Liliane Vittori

 

Vit à Erbalunga et à Porri di Casinca, journaliste

 

Voir la bio en entier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Née à Bastia, et je suis journaliste (télévision et presse écrite). Corse avant toute autre définition, j’ai beaucoup voyagé mais mon village reste le port d’attache et la réponse à toute question existentielle. Parce que chaque été, à Porri-di-Casinca, nous reformons le grand cercle de famille, dans cette île notre « Matre universale ».

 

Autres articles :

 

 

Et maintenant la monnaie corse !

 

Le "soldi" solidaire, monnaie citoyenne et complémentaire, non-jacobine par excellence, en parité avec l’€. Réservés aux échanges locaux pour créer des liens entre clients, fournisseurs, commerçants : les soldi seront émis sous forme de « billets » équivalents à 1€, 2€, 5€, 10€ et 20 €. Loin d’être un gadget : une monnaie locale solidaire peut protéger un territoire de divers fléaux cumulés, dont désertification rurale, la dépréciation immobilière, la délinquance urbaine. Inutile de préciser qu’une monnaie solidaire reste avant tout non jacobine par essence et par vocation. Loin de Paris, elle relance les dynamiques et les solidarités locales dans l’artisanat, le tourisme, les filières agricoles. Résultats? Une évolution positive du « vivre-ensemble » qui reste  hélas, une donnée non quantifiée dans les PIB (Produit Intérieur Brut) d’une ville ou d’une terroir. Alors, après le Sol-violette de Toulouse, la Gonette de Lyon, le SoNantes, l’Eusko basque, le Grain du Havre, l’Hermès (Bordeaux), l’Occitan de Pezenas… voici le Soldi. Une monnaie locale corse, solidaire, complémentaire, citoyenne, « anti-spéculative », « relocalisée et touristique ». Une monnaie locale peut-elle maintenir ou relancer l’emploi ? Oui sans aucun doute déclarent les porteurs de ce projet né à Bastia, qui a vocation à s'étendre à toute l'île. 

La mise en circulation du « soldi », monnaie locale pour l’agglomération de Bastia est prévu pour  septembre 2016, suite à  la conférence de lancement du 13 avril à Bastia. 1 Soldi Corsi vaudra 1 Euro €, pour dynamiser l’économie locale, renforcer l’identité locale, faire de l’éducation populaire en permettant aux citoyens "de se réapproprier les questions d’argent" explique Pierre-Marie Pierinelli qui organise l'opération. A Bastia, première commune de Corse à se doter d’une monnaie locale complémentaire:  le "soldi " en parité avec l'€, est réservé aux échanges locaux pour créer des liens entre les utilisateurs. Le soldi est avant tout solidaire, émis sous forme de « billets » de 1, 2, 5, 10 et 20 €. Le pouvoir d’achat des Bastiais sera renforcé puisque pour 50 Euros changés il sera remis 55 Soldi Corsi, soit 10 % en supplément sur la période de lancement, 10 000 soldi-euros seront mis en circulation. Pourquoi ces monnaies locales citoyennes ? Alors que des milliers de jeunes urbains désemparés, déboussolés se réunissent, à juste raison, sur les places pour les « Nuit Debout » : il se trouve que la Corse, la Catalogne, l’Ecosse ont pris le mors aux dents, bien décidées et ultra mobilisés pour sauver l’emploi pour tous. Ces régions, excluent l’option chômage de masse… pratiquée en France par un gouvernement ultra jacobin miné par des institutions à bout de souffle. Comment implanter solidement des alternatives européennes et solidaires ? Des solutions contre l’emprise mortifère et conjuguée de la finance et du jacobinisme ? Une doctrine, non avouée, non revendiquée, mais enseignée et opérationnelle dans les esprits des gouvernants et des énarques... avec les résultats catastrophiques que l’on sait pour la cohésion sociale. Mesures empiriques et aléatoires de survie pour sauver les économies locales: une quarantaine de  monnaies citoyennes sont nées après la crise de 2008. Elles sont affublées de noms tendres et charmeurs comme l’Abeille (Villeneuve-sur-Lot), le Romans-sur-Isère, la Beunèze (Saintonge), le Bou’Sol (Boulogne-sur-Mer), le Céou (Lot), l’eusko en Pays Basque, le Galais (Ploërmel-Morbihan), le Galléco en Ille-et-Vilaine, la Gentiane à Annecy ou le Stück à Strasbourg. Voici maintenant pour la Corse, le « Soldi », projet élaboré par l’association Corsica Prumuzione animé par Paul-Marie Pierinelli et avec le concours de l’antenne Haute-Corse de l’ADEC (Agence de Développement Economique de la Corse) présidée par Jean-Christophe Angelini. 

