Liliane Vittori

 

Vit à Erbalunga et à Porri di Casinca, journaliste

 

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Née à Bastia, et je suis journaliste (télévision et presse écrite). Corse avant toute autre définition, j’ai beaucoup voyagé mais mon village reste le port d’attache et la réponse à toute question existentielle. Parce que chaque été, à Porri-di-Casinca, nous reformons le grand cercle de famille, dans cette île notre « Matre universale ».

 

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La stratégie politique de la Corse "île-montagne"

 

Après 10 mois de gouvernance, le Conseil Exécutif a-t-il ré-orienté les politiques publiques de la Corse désormais gérée comme une « île-montagne » ? Peut-on parler d’une rupture avec la culture jacobine ? Quel est le fil conducteur qui guide les options stratégiques des Présidents Gilles Siméoni et Jean-Guy-Talamoni ? On constate que sur le volet transport et coopération en Méditerranée : la philosophie du Conseil Exécutif se situe aux antipodes de la pensée unique parisienne. Et ce n’est plus une vaine incantation mais une réalité : voici l’amitié économique et politique entre la Corse, la Sardaigne, l’archipel de Malte et les Iles Baléares. 

 

Malgré l’arrogance et le déni affichés par Paul Giacobbi (député

PRG de la Hte-Corse, ex Président de l’Exécutif) : la nouvelle

gouvernance nationaliste de l’île, a fait face avec maestria,

au désordre du transport maritime. Un chaos permanent, des

grêves à répétition jamais sanctionnées par Paris, auxquels

s’est ajoutée, la découverte d’un trou d’environ 100 Millions d’€

dans les finances de la Collectivité Territoriale.

La gestion jacobine, et son chômage de masse, n’ont rien

d’exemplaire. Par bonheur, Gilles Simeoni et son Conseil Exécu-

tif, ont réagit vite et bien. 

Outre l’apurement de la dette (votée le 28 oct), il était urgent de

sécuriser sans délai les liaisons Corse-continent pour ne pas

déstabiliser les entreprises insulaires. G.Simeoni l’avait martelé

dès son arrivée au pouvoir : 

« la Corse prise en otage, par les intérêts catégoriels de la CGT-Marins du Port de Marseille c’est terminé ! »

Jean-Felix Acquaviva Président de l’Office des Transports, a donc opéré « un management de la transition », après 6 mois de « travail dense » et de « concertation intense » avec les opérateurs les syndicats et en priorité les acteurs économiques insulaires. Parmi ses objectifs ? « Un nouveau mode gestion de transport maritime pour le service public de continuité territoriale Corse - Marseille. » Cerise sur le gâteau, la DSP (*) provisoire jusqu’à octobre 2017 annonce des tarifs de traversée en baisse. Soit moins ‐ 8 % sur les marchandises consommables, moins ‐13 % sur le tarif résident, moins ‐ 54 % sur les matières premières transformables et les produits à l’export, et moins ‐ 64 % pour les productions issues de matières premières locales. « Nous nous sommes donnés les moyens dit-il, à l’Exécutif comme au sein de cette Assemblée, de réaliser un choix éclairé et juste pour l’intérêt supérieur de la Corse et des Corses sur ce dossier stratégique. Héritière d’une histoire dans ce dossier où le contentieux a été la règle, la nouvelle majorité territoriale a voulu promouvoir une proposition radicalement différente sur le plan de la gestion du système de continuité territoriale maritime. ».

Ces politiques publiques ré-orientées, coordonnées, phasées avec le Padduc sont en place et le Président de l’Office des Transports a tenu à préciser ce qui avait été la « politique calamiteuse »de  l’ancienne majorité. « L’Etat, dans cette histoire tumultueuse, détient de lourdes responsabilités. Celle d’avoir orchestré une privatisation calamiteuse en 2005 à des fins purement privées. Celle de ne pas avoir notifié les CDSP à Bruxelles, ni avoir respecté les compétences permises à la CTC par son statut. Celle d’avoir fait fi des intérêts de la CTC dans le processus de liquidation de l’ex‐SNCM. Celle de ne pas avoir garanti pour la Corse l’acheminement des passagers et marchandises alors que l’économie de l’île était gravement mis à mal par des conflits à répétition. Celle d’avoir trompé les salariés (…) »

Autre exemple du changement radical opéré par le Conseil Exécutif : l’avènement prioritaire de la coopération en Méditerranée et les autoroutes de la mer inter-îles comme leviers majeurs de la relance. En effet, entre Malte, la Corse, la Sardaigne, les Baléares, il n’existe pas de vols directs, ni liaisons maritimes hormis les croisières. Les multiples escales freinent l’export comme les échanges culturels, universitaires, linguistiques. Les gouvernements de ces îles souhaitent une vraie continuité territoriale en Méditerranée. 

