L’affaire « Légendes » : des tueurs sous la coupe de francs-maçons [4/6]

Une étrange affaire fait surface dans la lignée de la série de Canal+, on s'y croirait dit un membre de l'équipe gouvernementale et montre que derrière une image lisse, le gouvernement et son appareil exécutif se raidit, souvenez-vous ce cette phrase dite à l'Elysée devant un parterre de proches (et de moins proches) : venez me cherchez si vous l'osez !...

Il est étrange pour moi de voir tous ces élus faire comme s'ils ne savaient pas que le pouvoir français a ses anges protecteurs. Leur mot d'ordre est l'Etat Français, rien de plus et surtout rien de moins. Ils agissent en pleine conscience de leur pouvoir qui est immense. Ils ont toujours comme conscience, d'agir pour la Nation. Nation que chacun la modélise selon ses critères bien personnels et souvent chargés de problèmes psychanalytiques sérieux. Non je ne dis pas que tous ces chefs sont des pervers narcissiques, mais il suffit d'un seul qui dérape pour que toute la belle structure tousse...

Et qui va réguler le travail des régulateurs ?

Pour vivre heureux, vivons cachés, alors les fusibles doivent sauter...

Le pauvre De Gaule qui a créé les deuxième bureau doit se retourner dans sa tombe, lui qui voulait une sixième république et qui s'est heurté à ses ex-amis. Il les connaissait bien. Vous aussi, si vous lisez un peu la presse...
OSS118 

 

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DeliciousPraline3673

Médiapart a commencé à sortir ses articles sur cette bien étrange affaire il y a quelques jours.

Je ne vous mets pas les 3 premiers épisodes parce qu'honnêtement il n'y avait vraiment pas beaucoup d'infos nouvelles par rapport à ce qui avait déjà été publié dans d'autres journaux. (Quelqu'un les partage sur r/france cela dit, ou bien regoogler l'affaire, ça ira plus vite). Mais là l'épisode 4 est intéressant. Et les suivants le seront aussi, visiblement.

 

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DeliciousPraline3673

OP·1j

Démarrée à l’intérieur d’une base de la DGSE, l’enquête sur une tentative d’assassinat conduit les policiers dans une loge maçonnique. Où l’expression « éliminer la concurrence » doit s’entendre au pied de la lettre. Quatrième épisode de notre série d’été.

Il est 9 h 30 du matin ce 26 juillet 2020 quand Sébastien Leroy, alias « Arrows », s’apprête à manquer à tous ses devoirs. Dans le cadre du contrat visant Marie-Hélène Dini, une experte en coaching que des militaires de la DGSE devaient assassiner, il est le coupe-circuit. C’est-à-dire l’échelon intermédiaire, celui qui, en cas de pépin, empêche de remonter au donneur d’ordre. Or que fait Arrows, la Flèche, lors de son placement en garde à vue à la brigade criminelle de Paris ?

Quand l’officier de police judiciaire lui propose, comme le prévoit la loi, d’appeler un proche, Arrows demande à téléphoner à un certain « Daniel Lamberteau », sans en dire plus sur cet individu. Les enquêteurs vérifient : l’identité est fantaisiste. Ils refusent alors au gardé à vue la possibilité de contacter la personne désignée, de crainte qu’il ne se concerte avec un éventuel complice.

Au domicile d’Arrows, les policiers ont découvert un boîtier de téléphone dont la ligne n’avait que deux interlocuteurs, un des deux tueurs interpellés et un homme qui se prénomme encore Daniel, cette fois Beaulieu. Lui existe bien, il habite à Moissy-Cramayel en Seine-et-Marne.

« C’est un ancien des services spéciaux où il est encore actif. Pour vous répondre, il n’a rien à voir avec ce contrat », cherche à le dédouaner Sébastien Leroy. En vain. Deux jours plus tard, le téléphone de Daniel Beaulieu est placé sur écoute. Les policiers sont persuadés qu’il est l’homme qui se cache derrière ce « Daniel

Lamberteau » que Leroy cherchait à joindre.

Le 2 août, le Seine-et-Marnais reçoit un coup de fil.

« Salut, ça va ? Je ne te dérange pas ?

— Du tout, du tout.

— Je viens de recevoir un message […] Je vais te le rebalancer sur Signal [la messagerie sécurisée – ndlr]. Il me dit que tu étais en danger. »

Le message que va transmettre l’interlocuteur stipule plus exactement que « Petit Café est en danger ». « Petit Café » est le surnom de Daniel Beaulieu, en raison de son usage excessif de cette expression pour fixer ses rendez-vous confidentiels.

« Un agent traitant hors pair » côtoyant « les hautes sphères ». Au compteur, trente-quatre années dans les services de renseignement.

