Ange-Mathieu Mezzadri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Y a-t-il un particularisme du vote en Corse ?

 

Ainsi la Corse, une fois de plus, n'a pas voté comme la France. S'agit-il d'une futile marque de folklore suranné, voire d'un énième caprice envers le continent ? La question n'est pas de se perdre dans d'alambiquées analyses politico-scientifiques afin d'élucider la raison pour laquelle les Corses, dans leur écrasante majorité, n'ont pas accordé leurs suffrages à Emmanuel Macron d'abord et à sa République En Marche ensuite. Vu le niveau d'abstention aux élections, il y a grand à parier que le Continentaux également sont peu convaincus par le nouveau venu et par ses soutiens. La question n'est pas non plus de dénigrer Emmanuel Macron.

Souhaitons qu'il réussisse à améliorer le sort de la France et des Français.

La question est de savoir ce que révèle ce constat que les Corses n'ont pas voulu de ce renouveau-là, si renouveau il y a. Certes, dans l'île, les candidats En Marche venaient par trop du giron d'un chef de clan en grande difficulté personnelle et judiciaire. Oui, mais les Corses ne sont pas assez naïfs pour croire que la politique est un pré fleuri ou s'ébattent des enfants de chœur. Et, à l'instant où j'écris, le scandale croissant autour de la contestée construction, par un très proche du chef de l'Etat, d'une villa disproportionnée sur un site protégé de l'extrême sud de l’île ne contribue pas à évacuer l'idée que les politiciens se servent plus qu'ils ne servent. Une complainte corse le chante du reste : "Si politique je fais, je serais un bon gros riche".

La Corse est, dit-on, une terre traditionnellement de droite. Certes, mais en quoi l'inédit et jeune président français est-il de gauche ? De plus, ces classifications "Droite" ou "Gauche" sont des catégories franco-françaises dont les Corses, en général, se fichent éperdument ; ils sont trop pétris d'expériences pour céder à de telles illusions. Dans l'île, nous votons d'abord pour un individu ; peu importe son étiquette tricolore. Cette particularité, les Continentaux, pour beaucoup, ne la comprennent pas, et les médias hexagonaux, enclins à abreuver le quidam de leçons incongrues, encore moins. Et le divorce sur ce point s'amplifie du fait que nous, Corses, cultivons un lien quasi charnel à notre terre ; il suffit pour s'en convaincre d'entendre les petits mots utilisés en langue corse pour qualifier notre l'ile, même quand, par inadvertance, nous n'y sommes pas nés. En outre, nous nourrissons souvent un attachement physique intense à notre communauté. En clair : nous nous considérons comme un peuple, y compris ceux qui, parmi nous et avec sincérité, agitent les cocardes tricolores. C'est cette discordance que montrent les élections : la Corse ne s'exprime pas comme le reste de la France non pour des raisons explicables avec des grilles de lecture continentales mais parce que le Corse possède une personnalité propre. Cette singularité se retrouve dans d'autres domaines. Ainsi en Santé publique, ma spécialité. Faisons retour succinctement aux Années Quatre-vingt-dix et à l'apparition du Sida ? Et, effectivement, dans l'île le profil de l'infection ne correspondait pas à celui du continent. Certains voulurent illico un traitement spécifique de l'épidémie au nom du particularisme corse. Mais, à y regarder de près : quel était le profil épidémiologique du Sida en Corse ? Eh bien, à quelques broutilles près, celui de l'Italie du Nord, à savoir : une bien moindre prévalence homosexuelle et une fort nette prédominance toxicomaniaque ! Ainsi, si différence il y avait, c'était par rapport à la France métropolitaine et pas au regard du berceau naturel de la Corse. Le Sida nous rappelait que la Corse se trouve bien dans le Golfe de Gênes et non pas au large de la Picardie. C'est une évidence cartographique, la Corse se montre plus proche de la Sardaigne, de la Péninsule italienne que de l'Hexagone. Du point de vue géographique et corrélativement des comportements, ce fait d'avère prégnant. D'où la répétition de ce que j'ai, volontairement et de manière provocatrice, déjà détaillé ailleurs : "nous, Corses, sommes ethniquement et culturellement des Italiens et politiquement de pseudo-français". En effet, si être français se résume à se plier aux us des Franciliens, alors, nous Corses de l’île ou en diaspora, nous en serons jamais français ; nous ne le pourrons pas ! La Santé publique, les élections, comme n'importe quel sujet, attestent que la Corse s'apparente fort peu aux autres territoires du "pays ami", selon une expression désormais consacrée. Il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter outre mesure de cet universel et compréhensible décalage entre un île et son continent, si la France n'était pas atteinte de longue date d'une jacobinise aiguë qui la tue à petit feu ; mais également, depuis peu, d'une crise identitaire qui l'achève encore plus vite. En clair toujours : La France, qui ne sait plus qui elle est, veut néanmoins imposer sa vision de ne plus rien être à ce qui lui demeure de dépendances, dont la Corse. L’île ainsi, par ses refus successifs, est bien le révélateur du mal français ; à savoir que la France n'a plus de république que le nom et que les Français, en prime, sont de plus en plus une simple population et de moins en moins un peuple. Cette involution, les Français continentaux peuvent l'accepter s'ils la jugent pertinente ; c'est leur droit le plus strict. Les Corses eux, dans leur ensemble, se refusent à s'y résigner. Et, en la matière, il ne serait sans doute point dommageable que la France enfin se corsifie un peu.

 

Médecin et écrivain, Ange Mathieu Mezzadri a publié plusieurs ouvrages dont Lettres à La Femme de L'Autre, son dernier roman "qui dévoile pourquoi la Corse sera indépendante", aux éditions Maïa, où il dirige le collection U Culumbu.

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