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Nous avons envoyé à Paris notre intervieweur masqué, qui pour la circonstance s'est dévoilé...

Mais Ange-Mathieu Mezzadri est médecin, aussi nous savons qu'il ne trahira pas le serment d'Hippocrate...

 

Derrière l’écran

Expression d’une Corsitude militante et Universalité du propos

Depuis des années, Ange-Mathieu Mezzadri concilie avec succès son activité de médecin et sa vocation d’écrivain.

Suite à la parution de son troisième roman Lettres à la Femme de l’Autre aux Editions Maïa où il dirige la collection U Culumbu,  ce médecin et auteur atypique a accepté de livrer quelques clefs pour mieux appréhender sa dernière œuvre.

MC : Quelle place accordez-vous à l’écriture dans votre vie ?

Dès mon plus jeune âge, j’ai eu le goût de l’écriture et aussi du dessin. Mes premiers textes, essentiellement des poèmes, datent de mes années au lycée.

Ecrire est pour moi un besoin vital. Si je n’écris pas, il me manque quelque chose d’essentiel.

MC : A la fois médecin et écrivain, comment conciliez-vous vos deux activités ?

Nécessité oblige ! Je me vois comme un écrivain obligé d’exercer la médecine pour gagner ma vie.  La médecine interpelle l’Humain , raison pour laquelle je ne regrette pas le choix de ma profession même s’il implique des sacrifices .

A quel public de lecteurs vous adressez-vous avec vos Lettres à la Femme de l’autre ?

Dans un premier temps, je m’adresse aux Corses. Il s’agit bien de l’avenir d’une terre, d’une communauté, d’un peuple, d’une île… Cependant le  thème majeur  de mon roman , celui de l’aliénation,   est universel et doit pouvoir interpeler un public beaucoup plus large. Mes personnages sont désignés par les pronoms personnels Elle et Lui ,le pronom indéfini l’Autre ; les lieux sont imaginaires.  Je tiens à l’universalité de mon propos .  Le fait de ne pas avoir donné de prénoms à mes protagonistes, devrait aussi , je l’espère, permettre au lecteur de mieux s’approprier la problématique et de s’identifier , du moins en partie, aux personnages mis en scène.

Le titre de votre œuvre fait penser à un roman épistolaire. Or, il n’en est rien…

En effet, il ne s’agit pas d’une correspondance par lettres.  Le roman est composé d’épîtres,  intermédiaires entre lettres et chapitres.

MC : Vous venez de publier le dernier volet d’une trilogie.  Vos trois romans peuvent-ils se lire de manière indépendante les uns des autres ?

Tout à fait. J’ai fait en sorte que chaque brique nouvelle s’adapte à l’ensemble. En dehors de Marc Sampieri, héros en pleine quête initiatique ,  le lien entre les trois ouvrages est une nouvelle intitulée Lui, publiée dans une anthologie en Corse, qui décrit la vie d’un médecin du travail vivant seul avec son fils. La thématique commune est à voir dans la recherche de la liberté intérieure, sans laquelle aucune liberté authentique ne saurait exister.

MC : Pouvez-vous être plus explicite quant à la fin de la quête du héros ?

Force est de constater que Marc n’a pas accédé à cette fameuse liberté intérieure, mais il s’en est approché.  Il va jusqu’à la déchéance totale n’arrivant pas à se libérer, ce qui induit la haine de lui-même .  La violence latente en chacun va pouvoir ainsi se déchaîner .  C’est  la descente aux enfers, l’abîme d’où il est impossible de remonter.  Toute cette violence doit se comprendre en lien avec l’aliénation, thème que j’ai voulu illustrer à travers la destinée de Marc qui est allé au bout du bout, au bout de la nuit…

MC : Votre style n’est pas sans rappeler celui de Céline.  Qu’en pensez-vous ?

Ce rapprochement est certes quelque peu flatteur . S’il peut y avoir des ressemblances sur le plan stylistique, l’analyse de la nature humaine, la technique narrative, la cohérence romanesque sont bien différentes.

Votre roman s’avère être l’analyse d’une double rupture illustrée par une métaphore filée qui le parcourt de part et d’autre. Exercice habilement mené qui amène le lecteur à lire entre les lignes.

En effet !  En premier lieu , j’ai tenté de décrire l’évolution d’une relation interpersonnelle qui se dégrade pour finir par tomber dans la déchéance complète et la rupture.  Parallèlement, j’avais le souci d’évoquer l’antagonisme grandissant entre la Corse et la France, qui me semble-t-il  suivre une trajectoire similaire.

Pour autant, le récit, la trame romanesque ne sont pas complètement au service de la revendication politique.  Je souhaiterais que tout lecteur, Corse ou non, trouve son compte à la lecture de mon roman , vu le caractère universel de mon propos.

 

« Der Dichter !?...            (S. 50)

Er ist weder ein Krieger

noch ein tuaregischer Chef

sondern einfach

der erste Ochse

den man den Piranhas zuwirft

damit die Herde

vorüberzieht.

 

“0 poeta ¿!...

Este nao e nem um guerrilheiro

nem um chefe tuaregues

mas simplesmente

o primeiro boi

que se joga as piranhas

para que a boiada

passe”.

(Trad. por Teresinka Pereira)

 

Dorian Gray (S. 44)

Ich hasse dich Oscar Wilde.

Du hast Dorian getötet.

Du hast Dorian getötet,

Sein Portrait klagte ihn an.

Das Bedauern, abscheuliche ,

obszöne Schminke,

Ist wieder erschienen.

Wozu also die Suche?

Dein Held ist gescheitert,

In die Enge getrieben von Gewissensbissen

Einer abstoβenden Moral.

Und wir, lasst uns nichts sein!

Alle Passanten lachen

Über deinen erbärmichen Dandy.

Dennoch da, unser Tod.

Aus dem Werk sollte

Eine sublime Verweigerung geboren werden.

Aber du hast die Meister

Den Aufrührern vorgezogen.

Ich hasse dich Oscar Wilde.

Du hast den Hunden

Deinen Gott geopfert.

 

Traduction Margret Maignan

Dorian Gray

Je te hais Oscar Wilde.
Tu as tué Dorian.
Tu as tué Dorian,
son portrait l’accusait.
Le regret, fard hideux,
obscène a reparu.
Qu’importe alors la quête ?
Ton héros a failli,
acculé aux remords
d’une morale abjecte.
Et nous, ne soyons rien !
Tous les passants se rient
de ton piteux dandy.
Pourtant là, notre mort.
De l’œuvre devait naitre
un sublime refus.
Mais tu as préféré
aux révoltés les maîtres.
Je te hais Oscar Wilde,
tu as offert ton dieu
aux chiens.

Traduction Margret Maignan

« Le poète !?...[1]

Ce n'est ni un guerrier
ni un chef touareg
mais simplement
le premier bœuf
qu'on jette aux piranhas
pour que le troupeau
passe ».

[1] OZ-IT N° 3, Mont-de Marsan, 1984 (The Poetry, Boulder(USA), 1985, pour la traduction en portugais)

Margret MAIGNAN, de son nom complet Margareta RASKOP épouse MAIGNAN, est professeure d’Allemand, d’anglais et de Français. Elle traduit actuellement en allemand les poèmes d’Ange Mathieu Mezzadri issus de son dernier recueil Croquis Rock and Roll.

C’est avec grand plaisir que nous donnons, en avant-première, à découvrir deux poèmes dans leurs versions française et allemande, pour tous ceux qui lisent la belle langue de Goethe.

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