Ange-Mathieu Mezzadri

 

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A propos du dernier livre de Paul-François Paoli

 

Essayiste, pour ne pas dire polémiste, Paul-François Paoli vient de publier un ouvrage qui rencontre un retentissement certain. Encore un livre de journaliste, certes mais pas seulement ; car celui-ci s’inscrit dans la veine inaugurée avec La France Décapitée (1993) et approfondie depuis. La question identitaire abordée dès la toute première publication et plus particulièrement développée au travers de deux opus se faisant écho. D’une part Je suis corse et je n’en suis plus fier (2005) et La France sans identité (2008) ; ce second texte toujours d’actualité, par son cinglant sous-titre, Pourquoi la république ne s‘aime pas, interpelle sans échappatoire. Et, clairement, avec La république des bons sentiments, sous-titre de sa dernière livraison, Paul-François Paoli nous amène à nous interroger au plus profond. Sur notre identité, de Français, de Corse, de Français et Corse comme lui, de Corse de moins en moins français, de Français de moins en moins corse ; ou quoi d’autre que j’oublie ? J’ose le dire : tout l’intérêt du dernier essai de Paul-François Paoli réside, selon moi, en deux points : primo, les questions qu’il nous conduit à nous poser relativement à la république ; secundo, sur la mise presque à nu de son écartèlement entre sa francité revendiquée et sa certitude affirmée, jamais reniée. Dans la foulée du vote historique survenu lors de régionales de décembre 2015, le questionnement  personnel de Paul-François Paoli trouve sa pleine pertinence. S’il ne l’écrit pas en toutes lettres, en vérité, il nous sonde d’un implicite « Et vous qui êtes-vous ? » Concrètement, le livre parle plus des questions liées à l’immigration, au bourgeonnement d’un certain islam, que de la Corse. Mais à chaque étape de son analyse relative aux revendications identitaires de maintes personnes issues de l’immigration, Paul-François Paoli accompagne et rehausse son propos d’allusions à son identité propre et corse. Et, indubitablement, la non adhésion sentimentale à la nationalité française rencontrée chez certaines personnes d’ascendance non hexagonale, se retrouve à l’identique chez pas mal de Corses, y compris chez ceux de la diaspora continentale. La différence possible réside dans le fait que ces Corses-là ont, eux, désormais dépassé le stade de la revendication frontale pour rentrer dans celle de l’indifférence plus irréductible encore. L’opposition implique un lien, fût-il conflictuel ; l’indifférence signe un total détachement des esprits. Nous pouvons, comme le suggère Paul-François Paoli, décrypter au travers du communautarisme à vernis musulman ou dans l’expression  d’une corsitude sans complexe, les symptômes d’un mal républicain. Le problème fondamental reste alors de savoir ce que chacun entend par le mot « république ». S’agit-il d’un régime particulier de nos jours en vigueur dans certains pays, dont la France ? S’agit-il de la déclinaison française du dit régime ? S’agit-il de l’actuelle V° République, amendée un nombre considérable de fois ? S’agit-il tout prosaïquement de la Nation française ? Comme l’a fort justement diagnostiqué Chantal Delsol dans un remarquable opuscule, la république est bien une interrogation française[1]. Git sans doute là, en France, une fêlure originelle ne manquant pas de sauter aux yeux de tout Corse, observateur ; et Paul-François Paoli en est un ! Répétons-le aussi souvent qu’indispensable : La première constitution républicaine de l’ère moderne, c’est la Corse qui se l’est octroyée ; et personne d’autre ! Quant au droit de vote, nos aïeules l’obtinrent deux siècles avant les Françaises ! Que cela plaise ou non, Marianne n’est pas la fille ainée de la République. Nonobstant, la France, pour reprendre un triste constat déjà établi par Raphaël Draï, reste prisonnière d'une illusion la conduisant à s'égarer dans des impasses[2]. Et, encline à une certaine arrogance, elle ne se prive pas de prodiguer des leçons de morale à tout propos et en premier lieu aux Corses, « ces indécrottables ingrats » ! Toujours prétention tenace d’un message spécifique à délivrer au monde. De quelle parole s’agit-il encore ? Du verbe gaullien ? Sans doute plus ! Paul–François Paoli augure en effet, que le paradigme républicain tricolore actuel est celui « des bons sentiments ». Les états, détenteurs de la violence légitime selon la définition de Max Weber, n’ont rien à voir avec les sentiments ; ce sont, suivant l’expression consacrée des « monstres froids » ! Pourquoi donc certains états, dont le France, glissent-ils ainsi sur un volet compassionnel - pente savonneuse s’il en est - fort en vogue dans les médias ? La démarche ne relève d’aucune élévation spirituelle mais de cette stratégie de la faiblesse en vogue dans la partie dite occidentale de l’Union européenne et très bien analysée par Robert Kagan du Washington Post que je me permets de citer une nouvelle fois[3] : « la faiblesse relative de L'Europe a engendré, comme il se doit, un très vif désir de bâtir un monde ou le pouvoir militaire et la matière forte importent moins que le pouvoir économique et la « matière douce », un ordre mondial où le droit international et les institutions internationales importent plus que le pouvoir de tel ou tel pays » (…) Ainsi, les Européens espèrent plutôt contenir la puissance américaine sans avoir à user eux-mêmes de la force. Par une démarche qui est peut-être le nec plus ultra de la subtilité de l'action indirecte, ils veulent contrôler le mastodonte en faisant appel à sa conscience »[4]. Et l'éditorialiste américain d’enfoncer le clou : « N'ayant ni la volonté ni la capacité de protéger son propre paradis et de prévenir son envahissement, au plan tant spirituel que physique, par un monde qui n'a pas encore adhéré au principe de la « conscience morale », l'Europe dépend du bon vouloir de l'Amérique et de sa force militaire qui peut seule dissuader ou vaincre à travers le monde ceux qui croient encore à la politique du coup de force »[5].

