Liliane Vittori

 

Vit à Erbalunga et à Porri di Casinca, journaliste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Née à Bastia, et je suis journaliste (télévision et presse écrite). Corse avant toute autre définition, j’ai beaucoup voyagé mais mon village reste le port d’attache et la réponse à toute question existentielle. Parce que chaque été, à Porri-di-Casinca, nous reformons le grand cercle de famille, dans cette île notre « Matre universale ».

 

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Décalage entre logique de tension à la française et cadrage institutionnel des élus insulaires. 

Dans l’île, une stratégie de la tension semble méthodiquement appliquée par les pouvoirs publics à l’encontre des jeunes étudiants nationalistes, avec ce jour 19 interpellations de militants du syndicat Ghjuventù Independentista. Après les protestations des présidents G. Siméoni et J.G.Talamoni, elles ont été suivies le jour même de remises en liberté sans aucune charges. 

Le Président Siméoni : « aux plans politique, syndical, associatif, citoyen, la mobilisation et la solidarité ont été fortes et spontanées. Ce qui montre bien que les Corses, dans leur grande majorité, toutes opinions confondues, refusent la logique de tension et d'affrontement. Ces mesures d'élargissement sont un facteur d'apaisement dont il faut se féliciter. Elles confirment avec éclat combien les interpellations initiales étaient disproportionnées et infondées. Le problème reste donc entier, d'autant mieux qu'il s'inscrit dans un contexte global inquiétant. En quelques mois, ce sont plus de 70 jeunes qui ont été soumis à des mesures coercitives. »

Cette « logique répressive » entretient une tension incompatible avec l’actuelle reconstruction de la paix publique en Corse, et avec le constat du Président de la République en visite officielle le 2 mars. Citant trois fois « le peuple corse » (une première ! ), il a admis : « le débat public a supplanté les actes de violences. Le contexte a profondément changé en Corse. (…). Ce serait la seule collectivité de niveau régional à conserver la clause de compétence générale. Avec ce nouveau statut, la Corse disposera d'une représentation institutionnelle forte unifiée avec des pouvoirs largement supérieurs aux autres régions, puisque reprenant également les compétences des deux départements ». François Hollande a aussi constaté l’évidence, à savoir la puissance du cadrage institutionnel et politique des élus insulaires (héritiers de Pascal Paoli ! ), leur vision de la géopolitique en Méditerranée et leur chemin vers une solution politique globale. L'île est désormais la seule région disposant de la clause de compétence générale.

 

De l’Assemblée de Corse à Ajaccio à la cérémonie

d’inhumation des cendres de Michel Rocard à

Monticellu, jusqu’aux constats in situ d’un réseau

routier insulaire très endommagé par les intempéries

en Haute-Corse (Patrimoniu et Furiani) : le Président

de la République a annoncé des aides supplémen-

taires de la solidarité nationale, dédiées aux catas-

trophes climatiques (ici les épisodes d’alerte orange

et rouge pluies-inondations de novembre 2016). 

Au terme d’une journée marathon en hélicoptère, on

reste surpris par la puissance du cadrage institution-

nel et politique des élus insulaires, incluant le chemin

à parcourir jusqu’à la négociation d’une solution po-

litique globale entre la Corse et l’Etat français. Des

allocutions à sélectionner comme des cas d’école

pour les étudiants de l’Ena et de Sciences Politiques. « Nous n’entendons pas être pardonnés d’avoir fait ce que nous avons fait de mieux, à savoir refuser l’injustice. » : citant André Malraux (L'Espoir), le Président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, a prononcé un discours historique face à François Hollande, accompagné de 3 ministres N.Vallaud-Belkacem, A.Girardin, J.-M.Baylet. Le leader de Corsica Libera a enchaîné sur le récit national corse et la destinée « d’un petit peuple face à des forces disproportionnées qui tendaient à le faire disparaître ». Des mots qui, touchant l’âme des Corses et celle des démocrates du monde, sont en phase avec les avancées cruciales consenties à l’île, par les gouvernements socialistes (Statut Joxe, Statut Particulier de 2002, Collectivité unique de 2018).

Une journée en hommage appuyé et ému à Michel Rocard, l’ancien premier ministre décentralisateur et anticolonialiste ( 1988-1991): les trois présidents Hollande, Simeoni et Talamoni ont assisté à la cérémonie de l’inhumation des cendres à Monticellu. 

Dans le droit fil d’une décentralisation réelle, en opposition aux réflexes pavloviens du jacobinisme parisien, J.-G. Talamoni conclut :« le testament politique de Michel Rocard existe, il est très clair. Sur les sujets importants Michel Rocard a parlé, écrit, agi. Michel Rocard rappelle l’ancienneté et la permanence de son engagement anticolonialiste. ». En 1988 devant l’Assemblée Nationale ce premier ministre iconoclaste avait osé déclarer : « (...) une oppression particulière a gravement affaibli l’économie corse. Lorsque l’Histoire a un tel visage, il faut soit beaucoup d’inconscience, soit beaucoup d’indécence, pour dire seulement aux Corses : Soyez calmes et respectez les lois de la République. Vous bénéficierez alors de leur générosité ». Une référence donc à une revendication toujours vivante. Si la reconnaissance du peuple corse avait été votée, elle a été annulée par le Conseil constitutionnel « organe dépourvu de légitimité démocratique ».

