Emmanuel Macron passe en force sur la 5G

Le chef de l'État a décidé d'accélérer sur la 5G. Faisant fi des réticences de la Convention citoyenne pour le climat et de maires

de plusieurs grandes villes, il s'appuie sur un rapport d'inspection pour confirmer son déploiement.

  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com

                                                                                                                                                                                                                              Laurent Radisson, journaliste

 

« La France va prendre le tournant de la 5G », a assuré Emmanuel Macron devant les acteurs du numérique reçus à l'Élysée ce lundi 14 septembre. "J'entends beaucoup de voix qui s'élèvent pour expliquer qu'il nous faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas au modèle Amish, et je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l'écologie contemporaine", a ajouté le chef de l'État.

« Ni étude d'impact, ni consultation publique »

Cette saillie est intervenue au lendemain d'une tribune publiée dans le Journal du dimanche dans laquelle onze maires de grandes villes et une cinquantaine d'élus, provenant surtout des rangs d'Europe Écologie – Les Verts (EELV) et du parti socialiste, réclamaient un moratoire sur la 5G et l'organisation d'un débat démocratique décentralisé. "Le Gouvernement a identifié la 5G comme un enjeu stratégique pour la France dans sa feuille de route et décidé que les fréquences seraient attribuées aux opérateurs téléphoniques dès septembre 2020. Cette décision intervient sans étude d'impact climatique et environnementale ni aucune consultation publique préalable », déplorent les signataires.

En juin, la Convention citoyenne pour le climat avait proposé d'accompagner l'évolution du numérique pour réduire ses impacts environnementaux. « Plus largement, nous devons retrouver une capacité à s'interroger individuellement et collectivement sur nos besoins : avons-nous besoin d'autant d'équipements électroniques et d'en changer si souvent ? Avons-nous besoin de la 5G ? », interrogeaient les citoyens.

Des craintes se manifestent autour de la 5G pour ses impacts sanitaires mais aussi environnementaux. « Son déploiement en France aboutira à un effet rebond par la hausse de la consommation de données et d'usage des télécommunications, synonyme d'une très forte consommation d'énergie par la sollicitation des antennes et des serveurs », estiment les auteurs de l'appel au moratoire. « Le déploiement de ce réseau mobile va donc impliquer un renouvellement d'une large part du matériel, augmentant encore l'empreinte écologique et le poids des déchets, et cela pour tenter de bénéficier d'une nouveauté technologique dont l'utilité reste à démontrer », ajoutent les élus. Quant aux effets sanitaires, « les émissions d'ondes de la 5G s'additionnent à celles des technologies antérieures, 4G, 3G et 2G, ce qui aboutira à une hausse du niveau d'exposition de la population aux ondes », assurent les signtaires de la tribune.

Pas de rupture en matière d'exposition

Début juillet, un représentant de la direction générale des entreprises avait indiqué devant les sénateurs que les enchères pour l'attribution des bandes de fréquences auraient lieu fin septembre pour un début de commercialisation de la 5G en fin d'année ou début 2021. Il avait précisé qu'une mission était en cours mais qu'aucune évaluation environnementale préalable ne serait menée par le Gouvernement. Et ce, malgré la demande, quelques jours plus tôt, des ministres de la Transition écologique et de la Santé de décaler le déploiement dans l'attente de l'évaluation de l'Anses. En janvier 2020, cette dernière avait alerté sur le manque de données sanitaires disponibles et annoncé la publication d'une expertise complète pour le premier trimestre 2021.

Le Gouvernement a opportunément publié, ce mardi 15 septembre, le rapport de mission des quatre inspections (CGED, Igas, IGF, CGE) sur les aspects techniques et sanitaires de la 5G. Le rapport juge complexe d'estimer l'évolution des niveaux d'exposition en France liée à ce déploiement. « L'introduction de la 5G en bande 3,5 GHz avec antennes actives ne générera pas de rupture en matière d'exposition dans les zones urbaines, où elle sera majoritairement déployée, estime toutefois la mission. Mais elle peut « contribuer à une augmentation du nombre de points atypiques, ce qui devra faire l'objet d'une vigilance particulière », ajoute-t-elle. En outre, le recours ultérieur à la bande de 26 GHz amènera « des effets nouveaux restant à documenter ».

Se basant sur un grand nombre d'études scientifiques et les positions des agences sanitaires, la mission conclut à l'absence d'effets néfastes avérés à court terme en dessous des valeurs limites d'exposition recommandées, ni dans le grand public, ni chez les travailleurs. De même, les effets de long terme sont « à ce stade, pour l'essentiel, non avérés » d'après les agences sanitaires, même si des débats persistent au sein de la communauté scientifique. À partir de ce constat, les inspections formulent un certain nombre de recommandations portant sur l'information du public, la recherche et la surveillance de l'exposition. A ce dernier titre, elles demandent d'effectuer des mesures de champ électromagnétique avant et après l'installation d'antennes 5G sur un nombre significatif de sites, et d'étudier l'intérêt de développer un appareil de mesure individuel.

Avec cette publication et dans la foulée du président de la République, les quatre ministres (Écologie, Economie, Santé, Numérique) confirment la volonté du Gouvernement de déployer la 5G « en appliquant les recommandations du rapport et en prenant en compte les préoccupations exprimées par les différentes parties prenantes » en matière de transparence, de limitation de l'impact environnemental, d'association des élus locaux et de recherche. « Le numérique est un formidable levier pour la transition écologique si nous accompagnons son évolution pour réduire ses impacts environnementaux », assure Cédric O, secrétaire d'État chargé de la transition numérique. Elle nous permettra d'éviter la saturation des réseaux 4G en déployant des équipements significativement plus respectueux de l'environnement (…). C'est enfin une opportunité extraordinaire pour la transition écologique, grâce notamment aux gains de consommation (matières premières, énergie, ressources naturelles, etc.) permis par l'internet des objets », ajoute le représentant du Gouvernement.

« Insulte aux corps intermédiaires »

Cela risque toutefois de ne pas suffire à rassurer l'opposition et les écologistes électrisés par les propos d'Emmanuel Macron. Les associations Priartem et Agir pour l'environnement, qui ont engagé des actions judiciaires contre le déploiement de la 5G, regrettent que « le président de la République se sente obligé d'insulter les corps intermédiaires pour justifier une innovation dont l'intérêt demeure à démontrer ». Elles réclament un véritable débat public sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP).

« En recevant fin juin, à l'Élysée, les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron avait indiqué retenir l'ensemble de leurs 149 propositions, à l'exception de trois d'entre elles qu'il avait listées, des « jockers », sans citer la 5G », s'indigne aujourd'hui la Convention citoyenne.

« La hâte en matière de 5G est malvenue », réagissent, de leur côté, les députés du groupe Écologie Démocratie Solidarité (EDS). Ceux-ci réclament « l'examen d'un projet de loi fixant le cadre d'un déploiement du réseau et d'un développement des usages respectueux et responsable ».
 

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