Le message émane d’un ex-agent des opérations spéciales de la DGSI reconverti dans l’acupuncture. Quant à l’intermédiaire qui alerte Petit Café, il s’agit d’un retraité répondant au nom de Max Torossian. L’ancien chef d’état-major de la DGSI (quand celle-ci s’appelait encore DCRI), un proche de Bernard Squarcini.

Si deux anciens du Renseignement intérieur se mouillent pour faire passer le message (sans savoir la nature du danger qui le vise), c’est que Daniel Beaulieu est lui aussi un retraité du « FBI à la française ». Et pas n’importe lequel, une légende à en croire l’officier devenu acupuncteur. « Un agent traitant hors pair » côtoyant « les hautes sphères ».

Au compteur, trente-quatre années dans les services de renseignement, d’abord comme inspecteur des renseignements généraux (RG) travaillant sur les extrêmes, puis à la très controversée cellule « politique » ; ensuite à la DCRI où il aurait été l’adjoint de la division du contre-terrorisme (du moins se présentait-il comme cela), ce qui n’est pas possible au regard de son grade de simple commandant.

Selon nos informations, il était en réalité le numéro 3 de la division « subversions violentes » alors dirigée par Françoise Bilancini, l’actuelle patronne de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris. Le commandant Beaulieu était notamment chargé de l’ultragauche.

Par ailleurs, il était un des officiers qui représentaient, selon les réunions, la France au « Club de Berne », un forum de partage de renseignements entre les services des 28 États de l’Union européenne, de la Norvège et de la Suisse. Cet organe de coopération multilatérale fournit des analyses de la menace terroriste aux différents pays membres.

Parti à la retraite pour monter sa boîte de sécurité privée, le commandant Beaulieu est un adepte du double jeu, jusque dans sa vie privée. Dans le cadre de la présente enquête de la brigade criminelle, son épouse et sa maîtresse vont apprendre leurs existences réciproques alors que ce père de quatre enfants vivait tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre depuis plus de vingt ans…

Mis en garde du danger qu’il court, Petit Café répond toutefois à l’invitation de l’avocat d’Arrows qui souhaite s’entretenir avec lui. Quelques semaines plus tard, le stagiaire et l’associé du conseil sont agressés, on tente de leur dérober leurs téléphones portables tandis que la maison de famille de l’avocat est victime d’un incendie durant les fêtes de Noël.

Le commandant Beaulieu jurera n’avoir rien à voir avec ces différents incidents. Contacté, l’avocat n’a pas souhaité répondre à nos questions. Il a depuis ces événements quitté le dossier.

 

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DeliciousPraline3673

OP·1j

Le 21 janvier 2021, Petit Café est interpellé. La brigade criminelle entame la perquisition du pavillon qu’il habite, avec son épouse, au cœur d’un lotissement. Au bout d’une heure, le procédurier (le policier à la Crim’ chargé de faire les constatations) est hélé par un brigadier : celui qui se fait initier par un ex-collègue de la DGSI à la magie vient de tenter un tour de passe-passe grossier.

Profitant d’un moment d’inattention, Daniel Beaulieu s’est rué au deuxième étage pour jeter un dossier par la fenêtre de son bureau. Les policiers le récupèrent dans le jardin, la chemise cartonnée contient 4 800 euros en liquide. « Dans le but de faire profiter de la somme à ma femme, justifiera-t-il son acte. Elle aurait trouvé cette somme dans le jardin et aurait pu la garder pour elle. »

Le commandant de police à la retraite ne se fait aucune illusion. Il n’est pas près de rentrer chez lui. « Je me doutais bien que vous alliez venir me trouver. Je voulais profiter au maximum de ma famille, je savais qu’après, je ne les reverrais plus. »

Le bureau de Petit Café est difficile d’accès, encombré de documents à même le sol, engorgé de livres, de revues et de travaux divers relatifs à la manipulation mentale, les méthodes de persuasion… Dans un tiroir de sa penderie, c’est un autre type de documentation qui traîne. Six pages titrées À la gloire du grand architecte de l’Univers. Petit Café est franc-maçon.

Depuis six ans, il se rend à Puteaux une fois par mois habillé d’un costume et d’une cravate noirs, d’une chemise et de gants blancs. Il participe aux travaux de la loge « Athanor », selon les préceptes fixés par le « rite écossais ancien et accepté ». Ces derniers mois, avec la pandémie, « les tenues » (réunions), se font par visioconférence.

Frère Daniel parle peu lors des tenues. Des interventions courtes, préparées, sur la sémantique, l’étymologie. Le plus souvent, il ne participe pas à « l’agape », le dîner, prétextant devoir partir en voyage. Frère Petit Café fait le minimum syndical. Habillé sans ostentation au quotidien, on le devine mal à l’aise avec ce cérémonial. Il évite les contacts physiques, ne fait pas les trois bises rituelles.

Avant d’être à la loge Athanor, Beaulieu avait commencé sa carrière franc-maçonne au Grand Orient de France mais l’aurait quitté, selon ses dires, à cause de trop nombreuses demandes d’intervention.

