Petite histoire de l'archéologie préhistorique corse

 

Contrairement à d'autres régions françaises, la Corse n'a bénéficié que tardivement de recherches archéologiques. Les écrits des visiteurs venus en Corse dès le 16e siècle passaient sous silence les curiosités potentielles de la Préhistoire de l’île. Seules quelques découvertes avaient été signalées dans des revues scientifiques de l’époque, comme les monuments "druidiques" de la commune de Sollacaro (1785) ou les menhirs du Taravo (1810).

Ce n'est qu'au début de l’année 1839, qu'il fut décidé que la Corse serait comprise dans la tournée d’inspection des Monuments Historiques de Prosper Mérimée. Ce dernier va ainsi recenser, décrire et dessiner quelques monuments d'"Antiquités" sans en tirer aucune conclusion. L'abbé Jean-Ange Galletti en 1863 publiera "L'histoire illustrée de la Corse", mais bien peu de choses sur la Préhistoire de notre île ! C'est à la fin du 19e siècle que les premiers rapports scientifiques furent publiés par Adrien de Mortillet en 1883 puis l'abbé Bartoli en 1898 sur les mégalithes de la Corse et enfin un volume de notes et mémoires publié en 1902 sur les origines de la Corse. L'inventaire de ces monuments allait faire émerger discrètement les prémices de l'archéologie préhistorique insulaire au cours du premier quart du 20e siècle. La recherche était enclenchée : descriptions, dessins, localisations, bibliographies sont disponibles.

 

Toutefois, il faudra attendre 1948, lors de la venue de Dorothy Carrington en Corse, pour que la Préhistoire corse affiche un nouveau visage. Celle qu'on appelait Lady Rose mettra en lumière les statues menhirs de Filitosa décrites par Jean Cesari. Elle devine vite l’importance de sa découverte et écrira quelques années plus tard avoir éprouvé « le sentiment de reconnaître un témoignage du passé d’une valeur inestimable ».

Parallèlement, Roger Grosjean, jeune capitaine et chevalier de la Légion d’Honneur, abandonne sa carrière dans l’armée de l’air en 1947 et choisit d’orienter sa vie civile dans la recherche. En 1954, rattaché au CNRS, il se voit confier l’étude de la Préhistoire corse. Son premier séjour est marqué par toute une série de découvertes. Il devient alors l’ambassadeur de l’archéologie insulaire ! Il est à l’origine de la découverte de nombreux sites dont des statues-menhir armées et des casteddi de l'âge du Bronze : Balestra et Foce, Torre, Tappa, Cucuruzzu, Alo Bisughje, Araghju, Cauria. Les premières fouilles stratigraphiques débutent à ce moment là et de grands noms de la Préhistoire corse vont émerger à partir des années 1960-70.

En 1973, François de Lanfranchi et Michel Claude Weiss mettent à jour une sépulture mésolithique (7500 ans avant notre ère) dans l’abri calcaire de l’Araguina-Sennola, à Bonifacio, classée depuis Monuments Historiques. Elle était le sujet le mieux conservé de Méditerranée pour la période jusqu'au moment de la découverte récente d'une sépulture collective datée de 8500/8000 ans avant notre ère à Campo Stefano (Sollacaro) fouillée sous la direction de Joseph Cesari, Franck Leandri et Paul Nebbia.

A partir des années 1970 et 1980, les recherches s'intensifient. Aux côtés des archéologues déjà cités, s'ajoutent plusieurs chercheurs tels que Pierre Lamotte, Jean Liégeois, Jacques Magdeleine, Jean-Claude Ottaviani, Jean-Denis Vigne et bien d'autres. Ils contribueront tous, à leurs niveaux, à la compréhension et à la définition de la pré-protohistoire insulaire. Gérard Bailloud et Gabriel Camps, universitaires de renom, apporteront une part fondamentale à la connaissance du Néolithique avec la découverte de sites archéologiques majeurs qui permettront de définir des cultures telles que le basien / 5e et 4e millénaires (du site de Basi à Serra di Ferro) ou le terrinien / 3e millénaire (du site de Terrina à Aleria) avec l'apparition de la première métallurgie. Le patrimoine archéologique de la Corse prend alors une dimension nationale et internationale en étant présenté à des colloques et congrès. Des sites majeurs participent à la connaissance des faciès méditerranéens comme par exemple Araguina-Sennola, Curachiaghju, Monte Leone, Strette, Torre d'Aquila, l'abri Albertini, A petra, I Calanchi, Monte Revincu, Monte Lazzu...la liste ne pouvant être exhaustive !

 

                                                              Aujourd'hui, forts de ces générations qui ont construit la Préhistoire de la Corse à petits pas, l                                                             les archéologues du 21e siècle poursuivent l'aventure. Les fouilles programmées côtoient                                                                   les fouilles préventives dans le cadre de l'aménagement de notre territoire. Les inventaires                                                                  nourrissent la carte archéologique et interviennent dans l'application des Plans Locaux                                                                        d'Urbanisme. En ce sens, les élus des collectivités prennent conscience de l'enjeu                                                                               patrimonial, touristique et économique apporté par l'archéologie. La sensibilisation auprès                                                                   du grand public devient aussi importante que les colloques scientifiques en offrant un                                                                         nouveau regard pour la sauvegarde de ce patrimoine fragile.

Hélène Paolini Saez

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vit à Ajaccio

 

Docteur en archéologie

Directrice du Laboratoire régional d'archéologie

Lady Rose, Dorothy Carrington
Fouilles de Cauria
par Hélène Paolini-Saez

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