A l'occasion de l'anniversaire du décès de Jean Toussaint Desanti

 

Jean Toussaint Desanti portait un intérêt certain aux psychanalystes, aux psychiatres et à leurs travaux. Jamais il ne se refusa à venir travailler avec eux, à écouter et à dire, ce qui peut-être plus qu’écrire était sa façon de philosopher. Selon son expression, il se voulait un « rôdeur de frontière » entre les disciplines. Et il aimait l’équivoque du rodage et de la rôderie… « Andaciani di confina » traduisait-il en corse par plaisanterie.

Peut-être faut-il en rapprocher ce qu’il nommait son « ubiquité symbolique » : ni Paris, ni la Corse n’étaient, pour lui, un ailleurs. Il disait son souci de ce qui se tient dans les dessous, de ce qui se dépose de tout discours ; il nous avait dit en janvier 2000 (Lacan cent ans) : « Le sujet, c’est ce qui se dépose et surgit du dépôt, ce qui, s’étant déposé, a à surgir de ce où il est déposé. Voilà le sujet de la mathésis. L’hypokeimenon enfoui est toujours résurgent. Et c’est là que Lacan va chercher, je pense, le mathème ».

Cet hypokeimenon, il avait en outre l’art de le faire surgir de son interlocuteur, et beaucoup, qui se reconnaissent ses élèves, doivent à cette écoute d’avoir découvert cette parole pleine qu’ils avaient à dire. J’en ai moi-même eu l’expérience un jour qu’il me poussait à expliciter mon action psychiatrique.

Cet art c’était une formidable aptitude au maniement du transfert, condition de la transmission. À tout ceci, il n’était parvenu qu’après un examen véritablement clinique de sa propre croyance passée et de ses mécanismes, développés lors de son passage par cette masse que fut le P.C.F. qu’il avait rejoint les armes à la main quand c’était nécessaire, puis quittée. Ce travail lui fut rendu possible par son lien avec Maurice Clavel, son condisciple, dont l’interrogation le conduisit à produire dans son livre « Un destin philosophique » une métapsychologie, une topologie de ce qu’il nommait le « symbolico-charnel ». Jean Toussaint Desanti, qui nous était si proche, s’est éteint le 20 janvier 2002.

Nous ne finissons pas de mesurer cette perte !!

 

Jean-Pierre Rumen

Psychiatre des hôpitaux honoraire

Psychanalyste