Jean-Pierre Rumen

Vit à Bastelicaccia

 

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"José Corti"

 

En ce temps là, « Le phénix », dernier recueil d’Eluard, venait de paraître, ainsi que

« Spectacle » de Prévert. J’avais onze ans et, rendez-vous compte, nous les lisions à la

parution, ou quasiment.

A notre grande joie, Brassens chantait les exploits de son Gorille, en ce temps là.

C’est bien plus tard que je découvris, en baguenaudant autour de la Faculté de Médecine,

une boutique sur laquelle il était écrit « José Corti » et des livres à l’intérieur. Je savais que

Corti était l’éditeur des surréalistes pour avoir lu son nom sur quelques volumes.

Je ne trouvai que plus tard encore le courage de pousser la porte de ce temple.

C’était aussi le temps où j’avais pour condisciple Xavier Emmanuelli, qu’on ne présente pas. On rencontrait le regretté Paul Casalonga distribuant des tracts à la porte du restaurant universitaire.

Dominique Alfonsi et quelques autres fondaient l’Association des Etudiants Corses où on pouvait être aussi corse non étudiant et étudiant non corse (ce qui était encore mon cas). Il y avait Jacques et Josée Luciani qui habitaient, ainsi que Dominique, rue de la Grande Truanderie. Pour un écho malheureux de Fance-soir sur la Corse et la truanderie, Dominique fut poussé à demander réparation à Pierre Lazareff dit « Pierrot les bretelles », rédacteur en chef. Fort heureusement il esquiva et le duel et le ridicule.

Il y avait avec eux Noëlle Benielli qui allait devenir Noëlle Rumen.

Jacqueline Luciant, avec laquelle nous préparions l’externat de Paris, tenait quasiment table ouverte avec sa maman rue Léopold Robert. Elle fut ensuite l’anesthésiste de Christian Cabrol pour la première greffe du coeur, et enfin Maire de Sari d’Orcino !

Bref en ce temps-là la Corse était aussi à Paris : nous effacions la mer comme l’a dit si excellemment J.T.Desanti .

Et puis sous le pont Mirabeau coula la Seine et nous voici à demeurer et, faut-il qu’il nous en souvienne, pour évoquer lors de nos « matinale » les surréalistes qui vinrent après Apollinaire qui leur forgea un nom.

Et avec les antiques volumes ce nom réapparut : José Corti.

 

Eh bien José Corti (J.Corticchiato 1895-1984) était corse aussi, d’origine précise-t-on.

Il a ouvert dès 1925 une librairie au 6, rue de Clichy à Paris et commencé à éditer la plupart des auteurs surréalistes, ses amis : Breton, Éluard, Aragon, Char, Péret, Crevel, Dali. Il s’est fixé ensuite 11, rue Médicis où les éditions ont toujours leur siège. En 1938, il fait la connaissance de Julien Gracq qui, tout au long de sa vie, n’aura pas d’autre éditeur (hormis La Pléiade). Pendant la seconde guerre mondiale, il édite des textes clandestins de résistants. Comme il le raconte dans ses Souvenirs désordonnés(83), à la suite des graves inconséquences d’un tiers, l’attention de la Gestapo fut attirée sur la librairie et l'épouse de José Corti arrêtée, envoyée en camp de concentration d'où elle a pu revenir. Quant à leur fils, dix-neuf ans, il a été arrêté également, et est mort en camp de concentration. Par la suite, José Corti racontera comment, un jour, après la guerre, dans un esprit de vengeance, il manqua de peu de poignarder le responsable de ce drame mais, lui laissa la vie sauve.

Avec sa femme, revenue de camp, José Corti se convertit au catholicisme après la guerre.

 

De ses origines, comme on dit, je ne sais que peu de choses. Joseph, Roch, Antoine est né le 14 janvier 1895 à Vitry sur Seine de Antoine 37 ans et de Nina Pressy 30 ans il s’est marié le 2 décembre 1922 avec Hélène Grelet et remarié le 3 juin 1924 avec Nicole Georgette Jeanne Carcassone, la mère semble-t-il, de leur fils.

A-t-il encore des parents en Corse ? Y a-t-il des souvenirs attachés à la lignée paternelle ? Je ne sais.

 

Il fut un très grand éditeur, courageux et rebelle. Il était corse.

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