Souvenirs de galère 

par Jacques Mondoloni

 

 

J’ai 27 ans en mai 68  et pour contrarier Paul Nizan je laisserai dire que c’est le plus bel âge de  la vie…

Je suis en pleine forme, j’ai la pêche, je travaille comme sonorisateur pour une idole des jeunes, je sillonne la France,  la route

 ! la route ! la langue luisante du macadam, goudron, bitume, le boa géant qui avale les pilotes, ne pas s’endormir,  je saute

des repas, la vie sur le pouce,  un bled nouveau chaque jour, une chambre d’hôtel nouvelle chaque nuit, je confonds tout,

je ne retiens aucun paysage, papillon affolé qui tape dans la vitre des tournées, beaucoup de galères, des Nice-Biarritz, des

Lille-Bordeaux, parfois tout seul à conduire le break DS, ou le Mercedes 508, c’est le début de la technologie du son, je n’ai

pas  beaucoup de matos à monter, quelques colonnes, ce n’est pas encore la ribambelle des 30 tonnes qui accompagnent

les chanteurs de maintenant, les blindés de l’armée des décibels, pas de grandes salles,  genre Palais des Sports, Parcs

expos, on se contente souvent de chapiteaux, de maisons de la Culture.

 

Mai 68 me surprend en début de tournée du Car Podium d’Europe 1 qui doit  suivre le tour de France, dans le sillage des coureurs cyclistes, plus les plages  des vacanciers, durée tout l’été, du fric assuré.  Mais tout capote, car le pays entre en ébullition, tout s’arrête,  même l’activité des saltimbanques,  spectacles annulés, la grève générale ! 

Le Show Biz, mon métier d’ingénieur du son pendant plus de 30 ans au service des grands de la chanson française (dans le désordre : Nougaro, Julien Clerc, Barbara, Joe Dassin, Hugues Aufray, Sardou,  Hallyday… ) m’ont inspiré « Tenue de Galère » (Denoël) et surtout  « Fleur de Rage ».

« Fleur de Rage » raconte cette aventure de fièvre, dans un style éruptif emprunté à la musique célinienne, et emprunté aussi aux autres instrumentistes par filiation : Alphonse Boudard (« L’hôpital » quel chef d’œuvre !), dont j’ai obtenu une préface.

 

Mai 68 en ce moment  s’infiltre dans  l’air qu’on respire, on entend quelque chose qui vient de cette époque, mais l’histoire ne repasse pas les plats, malgré les géniales formules sortant des ateliers des Beaux Arts : par exemple : «  Vous avez voté, vivotez ! » - qu’il faut prendre comme une punition, sans doute destinée à nous les Français qui avons amené Macron au pouvoir.

Les révolutions ne se décrètent pas, et les puissants se battent pour conserver leur place, cramponnés à leur siège, à leurs armes.

En 68, j’ai participé aux Etats Généraux du Cinéma, ayant fait l’école de cinéma de la rue Vaugirard pour devenir cinéaste. Je me suis glissé dans une commission où l’on pouvait croiser les réalisateurs vedettes du 7 ème Art, le Gotha d’alors ( Albiccoco, Malle, Godard, Lelouch, Deray,…)   Le but était de refonder le cinéma, de revoir les conditions de  production, du rôle ou non de l’Etat . Moi je voulais faire un film, je voulais une caméra, du pognon pour engager des acteurs, Moi ! moi ! donnez moi ma chance !  faites moi une place !   Mais ils se défendent bien dans leur forteresse, inutile de se mouler en coucou,  ils ont les subventions, vous n’aurez rien,  ceux qui sont en position dominante il faut les pousser à terre !  C’est la leçon que j’ai retenue de mai 68.

Jacques Mondoloni mai 2020

Jacques Mondoloni est mon ami, j'espère être le sien... Peut-être que ces quelques lignes d'à propos vont lui gratter la gorge...

Oui, j'aime Jacques, ce vieux coquin, ce vieil ami... Je ne manque pas de l'appeler à chacunes de mes apparitions parisiennes il est toujours présent. Bon, c'est un grincheux voire un râleur... mais si vous savez lui résister, vous verrez combien il est charmant. Il a la gouaille et le verbe fin. Il est pour moi un de ces rares poètes de notre époque qui ne vacille pas. 

A très bientôt cher Jacques ! si vous voulez lui passer un message écrivez-nous on transmettra !

Pierre-Paul

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