Jacques Fusina

 

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Né en décembre 1940 en Corse. Après des études secondaires à Bastia puis supérieures à la Sorbonne, il a d'abord enseigné les lettres dans la région parisienne et à Paris. Revenu en Corse en 1981, il a été chargé de mission ministérielle pour la mise en place de l'enseignement du corse, conseiller technique des recteurs d'académie, chargé d'inspection pédagogique régionale. Docteur ès lettres (Montpellier) et docteur en sciences de l'éducation (Paris), il est actuellement Professeur émérite des Universités.
Militant culturel connu, il a été président du conseil de la culture de l'Assemblée de Corse (de 1989 à 1991).
Ecrivain (Prix du livre corse, prix de la région, 1987 : poèmes, nouvelles, essais, traductions) il est aussi le parolier à succès des chanteurs et groupes corses parmi les plus connus.

 

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   Langue corse et modernité                                         

Nul n’ignore aujourd’hui les conditions dans lesquelles s’est organisé et développé, d’abord par l’action associative et militante, puis de façon officielle, un enseignement du corse puisqu’il a été progressivement installé depuis une trentaine d’années aux divers degrés du service public de l’éducation. Pourtant, et si l’on excepte les documents proprement didactiques ou pédagogiques qui ont accompagné et illustré abondamment cette progression, les ouvrages de réflexion générale sur cet objet particulier sont plus rares. J’ai moi-même publié une étude synthétique qui avouait l’ambition d’embrasser l’ensemble d’une problématique, c'est-à-dire de s’intéresser non seulement à l’histoire de cette idée d’enseignement particulier depuis ses enracinements profonds jusqu’à ses cheminements complexes plus récents, mais aussi de procéder à l’examen pluridisciplinaire des influences diverses, d’inspiration locale, italienne ou française, qui ont constamment agi sur l’objet et l’ont peu à peu transformé en ce qu’il est à présent devenu (1).

Cette étude m’a porté à m’interroger sur les blocages de toute sorte qui ont considérablement handicapé dès l’origine et gênent encore quelque peu le développement serein de cet enseignement. En effet, les bilans nombreux tirés de cette expérience laissent parfois transparaître quelque insatisfaction sur ses résultats globaux. D’autre part, la critique épingle souvent des lacunes persistantes vers une généralisation souhaitée et jamais atteinte, et en tout cas une insuffisance d’ancrage solide dans les jeunes générations, pour ne citer que les observations couramment entendues. Or, si ces insuffisances tiennent à des défauts d’organisation imputables au système scolaire ou à l’efficacité des méthodes pédagogiques, il n’y a rien qui ne se puisse corriger et améliorer à terme. Si c’est la qualité même de la langue employée qui est en cause (mauvaise appréciation ou faible prise en compte par les praticiens actuels, maîtres ou élèves, de ses fondements historiques au profit d’usages privilégiés de la production contemporaine) rien n’empêche a priori une révision concertée et prudente des parcours voire de possibles réorientations idéologiques. Si les réticences sont plus profondes et relèvent d’autres instances que techniques ou pédagogiques, si elles s’alimentent à ce que les sociolinguistes nomment « le sens commun » circulant dans la communauté des locuteurs, soit une sorte de volonté populaire, -plus malaisément consultable sans doute mais considérée généralement comme l’assise principale de toute revendication linguistique- c’est alors toute la problématique qui mériterait d’être réexaminée et d’autres hypothèses de réflexion engagées.

Dans cette éventualité, je voudrais en tenter une aujourd’hui que je vous demanderais de recevoir comme une simple contribution, naturellement offerte à la discussion et amendable autant que nécessaire, à un débat devenu pour tous fort complexe. Si je prends autant de précautions de style, c’est que je voudrais contester l’idée que l’on ne met pour ainsi dire jamais en doute et qui tient lieu de poutre maîtresse à toute spéculation sur notre devenir identitaire : il s’agit de l’assimilation langue corse/tradition ou mieux expression linguistique corse/société traditionnelle. Mon hypothèse serait donc que les réticences persistantes, plus ou moins consciemment exprimées, à accepter résolument un enseignement du corse dans ses formes et résultats actuels, ont pris anciennement naissance dans cette adéquation immuable et ne se sont jamais tout à fait résorbées malgré le mouvement massif qui a marqué au cours de ce siècle le passage à la modernité de notre société traditionnelle.

