Qui est Cara ?

Pour le livre Mille Rencontres

 

Pour que nos lecteurs vous connaissent un peu, pouvez-vous nous parler de vous et vous présenter ?

Je suis une scientifique, jeune retraitée, très active dans les associations. Je fais de la peinture, je danse, je me baigne toute l’année même à 12 °C et j’écris.

Depuis quand écrivez-vous ? Est-ce votre premier ouvrage ?

Toute petite, j’ai écrit les contes que ma grand-mère me racontait (tradition orale).

J’écris depuis les années 90 mais je n’ai jamais publié. Car j'avais peur de faire du mal aux musulmans qui vivent leur religion sereinement et rejettent le fondamentalisme. Les fondamentalistes  nous empêchent de vivre:  on ne doit pas critiquer la religion ni faire de l'humour! L'art est interdit...On doit suivre comme des moutons. Un écrivain algérien, l’un des premiers intellectuels victime de la décennie du terrorisme disait : "Si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs." Tahar Djaout.

Y-a-t-il un côté vécu dans votre ouvrage ?

Bien entendu mais pas tout, j’ai voulu faire un tissage de mon vécu avec celui de toutes les filles et femmes musulmanes opprimées. Ces femmes je les connais , je connais leurs relation avec ceux qui voulaient revenir en arrière sur plusieurs siècles.

Certaines comprennent mais elles n’ont pas connu d’autres systèmes pour pouvoir s’émanciper ou elles n’ont pas le choix,  vu le fardeau qu’elles portent depuis leur jeune âge.

Certaines sont devenues les objets sexuels de leurs hommes .Un lavage de cerveau a été opéré de telle sorte qu’elles ne peuvent plus réfléchir elles mêmes. Elles sont conditionnées à subir.

Et surtout je suis triste pour les jeunes, car il n y a aucun débat en dehors de la religion musulmane leur quotidien est rythmé et dicté par la charia. La vie philosophique n’existe pas. Les autres modes de vie ne sont pas acceptés par le courant musulman intégriste.

Il faut dire aussi que toute forme d'art est interdite ! Kamel Daoud nous dit que la culture permet de relativiser ses croyances et d’accepter l’autre dans ses différences.

Les bons lieux ont été abandonnés en France et ailleurs en Europe ! Qui s’occupe d’eux ? Ce sont les intégristes (l’islam politique qui a une vision internationale) qui ont mis le paquet sur l’appartenance identitaire, victimisation...

Heureusement que les forces de vie existent : actuellement en Algérie il y a des laboratoires de révolte pacifique, de réflexions et du refus du régime, Il y a une petite lumière d’espérance depuis 3 ans en Algérie mais il y a une répression féroce de la part du régime. On n'en parle pas dans les médias français.

Pourquoi ce titre, « Mille rencontres » ? 

Toutes les rencontres :  du collège, du lycée, de l’université, de mon exil, les femmes et les hommes de mon village, les débats et réunions en clandestinité m’ont enrichie dans tous les domaines. Mes meilleures rencontres ce sont les livres,  qui m’ont permis de m’isoler à des moments importants pour y réfléchir. 

Je ne sais plus qui a dit « ouvre un livre il t’ouvrira » !

Les difficultés de la vie face à l’intolérance et la violence m’ont poussée à la révolte, je risquais ma vie tous les jours.

Ces milles rencontres ont bouleversé ma vie, certaines ont changé à jamais mon chemin. Dans tout cela, j’ai rencontré certainement une étrangeté qui m’a changée et construite.

Pensez-vous que comme votre personnage, qu'être Musulmane c'est être contraint à la soumission ? Cela ne vous donne-t-il pas une force supplémentaire ?

(Soumission) Oui et oui car les femmes le vivent dans leur corps (impur, péché, tabou)et dans leur âme. Le courant réformateur qui essaye de moderniser la religion musulmane n’est pas assez fort. Il est dominé par le courant intégriste (le radicalisme religieux, l’islam politique).

La religion est une sphère privée, quand ils nous l’imposent et rejettent tout ce qui n’est pas musulman (les athées, les agnostiques, les païens, les autres religions…Ils les appellent les mécréants), la tolérance et le vivre ensemble sont dans l’abîme. « Si tu plonges longtemps ton regard dans l'abîme, l'abîme te regarde aussi » Friedrich Nietzsche.

Ce comportement nourrit, bien entendu le racisme d’en face. En fait ils se nourrissent mutuellement.

Le progrès ne touchera pas les sociétés musulmanes tant que leurs femmes ne sont pas libres ! Elles ne sont pas libres dans la mesure où elles cachent leurs corps ! Elles ne peuvent rien entreprendre sans l’autorisation du mari...La femme musulmane est condamnée à être mineure.

Est ce que la soumission donne une force supplémentaire, avez vous rencontré un soumis réagir ? Je ne crois pas un soumis est un soumis, on le rend aveugle et sourd.

La soumission de toutes les femmes que j’ai connues m’a donné une force supplémentaire à moi et à d’autres certainement. Comme tout être humain qui se forge face à la difficulté sauf si on le voile et on l’enferme alors il ne verra rien.

Comment écrivez-vous ? Comme Amélie Nothomb qui se lève à l’aube et écrit, écrit… ?

Amélie Nothomb est une grande écrivaine ! Je suis bien loin !

Je suis matinale depuis toujours, quand j’étais enfant mon père était mon Dieu , je me levais pour le voir préparer son café et partir au travail, et puis j’ai été interne pendant 7 ans, elles nous réveillaient tôt avec vacarme ! Et c’est bien enregistré dans ma tête. Ainsi je n’ai pas eu de difficulté d’élever mes garçons et d’aller travailler, de préparer mes cours le matin , de corriger mes copies le matin et d’écrire le matin. Le matin est un havre de paix pour moi.

Je me rattrape (je suis une vraie méditerranéenne même corse par la sieste) ( pour rire). La sieste est un moment délicieux !

 

Comment, sur ce point, votre travail s’est-il articulé ?

J’écrivais avec beaucoup de révolte et d’émotion pendant plusieurs années.

je me suis relue plusieurs fois et j’ai extrait ce que j’ai publié.

Quant à vous, quelles sont vos racines et vos liens avec la Corse ?

Je suis algérienne de Kabylie, j’ai flirté avec les occitans et cela fait 20 ans que je vis en Corse ; J’ai beaucoup participé aux mouvements des langues régionales ainsi je me sens proche des corses , des occitans … Je gagne ma vie en corse, je profite de la qualité de vie en corse, je profite de mes amis corses. Le gâteau sur la cerise j’ai rencontré une femme corse de 92 ans, une femme extraordinaire nous avons des échanges et des partages exceptionnels.

Avez-vous un autre projet d'écriture en cours ?

Oui j’écris un témoignage où je mets face à face mon amie corse de 92 ans avec une maghrébine, elles sont en thérapie par la méditation face à la nature. Elles ne savent pas qui est l’analysée et qui est l’analyste ?

J’écris aussi l’histoire de la famille pour ma petite fille !

Un dernier mot pour conclure juste pour le plaisir…

J’aime danser, j’aime cuisiner, me régaler et partager avec mes amis. Et je n’oublie jamais de lutter  pour une vie juste  Saint-Exupéry dit toute lutte est une danse, cela me convient très bien.

Lien vers le livre de Cara....