Liliane Vittori

 

Vit à Erbalunga et à Porri di Casinca, journaliste

 

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Née à Bastia, et je suis journaliste (télévision et presse écrite). Corse avant toute autre définition, j’ai beaucoup voyagé mais mon village reste le port d’attache et la réponse à toute question existentielle. Parce que chaque été, à Porri-di-Casinca, nous reformons le grand cercle de famille, dans cette île notre « Matre universale ».

 

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Patricia Gattaceca, écoutait « Ziu Sciarlu » son grand-oncle berger et musicien….

Après une carrière discographique imposante, des livres , des prix, un cours de

culture corse à l’Université de Corte et Sapientoni sur France3 Corse Via Stella  :

Patricia Gattaceca signe chez Albiana « Cantu in Mossa » ou le chant corse sur la

voie. Laquelle ? La voie de l’émancipation, le chemin du riaquistu, le tempo d’une

île reconnectée avec sa musique, sa culture, sa propre histoire. De la paghjella à

la modernité, des Confréries au rock insulaire et aux festivals : comment les

auteurs, les groupes, les compositeurs ont-ils réalisé cette reconquête ?  

Patricia Gattaceca écoutait « Ziu Sciarlu » son grand-oncle berger, jouer des mélodies éphémères sur des « fisculelle » qui sont des pipeaux rudimentaires en écorce de châtaigner. « Des moments uniques écrit-elle, quand jaillissait la poésie comme par enchantement. Comme bien des Corses j’ai reçu le chant en héritage. J’ai grandi en passant de longs moments à écouter les voix rassurantes de mes proches, qu’accompagnaient la guitare, la mandoline ou le banjo…». Il faut avoir connu (et connaître encore) un village corse en montagne pour comprendre ce que signifie le mystère du lien personnel ancestral à cette île. Une relation particulière qui se déploie pour tous les Corses ( de souche ou d’adoption) avec une île, qui est une totalité territoriale, historique, patrimoniale exceptionnelle et dans laquelle le chant occupe une place essentielle. 

Patricia Gattaceca, chanteuse devant l’éternel, nous propose l’ouvrage Cantu in Mossa - Le chant corse sur la voie (Ed.Albiana-220 pages). Un sommet de savoir encyclopédique et historique, une traversée panoramique, facile à lire aussi en discontinuité et riche de centaines de photos émouvantes, d’extraits de presse, de rappels historiques, de séquences d’actualité et de cartes de la Corse qui relocalise la saga des artistes et des groupes, dans leur ville ou leur micro-région. Où quand et comment sont né « A Cumpagnia », « Chjami aghjalesi », « L’arcusgi », « Surghjenti », « Isulatina », «Tavagna », « I Messageri », « U Fiatu Muntese » ? Comment les Confrèries ont-elles ensemencé l’histoire de l’île ? Comment se sont déroulés les débuts puis les immenses  succès de Petru et Petru Santu Gualfucci ? Enseignante à l’Université de Corse P Paoli de Corte, érudite, écrivain, poêtesse, compositeur, interprète et maintenant animatrice de l’émission culturelle Sapientoni (France3 Via Stella) : a discographie de Patrizia est impressionnante. Son parcours personnel jalonne l’épopée contemporaine du chant insulaire. On se souvient  de ses réalisations : « Passagera », « Di Filetta è d'amore », « Isulanima » du Trio Soledonna, « In Paradisu », des Nouvelles Polyphonies Corses, de « Festa Zitellina » avec Canta u Populu Corsu etc… Elle collectionne aussi les prix, celui l'humour Grossu Minutu 2005, le Prix des Lecteurs de Corse pour « Mosaïcu » (Ed SCP), le Prix du livre corse 96 pour « Arcubalenu »(Ed Albiana), le Grand Prix de la SACEM et en 1992 une « Victoire de la musique du meilleur album de musique traditionnelle ».