La longue histoire de la colonisation française en Corse aboutit aujourd’hui à la revendication essentielle d’un statut d’autonomie interne. C’est le sens du discours de Gilles Simeoni accueillant François Hollande dans l’hémicycle à Ajaccio « coeur battant de la démocratie insulaire ». 

Le Président du Conseil Exécutif de Corse a taclé certaines

promesses… Analysant mot à mot un discours-programme de

François Mitterrand prononcé à Ajaccio le 13 juin 1983 : 

« la Corse doit être elle-même, et dans une démocratie, quel

est le meilleur moyen de s’affirmer soi-même sinon un peuple,

des élections, des élus, des compétences, des pouvoirs ? »,

 Gilles Simeoni souligne : « ces paroles avaient, à l’époque,

la force de l’évidence. Les sujets qui nous préoccupent au-

jourd’hui étaient évoqués, en des termes qui restent d’une

troublante actualité. L’identité, la culture, et la langue, identi-

fiées dans le discours présidentiel comme les marqueurs de

« ce qui fait la continuité des générations, ce qui lie l’homme et

sa terre, ce qui fait qu’il y a la Corse, puisqu’il y a les Corses ». 

Quand la mise en oeuvre d’une négociation vers une solution

politique globale pour la Corse ? Elle n’est pas encore d’actu-

alité à Paris... mais elle progresse en Corse. G. Simeoni a témoi-

gné de la méthode et du travail titanesque accomplit par les

fonctionnaires et les élus du Conseil Exécutif depuis 15 mois : 

« nous avons mené un travail important de remise en ordre :

fonctionnement et organisation de l’administration territoriale, retour à l’équité et à la transparence, redressement budgétaire et financier (…). Parallèlement à ces chantiers essentiels, nous avons mené un travail de fond sur des dossiers structurants : collectivité unique, fiscalité du patrimoine, transports, formation et éducation, langue corse, schéma de développement de la montagne, économie, agriculture, tourisme, environnement, énergie (…). Ce travail a conduit à des avancées significatives, y compris en termes d’évolutions législatives : loi sur la collectivité unique, loi sur la fiscalité du patrimoine, inscription dans la loi du concept d’île-montagne, amendements au projet de loi de finances : diminution de la contribution de la Corse au redressement général des finances publiques, déspécialisation partielle de la dotation de continuité territoriale. » 

La logique d’apaisement et l’exemplarité de l’île restent au coeur du processus politique conduit par G. Siméoni : « la recherche permanente de ce point d’équilibre sous-tend la logique d’écoute réciproque, de respect, d’estime mutuels autour de laquelle s’organise désormais la vie publique de l’île. Je rends hommage aux élus de notre Assemblée pour la qualité du dialogue que nous conduisons en permanence. Cette logique d’apaisement est un bien précieux. Car comment, passer sous silence un autre fait politique majeur, qui a contribué de façon décisive à l’émergence de la nouvelle donne politique corse : la décision du FLNC de mettre un terme définitif à son action clandestine. » Outre les avancées acquises en 2016 dont la qualité d’île-montagne, un statut d’autonomie interne suppose une solution politique globale : « le contexte est à l’évidence historique ajoute G. Simeoni. Jamais la situation n’est apparue aussi favorable à la formalisation et à la mise en oeuvre d‘une solution politique globale, permettant de tourner définitivement la page. La redéfinition des rapports entre la Corse et l’Etat fait également sens dans le contexte d’une Europe qui doit réinventer son identité politique, condition sine qua non de sa force et de sa cohésion, et dans celui d’une situation internationale marquée par la montée des risques et des périls, où la France et l’Europe ont besoin d’une Méditerranée innovante, développée, et solidaire. »  

 

Une solution politique globale s’appuierait sur l’existence du peuple corse (d’adoption ou d’origine), sur un statut d’autonomie social et fiscal incluant un pouvoir législatif, l’inscription de la Corse dans la Constitution, le statut de résident, la co-officialité linguistique dans une île, désormais seule région disposant de la clause de compétence générale. A Ajaccio, le Président de la République, s’est félicité de la mise en place de la Collectivité unique de Corse au 1er janvier 2018 : « le débat public a supplanté les actes de violences. Le contexte a profondément changé en Corse (...). Ce serait la seule collectivité de niveau régional à conserver la clause de compétence générale. Avec ce nouveau statut, la Corse disposera d'une représentation institutionnelle forte unifiée avec des pouvoirs largement supérieurs aux autres régions, puisque reprenant également les compétences des deux départements ». 

D’autres attentes perdurent : le principe d’une révision constitutionnelle (nécessitant une majorité des 2/3 au Congrès). François Hollande a largement salué les réalisations de son quinquennat, dont la création du Parc naturel marin du Cap Corse (2016), les Conventions d’appui financier aux 8 territoires à énergie positive et la Collectivité unique.

Ratification des ordonnances

Interpellations

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