Revoir la mer...

Revoir la mer

 

Après avoir lu le magnifique texte de JT Desanti Effacer la mer, on appréhende mieux le sentiment de partage entre un ici incontournable, profondément ancré, et un désir d’ailleurs, une envie irrésistible de partir pour repousser les limites, parfois une nécessité. Puis le besoin de revenir, le sentiment d’écartèlement et enfin une ubiquité apprivoisée, la terre natale en soi en tout lieu.

 

Pour moi qui suis née ailleurs, l’envie est constante de revenir, d’habiter, de m’ancrer sur cette terre première entourée de mer, la terre de mes ancêtres, la terre où se trouve mon cœur, mon paradis perdu…alors peut-être me souviendrai-je avec nostalgie de ma terre atlantique natale, qui a bien entendu du charme mais peu d’attrait aujourd’hui à mes yeux ?

 

Pourquoi la Corse est-elle mon paradis perdu ? Parce que j’y ai des souvenirs éblouissants d’enfance, de merveilleux moments en famille, avec mes parents, mes frère et sœur, mes cousins, mes enfants, avec nos amis, si chaleureux et entiers…bref, les moments les plus heureux de ma vie, bercée par la beauté du matin au soir, la lumière incroyable, les paysages à couper le souffle, la chaleur du soleil, omniprésent, la caresse de la mer, la majesté des montagnes, le vent, la séduction austère de la roche, les torrents cristallins, les traditions, les saveurs, les parfums, les animaux en liberté, les histoires, les chants, les soirées de villages, les rencontres, les couleurs…

 

Qui suis-je ? Pour moi, la réponse est évidente : je suis d’ici, j’aime cette terre profondément, je lui appartiens. Elle ressemble à ma nature intérieure, elle résonne en moi. Je corresponds à ce climat, à cette végétation, à ce caractère.

Pour les bordelais, je suis à l’évidence une corse, un « sacré » tempérament, une rebelle !

Pour les corses qui ne me connaissent pas, je suis certainement une pinzutu, sans accent.

Je suis donc une espèce hybride, perdue entre deux pôles, qui rêve d’être adoptée sur la terre de mes racines charnelles. A moi de me faire aimer...car je sais que je ne serai vraiment en harmonie nulle part ailleurs.

 

Toute l’année, tous les jours, je rêve de mon paradis perdu. Je sais qu’il existe (quel bonheur !) et que, quoi qu’il arrive, je le retrouverai. Je rêve d’y être utile, de le protéger, de partager cet amour avec les gens qui y habitent. Je souhaite qu’il conserve à jamais son authenticité.

 

J’ai perdu mon père il y a déjà longtemps, mon guide spirituel, mon alter ego. Il a été très malade, mais le dernier été a souhaité revenir en Corse, comme tous les ans, comme lorsqu’il avait été souffrant pendant mon adolescence. Comme une thérapie, un essentiel. Et même si le séjour a été compliqué et abrégé, il a été heureux de revoir sa « petite patrie », comme il aimait à l’appeler. Une étape indispensable avant de quitter le monde.

 

Besoin constant de revoir la mer, la bleue, la belle, l’écrin d’une identité. Contrairement à JT Desanti, je n’arrive pas à être complète ailleurs.

Mon cœur est au sommet des montagnes, face à la mer, quelque part en Balagne.

Il y reste à chaque fois que je pars, déchirée, comme l’était mon père à chaque départ.

Et la lumière se fait un malin plaisir d’être à ce moment-là la plus belle...comme un appel irrésistible à la promesse de revoir la mer et de respirer l’immortelle.

 

Virginie Bonnet, le 29 avril 2018

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