Cantu in Mossa magnifiquement illustré, revient sur l’histoire du chant corse depuis l’après-guerre. Tourner les pages revient à revivre les moments fondateurs du riaquistu (résilience- réappropriration). Un mot qu’elle commente longuement en rappelant sa genèse et ses synonymes, ( notamment dans le dictionnaire « Muntese » et la revue « Rigiru ») tels que « ré-acquisition, recouvrance ». On peut y ajouter « renaissance » et « reconquête ». Patrizia Gattaceca, cite Dumenicu Ventiseri sur le riaquistu et la « génération 1970 » et ses nombreux compositeurs, mélodistes et interprètes: « On englobera sous cette appellation, schématique mais commode, tous ceux qui ont apporté, avec une foi inébranlable et désintéressée, leur contribution au combat culturel corse, combat pour la vie. Leur travail a consisté à décaper ce qui semblait momifié, pour montrer que la culture corse ne ressemblait en rien au masque dont le colonialisme l’avait affublé. Et faire en sorte que le peuple corse, unique dépositaire de la force indivise qui le constitue, restitue, à sa manière, sa propre culture. » 

Toute la continuité historique est magistralement expliquée et la définition parfaite, pour dire l’énergie et l’aura presque mythique, qui s’applique désormais aux réalisations des groupes insulaires, des plus modestes aux plus célèbres. En effet, après le rappel des musiques et artistes des années 60 (Charles Rochi, Jean Tavera, Régina et Bruno et Antoine Ciosi qui débutait) : on entre dans le vif du sujet de « Cantu in Mossa ».  

Patrizia Gattaceca nous offre une traversée encyclopédique de l’émancipation de la Corse, mouvement en double hélice, politique et culturelle. Avec tous les événements musicaux, dans le détail, qui l’ont accompagné et même souvent suscité et organisé (!). Disques, concerts, festivals balbutiants comme celui du Fium’Orbu. ou encore les épisodes des interdiction de chanter pour I Muvrini lancées par les municipalités d’Ajaccio et d’Ile-Rousse sur « critères historiques et idéologiques ». Un titre de chapitre tout à fait au hasard ? « La chanson militante à l’écho des luttes » avec notamment la saga de Jules Bernardini et de ses deux fils Alain et Jean-François, celle du producteur Antoine Leonardi, de Jean-Paul Poletti, de Felix Quilicci, la création de Canta u Populu Corsu, de IChjami Aghjalesi et de E Due Patrizie. Les groupes, les compositeurs, les interprêtes ( innombrables) sont cités en longueur dans le livre avec des photos d’époque pour la première fois ainsi exhumées et rassemblées. « Les chanteurs corses, écrit P Gattaceca, deviennent des acteurs politiques et sociaux à part entière ».  Et moment de transition symbolique , après les périodes des assassinats et des guerres fratricides entre nationalistes, Jean-François organise à Bercy un concert exceptionnel en janvier 1996 dédié à la réconciliation. Sur une scène décorée avec deux tours génoises, la totalité des chanteurs insulaires sont présents.  

L’ouvrage qui pourrait être augmenté d’un site internet, développe les thèmes suivants : « Crea, canta, lutta », « Le temps des conquêtes », « le disque témoin de son temps », « l’humour et la fantaisie », « Voce intricciate du chant et des arts ». On y parle aussi du cinéma, du théâtre, des instruments, de la lutherie et bien sûr en priorité de la langue corse. 

La littérature, la poésie, Jacques Fusina, A Filletta, les paroliers, I Mancini : vous les retrouvez tous, sans en oublier une seule, ni un seul, dans ces pages extrêmement bien documentées qui en font un ouvrage de référence incontournable, indispensable dans toute maison corse. Patrizia Gattaceca enseigne la langue et la culture corse à l’Université P. Paoli de Corté, alors, de la reconnaissance des professionnels à la conquête économique elle sait décrire un phénomène d’ampleur qui a mené à la victoire des listes nationalistes et autonomistes aux Territoriales de 2015. Le refondation des politiques publiques pour la Corse, la relance de l’économie locale et l’ouverture sur la Méditerranée restant les deux avancées majeures réalisées après seulement une année d’exercice pour les équipes de Jean-Guy Talamoni et de Gilles Simeoni. Un aperçu ? 

Le concert de Noêl 2016, de France 3 Corse Via Stella dans la cathédrale de Calvi avec A Filetta et la chanteuse libanaise orthodoxe et maronite Fadia Tomb El- Hage.qui chante en araméen… Les voix se marient et s’entrecroisent faisant vivre la tradition antique religieuse du chant méditerranéen.  Chaque habitant de Corse, ressent ce lien profond, insulaire, instinctif, à un chant et à un territoire unique au monde. La polyphonie corse,millénaire en est le socle, et elle est reconnue patrimoine immatériel par l’Unesco. La terre de Corse s’est toujours, renforcée, structurée et parfois reconstruite, grâce à sa culture et Patricia Gattaceca signe un ouvrage essentiel pour comprendre les enjeux du chant corse au XXIe siècle. 

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