Pourtant, s’il est reconnu que notre idiome est bien né des formes de vie anciennes qu’il reflétait, il faut bien admettre qu’il a tout de même survécu à leur extinction lente et à leur disparition progressive. On s’aperçoit en outre qu’un nouveau et ardent désir de parler corse s’est désormais emparé de notre communauté : il est sensible dans le discours et, observons-le, par la manifestation d’une conscience, d’une ambition et d’une mobilisation militante jamais égalées dans notre histoire. On pourrait même avancer que ce désir semble avoir pris naissance de et à partir de ce mouvement de régression des formes traditionnelles, comme si les formes mêmes de la modernité, à mesure qu’elles gagnaient comme partout du terrain, lui avaient insufflé une force et un élan nouveaux.  Cela dit sans méconnaître certaines ambiguïtés inhérentes à toute attitude qui prétend s’abreuver à l’ancien (sinon y revenir) avec les instruments et les ambitions du moderne et du contemporain. (2)

Nous touchons ici en effet à une réelle difficulté conceptuelle dans la mesure où l’on n’accepte pas toujours aisément, ni pour soi ni pour les autres, le choix d’une lecture délibérément moderne de la réalité culturelle vécue sans quelque soupçon de trahison d’une certaine forme de fidélité transcendante. Force nous est pourtant d’admettre que c’est d’un tel mouvement, d’un tel choix –et quelle qu’en fussent en définitive  les motivations profondes-  que sont nées toutes les pratiques actuelles de transmission du corse, puisque la société traditionnelle ne voulait ou ne pouvait plus assurer massivement cette sauvegarde ni cette transmission. Ajoutons que celles-ci se font essentiellement à présent par l’institution scolaire à qui il revient par conséquent de formaliser ce rapport de la langue corse au savoir, au monde, aux autres, ainsi qu’elle le fait pour la langue officielle (3)

Sans doute est-il nécessaire de préciser ici, pour clarifier l’argumentation, quelques éléments définitoires : j’entends par traditionnel ce qui serait simple résultat d’héritage, sans questionnement ni remise en cause. D’ailleurs l’identité porteuse du legs, valeurs et usages, laisse peu de latitude à la contestation puisque ce sont les anciens dans leur sagesse qui les transmettent à des légataires à charge pour ceux-ci d’en faire de même pour leur propre postérité. On a souvent décrit, en Corse comme ailleurs, les indicateurs de la conformation des individus aux lois de cette société traditionnelle : l’individu aurait fort à faire s’il voulait conquérir une autonomie d’opposition à ce qui le confine dans le statut de membre indifférencié de sa communauté. Le phénomène du clan, par exemple, est l’une des images caricaturales de ces fonctionnements assujettissants. Les conduites d’entraide, de soumission, de fusion dans un réseau familial, amical, politique ou autre existent ailleurs et à des degrés divers. La question de « l’intervention », par exemple, relève des mêmes processus : qui n’a pas reçu mission d’intervenir au nom d’un tel, parent ou ami, dans le but d’assurer une meilleure efficacité (ou prétendue telle) à une démarche administrative, une demande d’emploi, un examen ? Cette attitude est tellement répandue dans notre communauté qu’elle est généralement reçue comme naturelle et compréhensible par tous. Or, elle est, comme partout, inacceptable pour un esprit soucieux d’équité, de justice, de simple démocratie, dès lors qu’il suppose passe-droits, favoritisme, manœuvre ou trafic d’influence. Le rejet individuel, et je suppose majoritaire, que l’on peut avoir de pareils comportements n’empêche pas qu’ils persistent majoritairement. C’est là un exemple de la difficulté qu’il y a à s’opposer isolément à des pratiques aussi enracinées. C’est pourquoi la rébellion reste, par confort individuel ou conformisme facile, plus rare que ne pourrait l’attendre tout observateur extérieur. (4)

Or, la marche vers la modernité s’inscrit justement dans la contestation des déterminations traditionnelles : à partir du moment où l’individu tente de prendre ses distances, il rompt avec l’identité socioculturelle héritée. Ce que je proposerais d’appeler ici modernité ne sera cependant pas la rupture complète ou la trahison patente de l’héritage socioculturel mais la volonté de prise de distance, de recul objectif. Ce choix à contre-courant est toujours difficile, mais il, correspond à l’éclosion du sujet, c'est-à-dire de l’individu devenu capable de renverser progressivement le regard porté sur le monde et sur lui-même, de le gérer autrement et d’en maîtriser le rapport nouveau. Cette difficile tentative d’autonomisation de comportements  marque justement le dur passage de l’adolescence à l’âge adulte et est trop connue pour que l’on s’y attarde ici.

