Cynthia Fleury

 

Vit à Paris

 

La chronique de l'Huma offerte par Cynthia Fleury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Psychanalyste et philosophe française, qui enseigne la philosophie politique (en qualité de research fellow et associate professor) à l'American University of Paris3, et est également chercheur associé au Muséum national d’histoire naturelle.

 

 

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Un siècle et demi, et pourtant

 

L’avenir d’une illusion pixel

L'HUMANITÉ

La chronique philo de Cynthia Fleury « La pollution numérique des data centers est loin d’être ano-

dine. »

Il est un temps, pas si lointain, où lorsque était évoquée la notion de pollution numérique, c’était

pour témoigner de la saturation des boîtes mail par quantité de courriels non désirés. Dorénavant,

le terme n’est plus seulement métaphorique. La pollution numérique des datacenters, par exemple,

est loin d’être anodine, même si le monde numérique tente de réfléchir quasi structurellement aux

économies d’énergie. La Commission européenne essaie d’ailleurs d’en faire un sujet, notamment

par la publication d’un code déontologique de pratiques (Code of Conduct on Data Centres Energy

Efficiency).

Rappelons juste cette comparaison étonnante, rapportée par le journaliste Reynald Fléchaux, assez

symptomatique des inepties actuelles : le visionnage sur YouTube du clip Gangnam Style du chan-

teur sud-coréen Psy pendant un an (soit 1,7 milliard de lectures) a représenté 297 GWh, soit plus

que la consommation annuelle d’énergie du Burundi. Dans son dernier ouvrage (Lemieux Éditeur),

Susan Perry revient sur cette Illusion pixel qui nous gouverne, ou comment la révolution numérique

a fait de nous des fans qui s’ignorent alors même que cette nouvelle utopie n’est pas si vertueuse que cela : « Le numérique est une forme de technologie extrêmement polluante, qui requiert pour fonctionner de la radiation à bas niveau, d’énormes sources d’énergie et produit des déchets à perte de vue. »

La récente loi Abeille tente d’ailleurs de refroidir un peu les esprits en appelant à la « sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques », sachant que l’implantation des data centres n’est pas plus populaire que celle d’une décharge, auprès des citoyens concernés, comme celle des équipements dégageant de fortes émissions de gaz à effet de serre ou tout autre forme de nuisance, notamment vis-à-vis de la santé des riverains.

De nombreuses études scientifiques font apparaître que l’exposition aux champs électromagnétiques a un impact sur le développement des tissus et des cellules humaines. En revanche, les experts ne s’entendent pas sur le niveau d’exposition susceptible d’être dangereux pour les individus, et notamment les personnes plus vulnérables, les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, pour ne citer qu’elles.

Contre une telle prolifération, Susan Perry milite, comme il en existe en Suisse, pour la création de zones blanches dans lesquelles les personnes électrosensibles n’auraient pas à se soucier de leur bien-être. Le quartier de Leimbach, dans une banlieue de Zurich, a ainsi vu s’ériger un immeuble vierge de toute onde électromagnétique ou d’un quelconque réseau WiFi à l’horizon.

La fracture numérique avait cherché à désenclaver les régions pour les rendre connectées. La fracture post-numérique cherchera-t-elle à réenclaver lesdites régions pour veiller à la santé de ses résidents ?

 

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