Jean-Pierre Rumen

Vit à Bastelicaccia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les personnes qui suivent assidument les Mâtinales de psychanalyse sont gens calmes et pondérés. Or la samedi 22 l’émotion leur a fait saluer d’une salve d’applaudissements le film de Nurith Aviv : « MISAFA LESAFA : d'une langue à l'autre ». A partir de leur propre histoire, neuf personnes - poètes, écrivains, chanteurs -  évoquent leur vécu particulier du passage d’une langue à l’autre en Israël. Le film décrit ce lien intime, souvent ambivalent et conflictuel, tissé entre l’hébreu, langue apprise et adoptée, et la langue de l’enfance, celle qui est « comme du lait maternel ». 

L'hébreu, qui pendant des siècles, fut une langue sacrée, langue d'écriture et de prière, est désormais une langue du quotidien en Israël. Mais si cet hébreu a pu s'imposer en quelques décennies, cela n'a pas toujours été sans violence envers les langues parlées avant. C’est une curieuse histoire que celle de cette langue redevenue vernaculaire depuis sa reconstitution par Eliézer Ben Yehouda, lui-même bien sorti des mémoires, comme si ça allait de soi que l’hébreu soit parlé en Israël. L’hébreu, cette langue qui fut d’abord refusée par les sionistes et les orthodoxes avant d’être adoptée par l’Etat.

Le lecteur curieux de cette histoire trouvera des détails dans  https://www.cairn.info/revue-analyse-freudienne-presse-2011-1-page-55.htm

 

Ce film évoque la langue de l’enfance, celle dont la musique résonne encore, même quand on ne la parle plus et le récit est terriblement nostalgique comme on l’est de l’objet primordial définitivement perdu, et l’émotion est grande pour tous. 

Le développement de l’hébreu entraine l’efffacement du  yiddish, langue des ashkénazes à la littérature considérable qui, abandonné, risque de devenir langue morte. 

Paradoxalement une langue se maintient : le russe qui est parlé en Israël par les nouveaux immigrants. ce russe que Ben Yehouda (né Perelman) interdisait à sa femme de parler à son fils pour qu’il soit le premier à parler hébreu sur la Terre des Pères.

Les langues officielles d’Israël sont l’hébreu moderne et l’arabe standard moderne.Ce qui pose aussi problème pour l’arabe et ses variétés diverses parlées par les immigrants. On a souligné lors de notre "mâtinale" que cette difficulté est connue notamment en Algérie où on a voulu imposer un arabe standard à un population qui parlait l’arabe dialectal, ou une variété de tamazight et aussi français ou espagnol .

 

La substitution de langue qu’elle soit colonialiste, ou à l’inverse nationaliste représente toujours une douleur pour les locuteurs. Quelle férocité préside à ces questions de langue ? On dit que les envahisseurs bretons tranchaient la langue des autochtones armoricains pour qu’ils ne contaminent pas la langue des vainqueurs par la leur, trop proche. 

Les Maîtres se préoccupent assez peu des états d’âme des populations et c’est à se demander si le droit des peuples est compatible avec le droit des gens.

 « El derecho de vivir en paz » comme le chantait Victor Jara, l’assassiné.

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