Si l’on examine cette question identitaire sous un angle seulement linguistique que constate-t-on ? Que jamais la langue n’a été envisagée autrement que comme le fruit de cet arbre communautaire où il a mûri et s’est développé. On remarquera que ce rapport étroit de l’idiome à la société qui lui a donné naissance est le plus naturel qui soit. Mais cette qualité confère une sorte de vertu transcendantale qui interdit toute modification de statut sous peine d’atteinte grave à l’essentiel. Dès lors, toute action sur la langue ne pouvant être que de maintenance et de sauvegarde, on n’osera jamais impliquer l’idiome dans un projet dynamique, si séduisant fût-il. La langue dite maternelle (5) est et reste affaire d’affect, de sentiment, de cœur. Sa transmission même doit rester naturelle : pas de meilleure pédagogie que le sein de la mère ! Même lorsque cette transmission s’est à l’évidence épuisée, et quelles qu’en fussent les raisons, on le déplorera certes, mais on rechignera à appliquer les remèdes éprouvés de la pédagogie moderne. Mieux vaudrait qu’elle sombrât corps et âme avec la société-mère que de supporter qu’elle puisse revivre par les modernes apports de l’audiovisuel, du magnétoscope, de la création actualisée…et que d’autres que les autochtones puissent l’apprendre comme on peut apprendre n’importe quelle langue au monde.

Cette présentation peut paraître outrancière : on admettra pourtant qu’elle n’est pas dénuée de vérité. Malgré les efforts militants de l’Entre-deux- guerres déjà où l’on proposa une production littéraire revigorée dans tous les genres, des traductions, une pédagogie historique et culturelle, c’est l’idée de maintenance qui guide toujours la pensée et l’action. Rarement ce combat sera pensé dans la perspective de la modernité. Rarement le rôle assigné à ce que l’on appelait alors le « dialecte » sera vu autrement qu’en termes affectifs et réducteurs en somme, alors que l’on supposait toutes les puissances  glotto-politiques à l’une ou l’autre des deux grandes langues européennes auxquelles le corse avait eu historiquement affaire. Ce sont des attitudes qui ont été aujourd’hui largement décrites et analysées comme caractéristiques de la situation de « diglossie » : il est donc inutile d’y trop insister. Dès la fin du XIXème siècle, l’inclination du cœur n’aura donc pas suffi à empêcher les choix de la raison, du moins ceux qu’impose la réalité économique et sociale du pays. La langue « porteuse », comme on dirait aujourd’hui, a lingua di u pane, c’est bien le français : non dans l’absolu du raisonnement linguistique mais dans l’élan d’un beau réalisme pragmatique que contestèrent alors bien peu de responsables. C’est donc la fonction officielle et efficiente d’une langue omnipotente et nouveau-venue que l’on entérine. Comme pour mieux réserver en contrepartie son intimité, sa tendresse éternelle au vernaculaire.   

Il ne s’agit pas de juger des attitudes passées, puisque les éléments conjoncturels autant que les déterminations socio-historiques et culturelles de l’époque sont là pour expliquer des phénomènes massifs que l’on a enregistrés dans toutes les régions soumises à des problèmes comparables. Mais aujourd’hui  n’observons-nous pas des réticences qui sans avoir la même portée générale que naguère pourraient être considérés comme relevant du même ordre ? Est-on si prêt chez nous, mis à part quelques militants, à parier sur une revalorisation totale du statut du corse ? Ou alors que signifieraient les arguments que l’on oppose fréquemment et dans tous les milieux à sa co-officialisation, même prudente et progressive ? Comme si, en somme, et malgré tous les discours et mots d’ordre offensifs entendus ici ou là, on répugnait à s’attaquer sérieusement à un chantier administratif certes ambitieux mais non irréalisable. Comme si, en son for intérieur et malgré le consensus politique, chacun doutait réellement des potentialités, des chances et de l’avenir de la langue locale : comme si une « grande » langue européenne présentait seule des aptitudes à l’indispensable ouverture, à l’universalité.

