MEDIA CORSICA
Electeur LFI ou RN
Être de droite (et d'extrême-droite) en 2026
L'électeur RN ou LR confond la droite et la gauche !
Je vous engage à faire ce test, 100% efficace. Présentez à un électeur du RN ou LR une vingtaine de propositions de LFI (en faveur du peuple), citez-en les plus symboliques (comme la gratuité des parkings d'hôpital, la retraite à 60 ans, le blocage des prix des produits de première nécessité, l’augmentation du SMIC, le rétablissement de l’ISF…), sans lui dire de qui elles émanent. Puis présentez-lui les propositions du RN (qui vont à l'encontre du peuple), sans lui dire qu'elles émanent du RN. Par exemple la suppression de l’impôt sur la fortune immobilière, le refus de taxer les superprofits, l’allègement massif des cotisations patronales sans contrepartie, la remise en cause de l’âge légal de départ à la retraite pour certaines catégories… Et demandez-lui avec quelles propositions il est le plus d'accord.
Vous verrez qu’ils choisiront tous les propositions de LFI.
Autre test. Citez-lui une dizaine de votes importants de LFI à l'Assemblée qui vont dans le sens de la justice sociale, sans lui dire qui les a votés ou proposés. Puis citez-lui une dizaine de votes du RN qui vont dans l'intérêt des milliardaires et pas dans celui du peuple. Demandez-lui ensuite qui a voté quoi. Vous ne serez pas surpris de le voir attribuer à LFI les votes du RN, et inversement.
Voilà où nous en sommes en 2026. La droite ou l'extrême-droite n’est plus une idéologie, c’est un quiz raté. Un QCM politique où l’électeur coche systématiquement les bonnes réponses… avant de voter pour ceux qui ont rédigé les mauvaises questions.
Être de droite aujourd’hui, ce n’est plus défendre l’ordre, la tradition ou même le libéralisme. C’est défendre un logo, une couleur, une peur. C’est voter contre soi-même avec la ferveur d’un supporter qui brûle son propre stade pour prouver son amour du club. Le RN a réussi un tour de force admirable: faire croire aux classes populaires que leur ennemi, c’est celui qui veut leur augmenter le salaire, et que leur sauveur, c’est celui qui vote contre leurs intérêts en séance, mais avec un drapeau bien repassé.
Le plus fascinant n’est pas le mensonge. Le mensonge est vieux comme la politique. Non, le plus fascinant, c’est l’enthousiasme avec lequel il est avalé. On ne parle plus de manipulation, mais de digestion volontaire. Le programme social du RN fond dans l’estomac électoral comme une promesse en mousse, pendant que les votes bien réels, eux, remontent vers le haut de la pyramide, direction dividendes et niches fiscales.
Être de droite en 2026, c’est donc un art subtil. Il faut réussir à expliquer qu’un parti qui vote contre l’augmentation du SMIC défend les travailleurs, qu’un mouvement qui protège les grandes fortunes combat “le système”, et qu’un discours social qui disparaît dès qu’on appuie sur le bouton “vote” reste malgré tout sincère. C’est de la prestidigitation parlementaire. On applaudit très fort pour ne pas regarder les mains.
Et pendant ce temps-là, on continue à agiter l’épouvantail. L’immigré, l’assisté, le voisin. Tout sauf regarder les feuilles de vote, les tableaux Excel, les amendements rejetés. La droite de 2026 n’a plus besoin de cohérence. Elle a des ennemis désignés, c’est plus simple à mémoriser.
Au fond, le drame n’est pas que l’électeur RN se trompe. Le drame, c’est qu’il a raison sur le fond… mais qu’il se trompe d’ennemi avec une régularité d’horloge suisse. Il vote pour ceux qui lui parlent contre ceux qui votent pour lui. Et appelle ça de la lucidité.
Chapitre suivant: comment perdre ses droits en croyant sauver la France.