 

Quels objectifs, quel fonctionnement, quelles plus-values pour cette monnaie locale insulaire ? Paul-Marie Pierinelli : « c’est un projet ambitieux de création d’une monnaie complémentaire, au service d’un développement économique plus solidaire, plus durable, qui répondrait à la fois aux intérêts des consommateurs, des entreprises locales, et plus globalement de la Région Corse. La monnaie corse citoyenne fait exister le territoire auquel nous sommes attachés et permet aux habitants de la région corse de se réapproprier leur économie ». Comment une monnaie peut-elle fédérer les intérêts d’une région, redynamiser le tissu local de proximité des petits producteurs ?  Paul-Marie Pierinelli  ajoute : « la monnaie corse relocalise l’activité économique par une priorité donnée aux productions locales, aux commerces de proximité. Elle permet de remettre la finance au service de l’économie réelle. C’est une création de richesse sur le territoire corse : en passant de main en main et en permettant aux acteurs du bassin de vie d’échanger des biens et des services, la monnaie corse circule plus rapidement que l’euro et génère de ce fait plus de richesses sur le territoire. » Outre l’affirmation et la promotion de l’identité régionale, ce projet relocalise les activités pour la satisfaction des besoins réels et immédiats des habitants. Sont associés à l’opération la totalité des acteurs économiques insulaires autour de la Présidence de la CTC, de la Mairie de Bastia, de l’ADEC, de la CCI 2B, auxquels se joignent le Conseil Départemental, la Communauté d’Agglomération de Bastia, l’ATC (Agence de Tourisme de la Corse),  la Chambre des Métiers et de l’Artisanat et l’ODARC.

 

Plus les Unions de commerçants (400 commerces sur Bastia), les producteurs à travers la Route des Sens Authentiques (ODARC), les clubs de foot insulaires (ACA et le SCBà, les offices du tourisme Bastia et Balagne, la Chambre Régionale des Métiers et de l’Artisanat de Corse, le MEDEF, l’UMIH etc… Pourquoi parle-t-on de « monnaie non-spéculative» ?  Paul-Marie Pierinelli : « utiliser la monnaie corse, c’est remettre la finance au service de l’économie réelle, et restreindre les capacités à spéculer des marchés financiers. Il s’agir de créer de la richesse grâce à un effet multiplicateur. L’entreprise, le commerce, le travailleur indépendant, le petit producteur qui rentre dans le réseau de la monnaie locale peut gagner de nouveaux clients, qui ne pourront dépenser leur monnaie locale qu’auprès d’elles ». S’ajoutent un « effet label, un certain état d’esprit et une certaine qualité des pratiques des entreprises membres du réseau et cela augmente également le chiffre d’affaire de certaines entreprises appelées à approvisionner ou à travailler pour d’autres entreprises du réseau ». Autre impact : une monnaie locale est une barrière naturelle contre les effets pervers de la mondialisation dont les ravages des achats en ligne via des sites nationaux ou internationaux, qui détruisent le commerce et les productions locales. La viabilité des monnaies locales ( convertibles ou pas, électroniques ou papier) reste à prouver. Mais les effets bénéfiques sont évidents en terme d’action sociale et citoyenne. Selon le JDD seuls 4 monnaies « ont atteint une taille honorable. Le basque eusko revendique une circulation de 500.000 euros avec 2.500 usagers, 500 prestataires et six salariés. Loin devant les 100.000 euros du sol-violette à Toulouse et les 40.000 euros du galléco d'Ille-et-Vilaine. ». Comment quantifier les sourires, les mains tendues, les encouragements, tous ces gestes du quotidien, qui aident à vivre, qui entretiennent la confiance ?  Cette donnée « économique », que les experts mentionnent à chaque interview, comme étant le socle de la bonne santé d’un pays… Ces données du vivre-ensemble, les statistiques qui les ignorent, ne pourront jamais les mesurer. Le jacobinisme est un monstre froid et impitoyable.

Emmanule Valls
Jérémy Ferrari

Régie Publicitaire

    Vous avez aimé nos articles ? Faites un don pour nous encourager à continuer !

© 2016 par "ISULAVIVA" (c)