J’entends bien qu’on puisse m’opposer qu’une telle question ainsi sommairement présentée ne rend pas compte de sa complexité contextuelle véritable, et je l’admets volontiers, mais je pousse, comme observateur qui se défend de juger, un raisonnement dans sa logique. Je puis même concéder que les Corses les plus éclairés et conscients n’ont jamais réellement douté des potentialités de leur idiome, mais qu’une sorte de principe de réalité les aura guidés dans l’alternative cruciale de la maintenance ou de l’abandon. Ainsi donc des générations d’insulaires auraient abandonné leur langue, non pas parce qu’elle aurait été incapable intrinsèquement des mêmes performances que les langues officielles, mais parce que la plupart de ceux qui prétendaient véhiculer des concepts modernes, un savoir universel, des idées politiques d’avenir, l’ont fait en français et non en corse. Je pourrais sans crainte utiliser le présent, si j’en juge par l’importance que tient le corse dans la presse locale pour ce qui concernerait, par exemple, le débat d’idées, le discours politique, la critique littéraire, ou même la simple information.

Il y a donc tout lieu de croire que l’on n’a pas voulu (ou pu) créer de la modernité par le corse : même si l’évolution des techniques et des savoirs a largement modifié la vie dans l’île à tel point que nul n’y a échappé, la langue représente encore et surtout tel outil agricole, telle pratique rurale, telle expression populaire, telle désignation pastorale…qui sont montées en épingle, exhibées pour leur inégalable beauté, leur particularisme, leur caractère intraduisible…alors même que l’on moquera à longueur de journée la néologie, les maladresses créatives, les tentatives d’actualisation que certains s’escriment à oser.

Sans doute n’aurait-il pas été théoriquement impossible de contrecarrer l’arrachement linguistique –ou plutôt le double arrachement puisque la Corse a été dépossédée à la fois de son vernaculaire villageois et de son véhiculaire italien-  au profit de l’omnipotent français qui s’avançait avec tous les atours de la légitimité et de l’officialité. Mais il eût fallu d’abord éviter l’assimilation mortifère passé/tradition/langue parce qu’elle a été vécue comme regret, nostalgie, valeur en perdition. Il eût fallu ensuite une masse critique, force communautaire d’opposition et de proposition, qui a souvent fait défaut à l’île pour des raisons qui ne furent pas toujours seulement démographiques. Au lieu de cela, la politique jacobine héritée de la Révolution trouve dans toutes les régions de France des situations peu aptes à la contester positivement : chez nous, l’attrait de l’empire colonial, une politique à courte vue, d’éternelles luttes intestines… créent le terrain le plus favorable à l’éradication de l’idiome local, puisque telle était la cohérence du projet d’uniformisation linguistique de gouvernants qui estimaient pouvoir favoriser ainsi l’accès de tous à la modernité des pratiques et à l’universalité des savoirs.

Au début du XXème siècle, période ressentie partout comme celle des grands changements dans les modes de vie et de brutales ruptures, la Corse accède aussi à cette modernité, mais plus encore que d’autres régions avec le sentiment de la double appartenance linguistique et du déséquilibre diglossique corrélatif : d’où souvent une souffrance populaire réelle dont les histoires drôles, les chansons hybrides ou l’imagerie simpliste ne donnent qu’une idée probablement euphémisée.  Ce qui est certain, c’est que bien des familles cessent alors d’alimenter la chaîne de la transmission orale en ayant conscience de ne pas avoir tout fait pour sauver l’essentiel d’une relation affective par la langue de l’intimité, mais peut-être consolées par l’argument mille fois entendu et répété de la rentabilité, de l’efficacité, du modernisme. (6)

Les données étant différentes aujourd’hui, comment expliquer, dans toute sa complexité, ce nouvel appétit de langue corse ? Par le fameux réflexe de survie, sorte de soubresaut avant la mort programmée, comme on l’entend encore ? Ce n’est pas à exclure absolument, mais je préfère pour ma part proposer autre chose et chercher plutôt un éclairage du côté de la crise que subissent de plein fouet les valeurs du modernisme. J’emploie à dessein le mot modernisme pour mieux l’opposer à modernité en ce que le premier pourrait n’être que l’excès du second, en quelque sa démesure. C’est en effet l’idéologie offensive du modernisme contre les croyances traditionnelles, contre l’attachement communautaire, et autres attitudes considérées comme réactionnaires et passéistes parce que jugées néfastes à l’essor de la raison, de la science, du progrès et de la liberté individuelle, qui a précipité dans la déconsidération certaines valeurs liées au local, au particulier, au subjectif, vécues dès lors comme spécificités régionales ou pesanteurs archaïques.

