Municipales 2020, la Corse a-t-elle dit non à la France ?

 

Le trait, certes un peu forcé, possède le mérite d’énoncer le problème tel qu’il se pose. Une fois de plus, en effet, la Corse n’a pas voté

comme le pays auquel elle est actuellement rattachée. Sur le continent, six électeurs sur dix ont boudé les urnes le dimanche 28 juin

2020 pour les élections municipales, scrutin pourtant traditionnellement apprécié des Français. Alors que 16,5 millions de citoyens

étaient appelés à voter dans 4 820 communes pour le second tour, le taux de participation s’établit entre 40 % et 41 %… plus de vingt

points de moins qu’en 2014 (62,1 %)[1].

Les élus et réélus le sont donc d’une manière calamiteuse. A Paris, la socialiste Anne Hidalgo conserve son siège avec les voix

seulement de 17,5 % des inscrits de la capitale. Les écologistes Grégory Doucet à Lyon et Pierre Hurmic à Bordeaux l’emportent en

ne rassemblant, respectivement, que 19,1 % et 17,5 % des suffrages. Se retrouvent ainsi réélus : à Nice, Christian Estrosi avec 15,8 %

des voix des inscrits et, à Lille, Martine Aubry avec 12,4 %. La légitimité de ces personnes s’avère lamentable mais il y a fort à parier

qu’elles s’en accommoderont ; l’essentiel pour elles étant leur élection.  Ainsi les commentaires relatifs à la poussée au niveau national

de telle ou telle formation, relèvent plus de la désinformation que de l’analyse impartiale. Cependant, en la matière, Jean-Luc Mélenchon a sans doute vu juste. « Clairement, dit-il, la masse du peuple français est en grève civique. C’est une forme d’insurrection froide contre toutes les institutions du pays, au moment où l’Etat voit son autorité s’effondrer dans les comportements de la police, et être mis en cause par ceux de la justice. C’est donc un moment compliqué, dangereux, de la vie de la nation qui se présente devant nous ». L’ex-tête de liste de La France insoumise aux européennes, Manon Aubry ajoute quant à elle : « Entre 59,5 et 60%, c’est l’abstention la plus forte de l’histoire de la Veme République (hors référendum). Entre une crise sanitaire gérée dans des conditions désastreuses et un profond désaveu démocratique qui ne cesse de s’amplifier c’est la Veme République qui est à l’agonie ! »

Manon Aubry a sans doute raison en ce qui concerne la France. Mais elle, dont la mère s’appelle Poggi et qui - à ma connaissance - n’a jamais renié ses racines corses, devrait aussi considérer ce qui s’est passé dans l’île.

En Corse[2], le taux de participation est resté très largement supérieur à la moyenne nationale et, dans certaines communes, exceptionnellement haut ! Pourquoi ? Mais tout bonnement parce qu’en Corse il y avait un enjeu et un enjeu de taille. Les nationalistes, victorieux en 2014, allaient-ils se maintenir Bastia ? Ils y ont réussi haut-la-main malgré la coalition contre eux de ces partis classiques qui n’osent même plus s’étiqueter républicains. A Portivechju, c’est Jean-Christophe Angelini qui a fait enfin tomber un bastion du système clanique en place depuis quasiment l’annexion de la Corse à la France. Les nationalistes ont confirmé sans équivoque leurs résultats précédents. La Corse, je le répète, ne s'exprime pas comme le reste de la France non pour des raisons explicables avec des grilles de lecture continentales mais parce que le Corse préserve une personnalité propre. Pour autant, son exemple peut servir d’éclairage aux gens du continent car il illustre à quel point le clivage entre une prétendue droite et une prétendue gauche s’avère obsolète. La vraie confrontation idéologique, en Corse, implique les nationalistes et les autres. Se concrétise dans l’ile ce débat fondateur que, par tous les moyens médiatiques dont elle dispose, l’oligarchie « progressiste » au pouvoir tente d’empêcher en France. Le combat dorénavant est celui opposant les souverainistes aux mondialistes ; le reste n’étant que fariboles pour amuser une galerie de moins en moins réceptive. En arrière-fond, pour les uns comme pour les autres, se profile en effet la question cruciale :  rester ou non un authentique peuple ou accepter de n’être plus qu’une population ? Les Corses eux ont tranché ; à l’ensemble des Français de faire de même. L'ile démontre en quoi elle révèle, une fois encore, le mal français ; à savoir que la France n'a plus de république que le nom ; constat que ne devrait pas contester Manon Aubry. Mais il n’échappe désormais plus à personne que, pour beaucoup de Corses, les formations partisanes tricolores s’apparentent au parti de l’étranger.

 

 

Médecin et écrivain, Ange Mathieu Mezzadri a publié plusieurs ouvrages dont, aux éditions Maïa où il dirige le collection U Culombu, Lettres à La Femme de L'Autre (roman) et Manuel d’autodéfense contre les libéraux libertaires (essai).

 

[1] https://www.msn.com/fr-fr/actualite/politique/abstention-monstre-aux-municipales-mélenchon-évoque-une-«-insurrection-froide-»/ar-BB165GwQ

[2] https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/municipales-2020-resultats-du-second-tour-reste-corse-1847756.html

Ange-Mathieu Mezzadri 

https://www.media.corsica/mezzadri

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