dans un abattoir de cochons. Il ne s'enorgueillit pas du chemin parcouru et apprécie que l'image du bosseur prévale sur celle de la star.  

"Faire semblant d'être quelqu'un d'autre"

"Ce boulot est aussi une passion, mais je fais la part des choses. Quand je ne bosse pas, je fais des trucs totalement différents. Mon hobby, c'est de prendre des photos sur des plaques de verre au collodion humide, comme au XIXe siècle." Le comédien cherche d'ailleurs depuis vingt ans à réaliser un film sur Eadweard Muybridge, pionnier de la photo qui décomposa la "locomotion animale". 

En attendant de trouver l'argent, il continue de faire l'acteur. Dans Hunter Killer, par exemple, un film d'action dans lequel il espère déclencher une Troisième Guerre mondiale. "Depuis Léon, Hollywood pense plus à moi pour ce genre d'emploi que pour celui du héros d'une comédie romantique." Ça pourrait changer. Avec Les Heures sombres, le voilà pour la première fois nommé aux Golden Globe Awards, antichambre des Oscars -pour lesquels il n'a eu qu'une seule nomination, avec La Taupe. S'il obtient la statuette, tant mieux. Sinon, la vie continue.  

Mais pourquoi avoir voulu être comédien au juste? Aïe! On est reparti pour vingt secondes de silence. "Pour faire semblant d'être quelqu'un d'autre, lâche-t-il avant de se tourner vers un miroir à côté de lui. Je n'aime pas ce que j'y vois." Il se relève, tend la main, sourit. Malicieux. Il va falloir attendre le prochain bon film pour se revoir. Que cela lui plaise ou non. 

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