Le séparatisme en question...

 

Et de quatre. Pour la quatrième fois depuis 2015, Emmanuel Macron se rend aux Mureaux ce vendredi 2 octobre. Cette fois, ce n’est pas pour promouvoir l’accès à la culture, mais pour lutter contre les “séparatismes” qu’il se déplace dans cette commune des Yvelines. Par “séparatismes”, il faut surtout comprendre “islamisme radical”. Un dossier particulièrement sensible sur lequel le chef de l’État a souvent été accusé d’avoir la main qui tremble, tant les annonces attendues ont été de nombreuses fois reportées. 

C’est donc le grand jour pour le président de la République, qui devrait ce vendredi distiller les premiers éléments d’un projet de loi censé épouser le virage “régalien” négocié depuis le remaniement estival. Ce texte, annoncé initialement pour la rentrée, sera présenté en conseil des ministres début décembre pour un examen à l’Assemblée nationale début 2021. À l’Élysée, on justifie ce retard à l’allumage par la délicatesse du sujet traité.

Mélange des genres

“On touche à des sujets extrêmement sensibles, on touche aux libertés, à la liberté d’association, à la laïcité”, souligne l’entourage du chef de l’État, précisant que le texte en cours de finalisation fait l’objet d’une “expertise juridique” menée par le secrétariat général du gouvernement, afin de s’assurer que les mesures proposées passeront bien sous les fourches caudines du Conseil constitutionnel. Quant aux intentions du texte, la présidence assume: ”l’islamisme est le premier des séparatismes”.   

Pour faire face à la menace de “sociétés parallèles” qui se couperaient de la République, Emmanuel Macron mise sur une “stratégie globale”, alliant répression et promotion des principes républicains. Une approche déclinée en formule aux faux airs de slogan électoral: “la République en actes”. Côté répressif, l’exécutif cible en priorité certaines associations, accusées de dissimuler leurs activités cultuelles sous couvert d’activités culturelles.

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“Un mélange des genres entre les activités déclarées et un prosélytisme religieux très fort sous forme d’endoctrinement”, résume-t-on place Beauvau, en citant des associations de soutien scolaire ou des structures sportives dont “le but social est détourné” au profit d’une propagande islamiste insidieuse. Le projet de loi favorisera donc les contrôles, et prévoira également un “renforcement de la neutralité dans les services publics et délégations de services publics, notamment dans les transports”, poursuit-on de même source. 

Une allusion limpide à ce qui a été plusieurs fois pointé du côté de la RATP, où la pratique de la prière musulmane par des agents dans les locaux de la régie a fait couler beaucoup d’encre. Emmanuel Macron souhaite également agir sur les questions de “dignité humaine”, comprenant la question des certificats de virginité déjà évoquée par le duo Schiappa/Darmanin. “Cela provoquera des poursuites pénales”, confirme l’Élysée, alors que certains gynécologues estiment que la pénalisation de ces actes pourrait être contre-productif.

“On sait très bien qui sont les adversaires”

Si l’entourage d’Emmanuel Macron assure que cette loi ne vise qu’à “clarifier” certaines situations opaques dans lesquelles des islamistes s’engouffrent, la forme et les premiers signaux envoyés par l’exécutif sont d’ores et déjà critiqués pour leur ambiguïté. “Ne parlons pas de séparatisme, parlons du combat contre l’islamisme radical”, grince le président du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau, accusant Emmanuel Macron “d’amuser la galerie” sur le sujet. Pour Xavier Bertrand, si le chef de l’État parle de “séparatisme” c’est parce qu’il “a du mal à prononcer le mot islamisme”. Des critiques balayées d’un revers de main par l’Élysée qui souligne “l’importance d’éviter les amalgames et les provocations inutiles”. Et d’insister: “on sait très bien qui sont les adversaires de la République, on les a bien désignés dans nos termes”.

À l’inverse, d’autres s’inquiètent des intentions d’un texte qui, sous couvert de lutter contre “les séparatismes”, se focalise surtout (et encore) sur les musulmans. Chems-eddine Hafiz, recteur de la Mosquée de Paris, met en garde. “S’il s’agit uniquement de mettre en place des mesures gadgets pour servir une communication politique sans lendemain, je préfère ne pas m’engager”, écrit-il dans une tribune publiée dans Le Monde. “Je soutiendrai complètement l’action du président de la République face au ‘séparatisme islamiste’ à condition que la démarche s’inscrive dans une politique volontariste, résolument républicaine et qu’elle s’éloigne de l’opportunisme politicien et des coups de communication qui s’invitent généralement dans le débat à la veille des échéances électorales”, poursuit-il. 

