Jean-Pierre Rumen

Vit à Bastelicaccia

 

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          Nadja

 

Cela fait déjà un moment que nous traquons « mâtinalement » les rapports de l’Art et de la Psychanalyse.

Ceux-ci ne sont pas simples et nous veillons à éviter tant l’écueil de la fascination que  celui de la

psychobiographie.

 

Nous nous sommes intéressés à Salvador Dali, notamment à « ce que le psychanalyste doit au peintre »

comme l’annonce le beau titre de José Ferreira (l’Harmattan éditeur). Nous y avons travaillé à la bibliothèque

patrimoniale avec Patrice Schmitt, l’auteur de « Étude psychanalytique de la création chez Salvador Dali »

(Lacour 2004)... (A propos, il faudra bien se décider à faire une recension de l’ensemble des « matinales »,

mais l’heure n’en peut-être pas encore venue, contentons-nous de nous réjouir de tracer notre sillon, comme

par exemple, dernièrement, avec Jean-Jacques Lebel, qui devrait connaître, après semis, une suite féconde).

 

Or voici que parait un remarquable ouvrage dont le titre : « Passage par Nadja » fait dresser l’oreille en ce qu’il évoque ce moment de torsion radicale dans un parcours de vie tel que peut en connaître celui qui « passe » à la position de psychanalyste.

C’est ce que nous montre l’auteur Christiane Lacôte-Destribats. Celle-ci est psychanalyste à Paris. Elle a été membre de l’École freudienne de Paris et présidente de l’Association lacanienne internationale.

Elle retrace pour nous la rencontre de Breton et de Nadja où le poète est passé par cette épreuve qui fut tragique. Pour elle d’abord, pour lui ensuite, beaucoup moins impavide lors du suicide de Nadja qu’il a été dit (sans bienveillance).

C’est l’image que Nadja lui offrit d’abord dans la rue qui le séduisit car il voulut croire que cette présence altière avait un sens qu’il chercha en vain. Puis ce fut un dire dont le mystère renforça cette croyance. Mais l’énigme n’avait pas de solution.

Bien vite il lui fallut se rendre compte que cette parole n’avait de la poésie que les apparences et ne construisait rien. Il n’y avait pas d’au-delà du sens dans cet insensé. La déconstruction n’avait pas de suite.

Et Nadja soumise à la lecture des poètes par Breton ne pouvait qu’en mourir faute de pouvoir les rejoindre.

« Cela ne laisse intactes, ni l'écriture de Breton, ni la lecture de ceux qui ont enfin décidé que le Surréalisme est autre chose qu'un bric-à-brac muséal, imaginaire, énigmatique et séducteur. » conclut l’auteur nous renforçant du même coup dans l’idée du bien fondé de notre quête.

 

Lacan pouvait à juste titre  déduire du travail de Breton que « n’est pas fou qui veut » mais aussi tirer profit de l’expérience de Breton quant au langage comme il tira profit de Dali quant à la paranoïa critique.

Il faut lire ce beau livre aussi pertinent  qu’élégant et qui comporte de nombreux documents inédits de la collection de Paul Destribats.

Et ne pas oublier une pensée pour Nadja.

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