Nagisa Oshima, cinéaste en quête de sens...

Le réalisateur a mis le désir au coeur de son cinéma, éloge de la sexualité autant que témoin de sa volonté de changer le monde.

« Si soi-même on ne brûle pas, il n’y a, comme pour les poissons qui vivent au fond des mers, de lumière nulle part »,

confiait Nagisa Oshima au magazine Télérama en 1996. Un aveu d’incandescence qui innerve l’œuvre de celui qui est

principalement connu pour L’empire des sens, film érotique produit en France et censuré aux Etats-Unis et au Japon,

où il n’a d’ailleurs jamais été projeté dans sa version intégrale. Une création aux airs de soleil noir, qui n’a cessé de faire

de l’ombre à sa filmographie, éminemment politique. 

Nagisa Oshima naît en 1932 dans une famille aristocratique. Orphelin de père à l’âge de six ans, il quitte alors Kyoto pour Tokyo, où il poursuit quelques années plus tard ses études de droit et de politique à l’université. Il arrive au cinéma par hasard, alors qu’il est embauché en 1956 en tant qu’assistant réalisateur par la Shochiku, un des plus grands studios japonais, qui produit notamment Yasujiro Ozu. C’est lorsque la Shochiku tente de lancer une génération de jeunes cinéastes, fortement inspirée de la Nouvelle Vague française, que Nagisa Oshima y voit l’opportunité de se lancer dans la réalisation.

Il signe entre 1959 et 1960 sa Trilogie de la jeunesse qui regroupe Une ville d’amour et d’espoir, Contes cruels de la jeunesse et L’Enterrement du soleil. Un triptyque qui donne à voir la vie dans les bidonvilles de Tokyo et d’Osaka et les émois sexuels adolescents, prémices de son positionnement cinématographique. Un réalisateur provoquant, observateur acéré de la société japonaise qu’il fustige pour son caractère rétrograde. Un artiste pour qui la sexualité et la politique ne sont que les deux faces d’une même pièce. 

 

Une sexualité criminelle

La première onde de choc de sa carrière intervient en 1960, lorsqu’il réalise Nuit et brouillard, une fresque de presque deux heures, ne comprenant que 45 plans, par l’intermédiaire de laquelle il accuse la gauche japonaise d’avoir abandonné la lutte lors de la signature du traité de sécurité américano-japonais. Une incartade qui lui vaudra d’être remercié de la Shochiku. Il fonde alors sa propre société, Sozosha, qui marque le début d’une période de tâtonnements créatifs, malgré l’apparition de partis-pris artistiques qui ne le quitteront plus : aucune couleur verte ni aucun ciel n’apparaîtront dans ses créations. Après un court passage par la réalisation documentaire pour la télévision, Nagisa Oshima revient sur le devant de la scène avec L’obsédé en plein jour, portrait d’un violeur assassin en 1966, fortement influencé par le contexte de l’époque. 

Celui qui confie dans son autobiographie Écrits (1956-1978) « je suis l’obsédé en plein jour et chaque film doit être un acte criminel », filme sans égard pour la censure japonaise, où il est interdit de filmer les parties génitales et la pénétration. La caméra de Nagisa Oshima capture les visages et leurs émotions en gros plans, fragmente les corps. La sexualité devient criminelle, comme les actions de ses héros, vivant à la marge d’une société nippone destructrice pour ceux sortis du rang. 

 

Dénoncer l’absurdité de la censure

Après avoir mis en scène l’éclatement des valeurs familiales et patriarcales dans Les plaisirs de la chair (1965) ou tiré à boulets rouges contre la peine de mort dans La pendaison (1968), la seconde onde de choc de la carrière de Oshima se profile avec L’empire des sens, huis clos pornographique, écrin étouffant et jouissif d’une histoire entre le tenancier d’une auberge et une ancienne geisha. La chair y est mise en scène comme le théâtre d’un champ de bataille et l’érotisme n’y sert pas seulement à montrer les corps mais également à dénoncer l’absurdité de la censure.

Après ce film projeté à Cannes en 1976, Oshima signe sept ans plus tard Furyo, où les rôles principaux sont incarnés par David Bowie et Ryuichi Sakamoto, et qui sera un succès international. Sa filmographie s’éteint en 2000 avec Tabou, dernier long-métrage du réalisateur qui aborde l’homosexualité entre samouraïs durant l’ère Meiji. Nagisa Oshima meurt en 2013, laissant derrière lui une filmographie charnelle, où le corps et l’intime sont bien plus politiques qu’il n’y paraît. 

 

Certains films de Nagisa Oshima ont été édités en DVD par Carlotta.

16.03.2021 Clémence Leleu

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