Du côté de l’Élysée, on jure avoir entendu et pris en compte ces alertes, via notamment les concertations avec les représentants des cultes. “Cette loi vise à protéger les musulmans, qui sont les premières victimes de l’islamisme. Donc non, il n’y a donc pas d’amalgame”, assure l’entourage d’Emmanuel Macron, reconnaissant à demi-mots que le sujet est bien davantage l’islam radical que “les séparatismes” au pluriel. Ce qui fait craindre, à gauche, une initiative qui divisera plus que ce qu’elle rassemblera, d’autant que le pays semble assez doté juridiquement pour lutter contre l’islamisme.

“En agitant la société sur des sujets ultraminoritaires qui développent une suspicion majoritaire, le macronisme nous fait courir le risque d’accélérer ‘l’archipélisation’ d’un pays toujours plus divisé”, juge dans une tribune publiée dans Le Monde le député insoumis Alexis Corbière, pour qui le pays “n’a pas besoin d’une loi des suspects sans efficacité concrète contre l’islamisme radical et les fanatiques meurtriers”. Ce vendredi, Emmanuel Macron aura l’occasion lors de son discours de répondre à ces injonctions paradoxales, entre ceux qui le jugent trop mou et ceux qui l’accusent au contraire de jouer à un jeu dangereux. Comme le disait le cardinal de Retz, “on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens”.

 Yael Goosz : La République n’admet « aucune aventure séparatiste », dit Emmanuel Macron.

 

Et on s’interroge : est-ce que ça vaut aussi pour la Corse (où le Président est en visite jusqu'à ce soir) ?

« Indivisible », la République : les mots du Président ont résonné au Panthéon la semaine dernière. Prélude à ce fameux projet de loi contre les « séparatismes », censé la protéger. Mais qu’est-ce qu’on met derrière ce pluriel ? Voici la définition qu’en donne le ministère de l’Intérieur : séparatisme, se dit de toute « action qui vise à constituer un groupe dont le but est de s’organiser en marge de la République, de manière hostile. » 

Définition large… Mais quand on demande si cela recoupe aussi les forces indépendantistes en Corse par exemple ? La réponse fuse immédiatement : « Oh là là, non, pas du tout, laissez les tranquille », se fâche la plus corse des ministres, en charge de la citoyenneté, Marlène Schiappa, elle qui arbore tous les jours l’île de Beauté sur son pendentif. 

Ne pas faire de vagues, alors que le Président est sur place jusqu’à ce soir. Les nationalistes contrôlent depuis 2015 la collectivité unique, ils ont conservé Bastia aux dernières municipales et conquis Porto-Vecchio. Ce projet de loi, donc, ne les concerne pas. Ni les Corses, ni les Kanaks, ni les Basques, à ne surtout pas mettre dans le même sac, séparatiste, que l’islam radical… Chez Jean-Guy Talamoni, l'indépendantiste et président de l’Assemblée de Corse, on confirme : « Il ne s’agit pas de couper toute relation, mais d’avoir d’autres relations avec la République ».

Cette spécificité du combat politique corse n’inquiète plus le pouvoir central ?

Non. En ne cédant sur rien ou presque depuis 2017, Emmanuel Macron les a renvoyés à leurs statuts d’élus locaux, devant faire leur preuve dans la gestion d’une collectivité. Et ce fut dur sur les déchets par exemple. Quant à leurs revendications les plus chargées en symboles - statut de résident, co-officialité de la langue corse -, là-dessus l’Elysée non plus n'a pas bougé. Seule ouverture : un possible rapprochement des prisonniers, et un droit à l’expérimentation, dans la future loi Gourault (qui arrive en novembre au Sénat), mais qui vaut pour toutes les régions, pas spécialement pour la Corse. 

Pas facile non plus d’être nationaliste au temps du Covid, lorsque vous vous retrouvez, crise oblige, à quémander toujours plus d’argent à l’Etat pour sauver votre économie. Et quand au mois de mai, le président de l’exécutif corse, Gilles Simeoni, invente le Greenpass (c’est-à-dire l’obligation pour tout arrivant de montrer un test négatif), c’est l’échec. L’Etat fait barrage. Et Simeoni se met à dos les professionnels corses du tourisme. 

Symbole de cette distanciation politique, Emmanuel Macron séchera, cette fois encore, l’Assemblée de Corse. Parcours choisi très politique sur l’île : étape à Ajaccio hier soir, dont le maire est un proche d’Edouard Philippe. Bonifacio ce matin, la ville du marcheur Jean-Charles Orsucci. Comme si déjà, se préparait le match retour des régionales, en mars.

Attention quand même à ne pas sous-estimer l’adversaire : Gilles Simeoni, à la tête de 4.600 agents, a de la ressource. Une nouvelle victoire des nationalistes, surfant sur les frustrations accumulées, pourrait déboucher sur du séparatisme. Même risque en cas de défaite, mieux vaut un combat en plein jour dans l’arène politique, que le retour aux nuits bleues du FLNC. 

                                                                                    Yaël Gooszchef du service politique de France Inter

On peut sourire de cet élan d'union dans un pays qui est confiné et astreint à vire cloîtré où les échanges se réduisent; qu'ils soient humains ou économiques. 

 

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