 En d’autres termes, n’est-il pas possible aujourd’hui, au niveau de connaissances et d’expérience atteint dans le domaine qui nous concerne ici, de concilier la fidélité à une culture et à une tradition avec des modes de vie et de pensée modernes, c'est-à-dire non susceptibles de donner prise pour autant aux amalgames simplistes de l’enfermement rétrograde ou du rejet xénophobe ? On peut penser, au contraire, que ce qu’on enregistre de dérives présentes, ici comme ailleurs, et qu’on explique parfois la perte des repères sociaux et culturels, pourrait n’être qu’aporie du sens, difficulté logique à lire du sens en situation d’impasse, alors même que l’aspiration est bien celle, même confusément perçue et exprimée, de cohérence essentielle. Pour que cette aspiration légitime ne cède pas aux sirènes des sectarismes de toute sorte que nous découvrons quotidiennement, ne vaut-il pas mieux penser et faire en sorte que la modernité allie connaissance objective et subjectivité partagée ? Entre raison et subjectivation, entre aspiration légitime à l’universel et construction autonome du sujet, il ne doit pas y avoir antinomie inconciliable mais bien association productive. Du coup l’identité ne se borne plus à la seule tradition communautaire mais inclut naturellement la volonté individuelle de construire une vie moderne, fondée sur une culture propre et une mémoire collective, sans renonciation aux principes élevées de la raison et de la démocratie. Autrement dit, elle articule harmonieusement appartenance à une communauté et aspiration individuelle à l’universel. Et de cette définition reprécisée la langue locale peut et doit être un vecteur positif et stimulant, un instrument dynamique de l’ouverture et de la tolérance, d’autant plus efficient qu’il sera bien accepté par la communauté de ses locuteurs, sûr de lui et serein.

 

Notes :

(1) Fusina J. (1994) L’enseignement du corse : histoire, développements, perspectives, Ajaccio, Squadra di u Finusellu, 317p.

(2) Cette position a été revendiquée souvent par la revue Rigiru, principal organe du renouveau littéraire au début des années 1970 où s’exprimaient la plupart des écrivains représentatifs de ce que l’on a appelé ensuite « génération de 1970 ». Ces acteurs culturels voulaient redonner vie à l’expression littéraire corse en usant d’approches conceptuelles contemporaines, sans penser trahir ce qu’ils considéraient comme patrimoine inaliénable d’une tradition. Revisiter certes, voire critiquer la production antérieure, sans cesser de s’abreuver aux sources de l’authenticité : c’étaient là les données affichées de la nouvelle création littéraire.

(3) Ce thème a été abordé pour le basque par Francis Jaureguiberry dans une courte et percutante étude intitulée Le basque à l’école maternelle et élémentaire, Université de Pau et des pays d’Adour, Pau, (1993)

(4) Il faudrait d’ailleurs pouvoir distinguer pour une analyse plus informée ce qui relève de l’acceptation apparente (écoute complaisante de la requête et assentiment apparent sans engagement véritable) et ce qui relève de l’intervention réelle. Le solliciteur, souvent sollicité lui-même, n’est parfois qu’un maillon passif du processus et se contente de transmettre une requête qu’il n’approuve pas forcément : ce type de situation moins rare qu’on pourrait le croire est bien symptomatique des ambiguïtés du statut identitaire.

(5)Sur cet aspect et sur bien d’autres abordés ici, on pourra consulter mon article Défendre la Corse ? (pp.73-103) in ouvrage collectif Corse, défense d’une île, Marseille, éditions Autres Temps, 196p.

(6) Voir encore ici les similitudes avec la Pays Basque, Jaureguiberry, op. cit.

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