Je crois qu’il est difficile d’être plus clair ! Les bons sentiments affichés dans les malencontreuses contrées de l’Union Européenne, dont la France, ne sont ainsi que le lexique de la lâcheté. Effectivement, ceux qui n’ont plus le courage de se défendre adoptent volontiers en minaudant des stratégies de courtisans ou de filles à soldats. Les personnages romanesques de Jean Genet illustrent ce fait à la perfection. Paul François Paoli, lui, s’alarme de cette éclipse de la figure du guerrier dans nos sociétés repues[6], y voyant également une manifestation du malaise de la civilisation[7]. Ce malaise concerne-t-il la civilisation dans son ensemble, l’Europe ou plus cruellement la France ? J’ai tendance à pencher pour la seconde hypothèse car, comme je l’ai déjà écrit, la Corse est attachée à un état plutôt mal en point et des deux entités, rien ne dit que c’est la plus petite qui s’en tire le plus mal.

Je me dois pour finir de mentionner un point de désaccord entre Paul-François Paoli et moi.  Par le titre de son livre, Quand la gauche agonise, il sous-entend que seul ce bord-là promeut ce « Tout le monde, il est beau ; tout le monde, il est gentil » où d’aucuns veulent voir patauger la France. Pour sûr, les Socialistes ne sont plus un parti politique mais une coterie de pleureuses carriéristes. Mais, les autres, les Républicains de nom, sont tout aussi pitoyables, voire pires n’ayant même pas le courage d’assumer leurs opinions ; enfin, quand ils en ont !

La république rêvée dont Paul-François Paoli reconnaissait dans une interview avoir la nostalgie[8] ; cette république-là existe-t-elle encore ? Il serait heureux de pouvoir y répondre !

                               

Paul-François Paoli. Quand la gauche agonise. La république des bons sentiments. Editions du Rocher, Monaco, 2016

 

 

[1] Chantal Delsol. La République, une question française. Presses Universitaires de France. Paris, 2003

[2] Raphaël Draï. La France au crépuscule. Presses Universitaires de France, Paris, 2004ï, opus cité ; page 115

[3] Ange Mathieu Mezzadri. La puissance et la faiblesse. Corse-Sante N°18, décembre 2003 ;  page 

[4] Peter Kagan. La puissance et la Faiblesse. Les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial, éditions Plon, Paris, 2003 ; pages 61 et 66

[5] Peter Kagan, opus cité ; page 114

[6] Paul-François Paoli. La tyrannie de la faiblesse : La féminisation du monde ou l'éclipse du guerrier, François Bourin éditions, Paris, 2010 

[7] Paul-François Paoli. Malaise de l’Occident. Vers une révolution conservatrice ? Éditions Pierre-Guillaume de Roux, Paris, 2014

[8] Entretien avec Paul-François Paoli, auteur de Nous en sommes pas coupables. Assez de repentances (éditions  de la Table Ronde, Paris, 2006). Propos recueillis par Ange-Matthieu Mezzadri, Corse Santé N°26, 1° trimestre 2007 ; page 11.

 

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