« À l'époque, quand j’arrivais, j’avais une grosse enveloppe avec une multitude de contraventions à faire sauter, on me demandait si des enquêtes étaient en cours sur Untel, on me demandait des extraits de casier judiciaire… Je ne voulais pas me fâcher avec eux, donc j’ai stoppé. »

Il a moins de pudeur au sein de la loge Athanor dès lors qu’il s’agit de décrocher des contrats pour son propre compte. Un frère le met en contact avec une banquière d’affaires à propos d’un achat de barils de fioul. Un autre le recommande à un résident suisse au sujet d’un redressement fiscal de deux millions d’euros.

Frère Daniel échange avec un frère de la DGSE, il partage avec lui les informations récoltées au cours de ses missions privées. En retour, l’autre lui envoie les revues de presse du Quai d’Orsay mais également des documents plus confidentiels.

Leurs échanges par courriel débutent par la formule rituelle « Mon TCF », pour « mon très cher frère », et se terminent par « Trises », les trois bises. Entre les deux, l’agent de la DGSE commente le contenu de son envoi : « Voici les notes que je reçois et elles ne sont pas dans la presse… »

Un analyste d’un service de renseignement se souvient avoir fait partie à la fin des années 2000 d’une des deux loges qui allaient fusionner quelques années plus tard pour devenir Athanor.

« Je participais aux tenues et aux agapes à Puteaux, confie-t-il à Mediapart. Mais cela n’avait pas le niveau attendu d’une loge. Il n’y avait aucune élévation intellectuelle. C’était caricatural, ils parlaient tout le temps d’argent. Ça s’offrait des bouteilles de champagne, ça se faisait des prix sur des travaux. Il régnait une ambiance d’affairisme, de magouilles… J’étais mal à l’aise, je suis parti. »

Il est minuit le 22 janvier 2021 lorsque deux brigadiers lancent l’audition de Petit Café dans leur bureau du 36 de la rue du Bastion, les nouveaux locaux de la brigade criminelle. Daniel Beaulieu, et ce sera le seul dans cette affaire, ne tergiverse pas. L’ancien flic passe tout de suite aux aveux. Oui, il est bien le donneur d’ordre qui avait chargé Sébastien Leroy de recruter des tueurs pour s’occuper de Marie-Hélène Dini, l’experte en coaching.

« Pour cette affaire, elle m’a été apportée par Frédéric Vaglio [un ancien Vénérable, membre de la loge Athanor – ndlr] il m’a dit qu’il avait un truc… Il me demandait si je connaissais des gens qui pouvaient mener une opération musclée sur une personne. Je lui ai dit que oui, ça pouvait se faire. »

Mme Dini sera effectivement agressée, le 24 octobre 2019, par deux hommes, à l’époque non identifiés – Arrows et un complice –, qui lui portent un coup à la tête, la passent à tabac avant de lui dérober son ordinateur portable.

Au bout de quelques mois, Vaglio revient à la charge, il faut « aller plus loin ». Il faut exécuter Dini. Pour motiver Arrows, un peu frileux sur ce contrat, Petit Café raconte lui avoir « laissé supposer qu’il s’agissait d’un contrat d’État » et qu’il s’agissait d’éliminer un espion israélien. « Le Mossad rendait l’histoire crédible, expliquera Beaulieu. Sébastien me croyait sur parole. »

Les enquêteurs de la Crim’ s’étouffent.

« Vis-à-vis de votre passé dans la police, servir d’intermédiaire en vue de l’exécution d’une personne, cela ne vous choque pas ?

— Je suis mal à l’aise avec ça mais sur le moment… Ça pouvait m’amener de super contrats… Et Frédéric m’a dit que cette personne était gênante…

— Vous passez donc de filatures et formations à une exécution ?

— Oui, ça m’aurait permis de passer à un niveau supérieur… »

Joint au téléphone, Max Torossian, l’ancien chef d’état-major de la DCRI, qui nous confirme avoir transmis un message « insignifiant », s’étonne des déboires judiciaires de celui qu’il a eu sous ses ordres aux RG dans les années 1980. « C’était quelqu’un de très discret, à l’écoute de ses hommes, pas du tout manipulateur. »

Le retraité Torossian se déclare très surpris par ce qui arrive à son ami qui, tous les dimanches midi, lui téléphonait pour prendre de ses nouvelles : « Il ne m’a jamais semblé intéressé par l’argent. Il s’habille simplement, n’affiche pas un train de vie ostentatoire. Je ne m’explique pas ce qui a pu se passer. »

Si cette histoire vous a ou vous intéresse, n'hésitez pas à fouiller si les liens n'ont pas été supprimés. L'éveilleur transmet ce qu'il peut somme toute.

Chez nous le petit n'est souvent pas si petit...

Sam