Alors cap au sud-sud-est vers Malte qui se trouve à 862 km de la Corse. Jean-Guy Talamoni Président de l’Assemblée de Corse et Henri Malosse ancien président du Conseil Economique et Social Européen étaient en une visite politique dans le minuscule archipel maltais (10-13 oct 2016), qui assurera la présidence de l’Union Européenne dès janvier 2017. Soit 6 mois d’échanges essentiels pour les enjeux insulaires. 

Pas plus étendu que le Cap Corse, Malte, Etat indépendant souverain membre de l’U.E. depuis 2004. compte 400 000 habitants. Et La Valette sera capitale européenne de la culture en 2018. Une séquence européenne, potentiellement très favorable aux régions insulaires. Jean-Guy Talamoni : « Bien qu’évoluant chacune dans un contexte institutionnel différent, Malte et la Corse possèdent des caractéristiques communes et sont confrontés aux mêmes problématiques énergétiques ou environnementales, aux mêmes enjeux de protection de l’identité tout en assurant le développement économique et le bien-être de leur population. »

Peut-on parler de valeurs méditerranéennes communes dans une U.E. très « marquée » au nord ? Malte, port franc, s’est spécialisé dans les services financiers et high tech, la maintenance dans le maritime et l’aérien, la recherche médicale, les filières linguistiques internationales. Avec moins de 4 % de taux de chômage c’est la plus forte croissance de l’UE en 2016 (6%). Henri Malosse : « Malte va présider et décider de l’ordre du jour des sujets agriculture, économie, politique régionale, culturelle et les transports. Un partenaire crucial pour faire avancer les dossiers insulaires. » En mars 2017, à Gozo (2ème île maltaise et ancienne Calypso) se tiendra la Conférence des Régions périphériques maritimes de l’Europe. 

La même semaine direction plein ouest à 561km (à vol d’oiseau)  pour Jean-Felix Acquaviva. Il a répondu à l’invitation du gouvernement des Baléares afin d’élaborer et fixer un cadre juridique pour une nouvelle cartographie des lignes aériennes entre Baléares-Corse-Sardaigne. 

Que l’on soit entrepreneur, élu ou étudiant de ces régions insulaires, force est de constater que les transports publics et privés, aériens et maritimes, restent orientés vers le nord de l'Europe, aux dépens des dessertes locales des îles. Lors du séminaire à Palma de Majorque titré « Transport et insularité contraintes et perspectives. », les élus de Corse et des Baléares, des élus grecs (Mer Egée), des représentants du gouvernement espagnol, des eurodéputés et des professionnels (tourisme, CCI ) ont planché sur des thématiques réalistes, loin des préoccupations de la technocratie de Bruxelles.  

Ont été évoqués : « Les Iles et autoroutes de la mer dans la politique européenne », « les contraintes de l’insularité, point de vue d’un opérateur méditerranéen TransmediterraneaComment compenser les « surcoûts insulaires » ? En phase avec le programme européen Interreg-Marittimo : Marie-Antoinette Maupertuis, Conseillère Exécutive de Corse en charge des affaires européennes a annoncé les perspectives pour les partenaires de la coopération territoriale transfrontalière. La Corse, PACA, la Sardaigne, la Ligurie et la Toscane sont directement concernés par quatre projets de financement approuvés. L’objectif futur sera de réfléchir à la « gestion conjointe des problématiques et l’ouverture sur la Méditerranée par des transports qui soient adaptés, accessibles et écologiques. »

Seront financés le Groupement Européen de Coopération Territoriale (continuité territoriale inter-îles) »et les projets « Nectemus » (noeuds secondaires et tertiaires urbains), « Circumvectio » (multimodal transfrontalier) et « Sedriport » (désensablement portuaire). 

On peut l’affirmer, la Corse se réinvente via des politiques publiques capable d’affronter les futurs enjeux européens. « Faire en sorte que la revitalisation de la Corse soit cause d’intérêt majeur. »avait lancé Jean-Felix Acquaviva lors du Comité Massif de Levie qu’il présidait début octobre. Un moment crucial, qualifié de « point de bascule » par le Président Gilles Simeoni et qui inaugure de nouvelles relations politiques et « une nouvelle ingénierie Etat-CTC et Etat-Territoire ». Un moment primordial pour « la sauvegarde de la ruralité et de la montagne ajoute J.-F. Acquaviva, qui transcende manifestement les simples mesures de l’aménagement de l’espace. Un nouveau  visage de  l’île se dessine à l’horizon 2016-2020.  Celui de l’accessibilité et des réseaux, routes, rail, numérique. Celui des  infrastructures, eau, assainissement, énergie. » 

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