MEDIA CORSICA
Washington vient faire de la politique en France
Affaire des assistants parlementaires du FN : quand Washington menace, Paris rappelle que la justice française n’est pas une succursale de Mar-a-Lago
À partir du 13 janvier et jusqu’à la mi-février, la cheffe de file de l’extrême droite française, Marine Le Pen, ainsi que onze autres prévenus, seront jugés par la cour d’appel de Paris. Ils sont soupçonnés d’avoir détourné l’argent du Parlement européen non pas pour la cause européenne, mais pour la cause du parti. Nuance.
Mardi 6 janvier, le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, a mis en garde contre une éventuelle ingérence inacceptable et intolérable après des menaces de sanctions américaines visant des magistrats français ayant traité le dossier pénal du Front national (rebaptisé Rassemblement national, car repeindre la façade n’a jamais assaini les fondations).
Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, l’administration Trump aurait envisagé des sanctions contre les juges du tribunal correctionnel de Paris ayant condamné Marine Le Pen en mars dernier. Le procès en appel se tiendra du 13 janvier au 12 février 2026.
Une information qui, si elle était confirmée, transformerait la diplomatie américaine en machine à intimider la justice étrangère version XXL du mauvais perdant.
Si de tels faits étaient avérés ou venaient à se produire, ils constitueraient une ingérence inacceptable et intolérable dans les affaires internes de notre pays, et devraient provoquer la réprobation des pouvoirs publics , a rappelé le président du tribunal judiciaire lors de l’installation de nouveaux magistrats. On ne juge pas la République française à coups de sanctions made in USA.
La cheffe de file de l’extrême droite, le parti en tant que personne morale (oui, même un parti peut être moralement en défaut) et onze autres prévenus comparaîtront donc devant la cour d’appel, soupçonnés d’avoir fait passer l’argent européen de la caisse commune à la caisse partisane. Un classique du genre.
Évoquant le cas d’un magistrat français de la Cour pénale internationale, visé depuis août par des sanctions américaines, Peimane Ghaleh-Marzban a appelé à s’élever contre la possibilité même que cela puisse être imaginé . Autrement dit : la justice n’est pas une variable d’ajustement géopolitique.
Le magistrat en question travaille notamment sur le dossier du mandat d’arrêt visant le Premier ministre israélien. Et en mars dernier, Donald Trump, jamais avare d’un parallèle douteux, avait comparé la condamnation de Marine Le Pen quatre ans de prison dont deux fermes, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité à ses propres déboires judiciaires.
Même goût pour la victimisation, même mépris pour l’État de droit. La comparaison s’arrêtait là… ou peut-être pas.